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VILLE DE PARIS

PUBLICATIONS RELATIVES A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

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REPERTOIRE GENERAL

DES SOURCES MANUSCRITES

DE

L'HISTOIRE DE PARIS

PENDANT

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

PAR

ALEXANDRE TilETEY

TOME NEUVIEME

CONVENTION NATIONALE

(HECONDF. PiHTIEi

Armes de la Manîdpalité de Paris, en 1790,

PARIS

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATION OUVRIÈRE)

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REPERTOIRE GENERAL

DBS SOURCES MANUSCRITES

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L'HISTOIRE l)i: PARIS

PENDANT

LA REVOLUTION FRANÇAISE

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L'administration municipale laissa à chaque auteur la responsabilité des opinions émises dans les ouvrages publiés sous les auspices de la Ville de Paris.

TOUS DROITS RÉSERVÉS

VILLE DE PARIS

PUni.ICATIONS RELATIVKS A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

RÉPERTOIRE GÉNÉRAL

DES SOURCES MANUSCRITES

DE

L'HISTOIRE DE PARIS

PENDANT

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

ALEXANDRE TUETEY

TOME NEUVIEME

CONVENTION NATIONALE (SECONDE PARTIE)

Armes de la Municipalité de Parisien 1790.

PARIS

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATION OUVRIÈRE)

H, RUK CADET XSXO

INTRODUCTION

Journée du 35 février 1 793

Lors du procès de Louis XVI, l'un des griefs imputés au souverain déchu fut sa participation à des opérations commerciales à l'étranger, qui aux yeux du peuple ne pouvaient avoir pour résultat que l'accaparement et le renchérissement des denrées de première nécessité. Dans le senti- ment populaire il semblait que, Louis XVI une fois disparu, tout devait changer de face, que l'abondance allait renaître; mais, lorsqu'on s'aperçut que rien n'était changé, que la vie matérielle était tout aussi chère et peut-être encore davantage, le mécontentement général ne larda pas à se manifester avec violence dans les propos tenus au milieu des groupes et surtout dans certains de ces écrits éphémères, répandus dans les masses et d'autant plus goùiés qu'ils affectaient le langage des Halles. Parmi ces sortes de libelles qui paraissaient sous le voile de l'anonyme, ceux inti- tulés : Domiez-nous du pain, ou égorgez-nous (1) ; Le dernier cri des Sans- Ctdottes qui manquent de pain à la Convention nationale, ou leur dernier coup de cloche pour réveiller les patriotes endormis, dont la seconde édition ajoute que les accapareurs de blé et les marchands d'argent seront mis sur- le-champ à la guillotine (2), montrent bien toute l'irritation qui régnait et que l'on entretenait dans les milieux populaires. L'auteur du second

(1) De l'imprimerie de la Liberté et de la sévérité, faubourg Saint-Marceau, in-S", 7 pages, B. N., Lb*<, 201.

(2) Paris, Durand, in-8°, 8 pages, B. iV., Lb" 2886.

T. IX. , «

y INTRODUCTION

opuscule s'écrie : « Mille bombes de la vie, nous avons fait périr sur l'échafaud le dernier roi de la France..., un mauvais chien d'accapareur, un raflleur de blé, sucre et café. Mais, tonnerre de Dieu! encore que ce mfttin-la soit parti pour engraisser la terre du diable, nous ne nous sen- tons pas soulagés d'un bougre de liard, nous nous voyons à la veille de mourir de faim. » A qui les Sans-Culottes constitués en assemblée répu- blicaine, qui tenaient ce langage, s'en prenaient-ils? à la Convention nationale, qu'ils entendaient rendre responsable de la dépréciation tou- jours croissante des assignats, des manœuvres des accapareurs et du renchérissement des denrées. C'est ainsi que dans le même pamphlet la Convention nationale est violemment attaquée en ces termes : « Ah ça ! nos mandataires, écoutez-nous et ne vous f... pas les airs de renvoyer notre pétition à vos Comités. Etes-vous des hommes, ou des j.-f..., quoi, vous voyez le pain à 3 sols la livre, l'argent à 180 livres pour 100 livres, le sucre à 3 livres, le café à plus de 50 sols, et le vin à 30 sols la mauvaise bouteille, et vous ne sentez pas dans vos âmes un sacré aiguillon qui pique votre activité sur l'introduction de ces prix énormes... »

Les groupements révolutionnaires des sections, dans l'espoir d'arrêter la dépréciation des assignats ainsi que l'agiotage, avaient inscrit en tête de leur programme une double mesure : tout d'abord la prohibition de la monnaie de métal, attendu qu'à leurs yeux la hausse des denrées décou- lait de celle de la monnaie métallique, ensuite la taxation des denrées de première nécessité. Le 3 février, une délégation du Conseil général de la Commune, des commissaires des 48 sections et des Défenseurs réunis des 84 départements, vint demander à la Convention nationale le retrait du décret de l'Assemblée constituante qui déclarait l'argent un objet mercantile. L'impression de leur adresse fut décrétée par la Convention.

Enhardis par le succès, certains députés des sections se présentèrent, le 11 février, à la barre de la Convention et sollicitèrent leur admission immédiate. L'adresse qu'ils déposèrent à l'appui de leur demande com- prend deux parties bien distinctes, arbitrairement fondues en une seule par Mortimer-Ternaux, qui reproduit ce texte arrangé à sa guise dans sou Histoire de, la Terreur, l. VI, p. 34, et donne aux signataires des litres qui n'existent pas dans l'original. La première partie de cette adresse, datée du H février 1792 [sic), est écrite de la main du citoyen Heudelet, qui se qualifie président, et est conçue en ces termes :

« Les commissaires de la majorité des sections, réunis avec leurs frères des 85 départements, demandent à être entendus sur le champ à la barre de la Convention nationale, pour présenter une pétition sur les subsistances, parce que la faim ne s'ajourne pas. »

INTRODUCTION iy

Comme l'on sait, la Convention, absorbée par une discussion impor- tante, celle du rapport de Dubois de Crancé sur l'organisation de l'armée, refusa d'admettre les pétitionnaires et les renvoya au Comité d'agriculture. C'est alors qu'un second comparse, Plaisant de la Houssaye, dont la signature est également accompagnée du titre de président, ajouta au- dessous des lignes tracées p;ir Heudelet ces mots :

(< Il nous est impossible de désemparer sans être entendus, à moins qu'un décret formel ne le déclare à la face du peuple de Paris, qui est tout entier debout avec nos frères des 84 départements; nous le répétons, les représentants du peuple n'ont pas le droit de refuser de l'entendre, encore un coup la faim ne s'ajourne pas. »

Chacune des parties de cette adresse portait en outre la signature d'un sieur Pelletier, secrétaire, qui, parait-il, était commissaire de la section du Marais.

La députation fut admise le 22 février et l'orateur, qui prit la parole en son nom, proposa diverses mesures révolutionnaires pour mettre un terme aux abus concernant les subsistances, notamment d'infliger la peine de 6 ans de fers, et de mort, en cas de récidive, à tout agriculteur ou marchand qui vendrait un sac de 250 livres de blé plus de 25 livres, d'établir l'uniformité des mesures pour les grains et d'interdire à toute administration de se faire marchande de grains.

Quel fut le rôle de chacun des signataires de cette adresse à la Conven- tion, personnages fort obscurs qui se donnèrent comme représentants de la majorité des sections? Claude Heudelet, vérificateur du Bureau de la comptabilité, commissaire de la section Poissonnière, qui apposa sa signa- ture au bas de la première partie de l'adresse, avait toutes les chances de passer inaperçu, si, après l'exposé présenté par l'orateur de la députation, il n'avait eu la malencontreuse idée de prendre la parole, en qualité de vice- président de la commission des subsistances de sa section et comme mandataire de ses frères des déparlements ; interrompu par le prési- dent, qui le mit en demeure de produire ses pouvoirs, il fut obligé de reconnaître qu'il n'avait aucun mandat et pouvait tout au plus parler au nom des fédérés des 85 départements se trouvant à Paris. Arrêté séance tenante par ordre de la Convention, il fut conduit au Comité de sûreté générale, il subit un interrogatoii'e, mais fut relaxé le même jour. Comme le lit remarquer Prudliomme {Révolutions de Paris, n" ■188, p. 222), rien n'ayant déposé contre sa loyauté et son civisme, on avait constaté seule- ment que c'était un cerveau exalté, susceptible d'impressions étrangères. Du reste, à la suite de cette manifestation Claude Heudelet ne tomba nullement en disgrâce ; on voit par une lettre qu'il adressa, le 24 août suivant, à ses

It INTRODUCTION

chers camarades et frères du Comité de surveillance de la section Poisson- nière, qu'il venait d'être désigné pour accompagner les ciloyens Gâteau et Thuillier, chargés de mettre à exécution l'arrêté du Comité de salut public conccrnani les subsistances militaires dans toutes les armées de la Répu- blique, et en particulier à Mayence. Ces deux citoyens, proclamait Heudelet, sont de vrais patriotes de notre trempe. Il se trouve qualifié d'inspecteur des subsistances militaires dans l'arrêté pris le 25 ventôse an II par le Comité de sûreté générale, qui jugea à propos de s'assurer de sa personne et par mesure de sûreté générale l'expédia à la Force (1).

Le second signataire de la pétition relative aux subsistances, celui qui porta la parole à la Convention au nom des commissaires des sections, Jean Plaisant de la Houssaye, homme de loi, rue de Bièvre, fut dénoncé, le 42 brumaire an II, par le Comité de surveillance de la section du Panthéon-Français comme aristocrate, par confusion avec le secrétaire de l'ancien avocat général d'Aguesseau, et en outre incriminé comme ayant été le rédacteur et l'orateur de cette pétition; il fut incarcéré à Sainte- Pélagie. Les griefs articulés contre lui révèlent de curieux détails sur ce qui se serait passé en cette occurrence. On lui reprocha, lorsque la Convention refusa de l'admettre à sa barre, d'avoir écrit une lettre menaçante au président. La députation de Paris étant venue le trouver dans la salle des pétitionnaires pour l'inviter à ne pas insister, il aurait répondu que si la Convention ne faisait pas droit à sa pétition, le peuple, qui alors avait les bras ballants, reviendrait le lendemain, armé de fer, pour forcer ses mandataires de lui donner du pain. Un autre grief qui lui était imputé le représentait comme s'étant rendu ensuite au Club central séant à l'Evêché, il aurait fait un rapport calomnieux et tenu des propos injurieux, entr' autres ceux-ci : « bien! citoyens, votre si belle, votre si bonne députation de Paris ne veut pas que ses commettants mangent, elle ne veut même pas que le peuple lui demande du pain, notamment Marat, ce prétendu Ami du peuple, veut que le peuple, dont il se dit l'ami, mange le pain à 12 sols la livre (2). » Dans un mémoire justificatif, adressé de Saint-Lazare, le 10 vendémiaire an III, au Comité de sûreté générale, Plaisant répondit point par point aux inculpations dont il était l'objet: il reconnut bien avoir été, non le rédacteur, mais l'orateur chargé de présenter la pétition sur les subsistances, observant toutefois qu'on ne pouvait lui en faire un crime, puisque, deux mois

(1) Arch. nat., dossier Heudelet, F' 4741

(2) Arch. tint., dossier Plaisant, F' 4774".

INTRODUCTION v

après, la Convention avait décrété le maximum, que réclamaient les péti- tionnaires. De pins, il assura n'avoir parlé à aucun des membres de la Convention, attendu qu'il avait été décidé par les pétitionnaires réunis à la Maison Commune que l'orateur, pour réserver toutes ses forces, n'aurait de conférence avec qui que ce fût à la salle des pélilionnaircs; que quant à lui, il s'était préparé à la parole dans les corridors extérieurs de la Convention. Pour se défendre des prétendues accusations portées contre Marat, Plaisant crut devoir déclarer qu'on ne pouvait, sans tomber dans la plus insigne absurdité, supposer qu'il eût prêté à Marat le dessein de faire manger au peuple le pain à 12 sols la livre ; comme le Club central était d'une façon permanente composé des plus chauds amis de ce député, il se serait, d'une part, exposé à l'indignation générale, et d'autre part Marat, étant informé de tout, n'eût pas manqué de protester contre ce propos diffamatoire dans l'un des premiers numéros de son journal.

Quoique Plaisant eût prétendu dans sa défense qu'il n'avait eu de rapport avec aucun des membres de la Convention, il ressort pourtant des discours prononcés par plusieurs Conventionnels, notamment par Buzot et Osselin, lors de la discussion soulevée par la venue de ces pétitionnaires, que les commissaires des sections s'étant retirés, à la suite de leur première démarche, dans la salle des conférences, les députés de Paris, entr'autres Marat, vinrent les trouver et entrèrent en pourparlers avec eux. Osselin déclara que, la veille, presque tous les députés de Paris s'étaient rendus à la salle des conférences pour calmer l'agitation, et qu'ils entendirent les citoyens chargés de présenter la pétition affirmer qu'elle émanait non seulement des 48 sections de Paris, mais encore des 83 départements de la République. Prudhomme, dans ses Récolutions de Paris, témoigne des mêmes faits; il rapporte que l'ordre du jour motivé, par lequel la Convention refusa de recevoir ces délégués, eut le don de les mettre en fureur, et que plusieurs membres de l'Assemblée, voyant qu'ils ne pou- vaient rien gagner sur ces esprits exaltés et voulant éviter des scènes désagréables, emmenèrent la députalion au Comité d'agriculture.

A la suite du débat soulevé à la Convention par la pétition du 12 février au sujet des subsistances, la députation de Paris, par une lettre très explicite à ses commettants, s'attacha à mettre en relief l'erreur de quelques patriotes et la malveillance des intrigants qui abusaient de leur bonne foi; et elle ne craignit pas de proclamer que l'attitude des délégués qui s'étaient fait annoncer par une lettre menaçante au président de la Convention, l'exagération de leurs propositions, le ton insultant et fréné- tique de l'orateur, le maintien indécent de plusieurs de ces prétendus pétitionnaires, le mensonge absurde proféré par l'un d'eux,! qui faisait

vj INTRODUCTION

croire qu'il pnrlait au nom des 84 départements, tout dévoilait la basse intrigue ourdie pour compromettre les 48 sections, auxquelles cette péti- tion était aussi étrangère qu'aux 84 dc^partements. A leurs yeux, elle no pouvait être que l'œuvre d'aristocrates déguisés. Du reste Maral, dans son journal, partagea cette manière de voir; il inséra dans le CXXXI une lettre donnant à entendre que la pétition sur les subsistances avait été fabriquée dans la section du Panthéon-Français par deux intrigants, un certain Landrin, ex-moine, et le citoyen Damour.

Le calme préconisé par les membres de la dépulation de Paris ne fut pas de longue durée, de nouveaux symptômes d'agitation ne tardèrent pas à se manifester. On faisait courir le bruit dans les faubourgs que Paris allait manquer de pain; les alarmes répandues au sujet de la pénurie des subsistances et de l'accaparement des denrées provoquèrent une vive effervescence ; la foule assiégea la porte des boulangers et, dans la crainte d'une disette qu'on croyait imminente, se disputa le pain ; tel qui n'avait besoin que de deux pains en prenait quatre. Los faits en question furent exposés à la tribune de la Convention, le dimanche 24 février, par Lesago, d'Eure-et-Loir, et par Thuriol; et sur la proposition de ce dernier, la Convention décréta que les Comités d'agriculture, de commerce, des finances et de sûreté générale se réuniraient à l'instant pour entendre le ministre de l'Intérieur, les administrateurs du Département, le maire elle procureur de la Commune sur l'étal des subsistances de Paris, sur les mesures prises et à prendre pour que la capitale n'en manquât pas. L'Assemblée décida en outre que les Comités rendraient compte immédiatement de la situation.

Pendant que la Convention prenait cette résolution, des groupes de femmes, qui avaient d'abord porté leurs doléances au Conseil général de la Commune, se présentèrent à la salle du Manège et demandèrent leur admission à la barre. L'une de ces députalions, formée par les citoyennes républicaines se réunissant aux Jacobins, ayant à leur tête la citoyenne Wafflard, leur vice-présidente, fit connaître que des mères et épouses des défenseurs de la patrie venaient déposer dans le sein de l'Assemblée l'ex- pression du chagrin qui les accablait par suite de la disette des subsistances et priaient la Convention d'entendre une pétition très courte, préparée à ce sujet. L'autre dépulation, composée de blanchisseuses, se plaignit du prix excessif qu'avaient atteint les matières premières servant au blanchissage, par suite de l'accaparement et de l'agiotage qui avaient fait monter le prix du savon de 14 à 22 sols, et elle demanda la peine de mort contre les accapareurs et agioteurs; cette pétition, passée sous silence ou plutôt omise dans le procès-verbal de la Convention, fut renvoyée aux Comités de commerce et des finances réunis.

INTRODUCTION ^

Le président Dubois deCrancé se borna à répondre aux députations que la Convention s'occupait en ce moment de l'objet de leurs demandes, mais que l'un des moyens du faire hausser le prix des denrées était d'efîrayer le commerce, en criant sans cesse à l'accaparement. Les pétitionnaires, ainsi éconduitcs, se retirèrent fort mécontentes, et d'autant plus aigries par l'insuccès de leur démarche.

Dans cette même séance, Carra avait présenté une motion à l'effet d'être entendu, le lundi 25 février, à miiii, pour dévoiler les causes et les auteurs véritables des accaparements, de l'agiotage, enfin de toutes les calamités actuelles, et pour indiquer les moyens infaillibles d'écraser tous les ennemis intérieurs du peuple.

L'article incendiaire que Marat fit paraître dans son journal, le matin même du 25 février, article dans lequel il dénonçait à la vindicte publique les agioteurs, les monopoleurs, les marchands de luxe, tous suppôts de l'ancien régime, ligués pour désoler le peuple par la hausse exorbitante du prix des denrées de première nécessilé et la crainte de la fainine, ne fut certes pas étranger aux scènes de désordre et de pillage qui signalèrent cette journée. Marat, dans ce violent appel aux passions populaires, déclarait qu'on ne devait pas trouver étrange que le peuple, poussé au désespoir, se fil lui-même justice. Le pillage do quelques magasins, ajoutait perfidement Marat, à la porte desquels on pendrait les accapareurs, mettrait bientôt fin à leurs malversations; bien plus, ce pillage, l'auteur du Dernier cri des Sans-Culottes le préconisait en ces termes : Nous dirons à nos camarades, c'est ici la boutique de l'accaparement, allez chercher du pain, et, par une conséquence logique, du sucre, du savon et tout le reste.

M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Convention (p. 1032), prétend que ce n'est pas l'article de Marat qui décida le pillage, que ce mou- vement populaire était prémédité et préparé depuis plus d'une semaine; quoi qu'il en soit, Marat y avait bel et bien contribué, et ne désarmait pas, puisque trois jours après les événements, dans le numéro du 28 février, le même publiciste, revenant sur l'appel qu'il avait adressé le 25 à la popu- lation, loin de désavouer ce qu'il avait écrit, 'répète encore que le meilleur moyen de mettre un terme aux malversations des accapareurs serait de piller leurs magasins et de les pendre à la porte; seulement, pour sa justification, Marat fait observer que les meneurs de la faction des hommes d'Etat, se saisissant avidement de cette phrase, s'étaient hâtés d'envoyer des émissaires parmi les femmes attroupées aux portes des boulangers pour les pousser à enlever à prix coûtant du savon, des chandelles et du sucre dans les boutiques des épiciers détaillants.

Il est possible que Marat ait été victime de sa plu'aséologie meurtrière;

viij INTRODUCTION

toujours est-il que le peuple ne s'empressa que trop de suivre le conseil que son Ami lui donnait. Comme Boyer-Fonfrède le fit remarquer le lendemain à la tribune de la Convention : « Hier, Marat avait prêclié le pillage, et hier soir l'on a pillé. » Du reste, la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, dans la séance du 26, aboutit, comme l'on sait, à la promulgation du décret qui renvoya la dénonciation de l'écrit de Marat, relatif aux troubles et pillages du 25 février, aux tribunaux ordinaires et chargea le Ministre de la justice do faire poursuivre les auteurs et instigateurs de ces délits.

Si M. Jean Jaurès refuse d'admettre le rôle de Marat, il croit que l'inspirateur et l'organisateur de cette sorte de révolution des subsistances fut Jacques Roux, l'ancien prêtre, membre du Conseil général de la Commune, qui, depuis un mois, dans son obscur quartier des Gravilliers, menait une campagne acharnée contre les accapareurs et qui eut pour constante tactique de mettre en avant Marat et de se couvrir de sa popu- larité. Il est bien certain, si l'on en juge par le rapport de l'un des vingt-quatre commissaires de la Commune envoyés dans les sections, le 2S février au matin, pour essayer de rétablir l'ordre, que Jacques Roux pactisait ouvertement avec les émeutiers, qui se faisaient délivrer les marchandises arbitrairement taxées par eux ; le langage qu'il tint le même jour à la tribune du Conseil général de la Commune, il aurait dit que la journée du 25 février était une belle journée et qu'elle eût été encore plus belle, s'il y avait eu quelques têtes coupées, montre assez que, loin de désapprouver ce mouvement révolutionnaire, il ne le trouvait pas assez accentué. La conduite de Jacques Roux fut d'ailleurs sévèrement jugée par plusieurs des sections parisiennes, celle des Piques, entre autres, qui, réunie en Assemblée générale le 26, prit un arrêté exhortant ses frères de la section des Gravilliers à censurer le citoyen Jacques Roux, son repré- sentant à la Commune, pour avoir, dans la journée du 25 courant, prêché au Conseil général la dissolution de tous les principes, en légitimant les événements qui venaient de se produire, et déclara lui retirer sa confiance. Quelques jours après, il se trouvait exclu de la Commune.

En réalité Jacques Roux est le seul fauteur de troubles dont le rôle dans la journée du 2o février ne puisse prêter à l'équivoque; on ne voit pas apparaître d'autre agitateur, et Varlet, notamment, qui trois mois plus tard sera l'un des chefs du parti révolutionnaire, semble être resté dans l'ombre. Quant à Hébert, dans son Père-Diic/tesne, il cherche à donner le change et ne veut voir dans l'émeute du 25 février qu'un mouvement excité par les aristocrates, les Brissotins, qui auraient poussé le peuple à la révolte et au brigandage.

k

INTRODUCTION lx

Tels sont ceux qui, soit par leurs écrits, soit par leurs paroles, furent les promoteurs des désordres qui troublèrent Paris, les 25 et 26 février. Vers 8 heures du malin, le peuple se porta dans le quartier des Lom- bards, de tout temps centre du commerce des denrées coloniales, telles que le sucre, le café, le savon, et envahit les boutiques des épiciers dans les rues des Cinq-Diamants, des Lombards, de la Vieille-Monnaie. Cette foule ameutée, les femmes, quelques-unes armées de pistolets, se trouvaient en majorité, se fit délivrer les marchandises à sa convenance, suivant une taxe arbitraire : le sucre à 20 et 25 sols, la cassonade à 8 et 10 sols, le savon et la chandelle à 12 sols; on finit par faire main-basse sur toutes les marchandises, même sur celles dont le peuple ne faisait point usage, comme le thé, la cannelle, la vanille, l'indigo.

D'après les rapports des observateurs de police (1), ce furent les femmes de la Halle qui se montrèrent le plus acharnées au pillage des épiciers, soit qu'elles appartinssent à la classe indigente, soit qu'elles se fussent laissées entraîner par des suggestions perfides; elles huaient les patrouilles qui passaient au milieu des groupes pour les diviser, prétendant que ces patrouilles n'étaient composées que d'épiciers et de chandeliers, tandis qu'en réalité plusieurs sections, entre aulres celle des Quatre-Nations, avaient eu soin d'exclure des patrouilles cette classe de commerçants. Vers 5 heures du soir, l'afiluence des femmes au Marché des Innocents était considérable; elles chantaient, dansaient, se moquant de la force armée à pied et à cheval, qui cherchait à les disperser, ne ménageant pas les propos insolents et ironiques. Le soin qu'on avait pris de faire replier les grands parapluies de toile cirée au-dessus des étalages avait été plus nuisible qu'utile : au lieu d'empêcher les rassemblements cette précaution les avait favorisés. Du reste dans ces groupes d'émeuliers, il ne manquait pas de voleurs; rue Saint-Denis, en face du Marché des Innocents, Ton en arrêta d'un seul coup de filet 50 à 60; les gens de mine suspecte y étaient aussi en bon nombre ; parmi ceux qui avaient envahi les boutiques d'épiciers l'on put constater la présence d'individus couverts de haillons, sur lesquels fut trouvé beaucoup d'or et d'argent; rue Phélypeaux, paraît-il, furent remarquées des femmes pauvrement vêtues, qui tenaient dans leurs mains de gros paquets d'assignats qu'elles distribuaient à ceux qui n'avaient pas de quoi acheter à vil prix du sucre et du savon. En résumé, il semble que le pillage des épiciers ait été à la fois excité par des agents de désordre et de contre-révolution, et perpétré par le peuple, exaspéré du prix énorme

(1) V. tome IX de notre Répertoire, n»' 432, 435.

jl INTRODUCTION

des denrées, lorsque l'arreslalion do voitures de savon lui permettait de constater d'après la facture que ce savon qui revenait à 14 sols la livre lui était vendu 32 sois, et que les magasins explorés par les émeuliers renfer- maient de la cassonade moisie, à force d'avoir été gardée, et du sucre à moitié rongé par l'humidité.

Le désordre ne resta pas localisé dans le quartier des Lombards; il s'étendit aux autres quartiers, de l'ile Saint-Louis à la rue Saint-Jacques, sur le port au Blé, même devant IHôlel de Ville. D'après Tiiine (1), douze cents boutiques auraient été pillées et dévastées. Le même historien, avec sa tendance à grossir et à voir sous les couleurs les plus sombres tous les mouvements révolutionnaires, accepte sans contrôle le témoignage d'un romancier populaire, Rétif de la Bretonne (2), qui dans le chapitre qu'il a consacré au pillage des épiciers prétend que des bandits, réunis à des agents étrangers, se livrèrent à un véritable brigandage, comme s'il se fût agi d'une ville prise d'assaut. S'il faut en croire ce littérateur, que ïaine considère comme un témoin oculaire, il se serait passé des scènes révoltantes, renouvelant les exploits des chauffeurs : des misé- rables auraient contraint un maître do maison et sa femme, les pieds dans le feu, à leur livrer tout ce qu'ils avaient de précieux, or, argent, assignats, linge fin, dentelles, robes de soie. Le même Rétif de la Bretonne rapporte, d'après des on-dit, des actes de lubricité dont auraient été victimes la femme et les deux fiUes d'un riche épicier, qui furent outragées à plusieurs reprises par trois bandits, pendant que leurs valets impassibles assistaient, le sabre à la main, le pistolet à la ceinture, à ces cyniques débauches. Nous croyons qu'il y a beaucoup d'exagération dans ces récits, l'imagi- nation d'un romancier s'est donnée libre carrière.

Toutes les scènes de désordre qui signalèrent la matinée du 25 février ne furent, au début, l'objet d'aucune répression; il est certain que la Municipalité parisienne comme le Déparlement semblent avoir été pris au dépourvu et n'avoir eu aucune connaissance dos mouvements qui avaient pu précéder et préparer l'émeute; c'est l'impression que l'on éprouve lorsqu'on lit les réponses que Lulicr, procureur général syndic du Dépar- tement, fit aux questions qui lui furent posées le 26 février par le Conseil exécutif provisoire (3). Sans nul doute, lu Municipalité fut surprise par la soudaineté des événements, puisqu'elle déclara, le 27 février, que le

(1) H. Taine, Les origines de la France contemporaine, La Révolution, t. III, p. 407.

(2) Rétif de la Bretonne, Nuits de Paris, t. VIII, p. 463.

(3) V. le t. VIII de notre Répertoire, 1483.

INTRODUCTION xj

désordre avait éclaté subitement avec violence et s'était propagé avec la rapidité de la foudre; c'est ce qui explique jusqu'à un certain point pour- quoi elle ne montra pas la décision nécessaire et sembla ne se réveiller de sa torpeur que lorsque lémeute se fut rendue complètement maîtresse du terrain; de plus, comme par un fait exprès, le Commandant général de la garde nationale, Sanlerre, se trouvait absent depuis le matin et inspectait des troupes à Versailles, alors que sa présence eût été indispensable à Paris; aussi l'intervention tardive du maire et du procureur de la Commune fut-elle absolument ineificace. Lorsque le maire et les représentants de la Commune se furent rendus compte de l'inutilité de leurs efforts, ils se transportèrent au Département et de au Comité do sûreté générale ; alors, sur la motion do Basiro, l'un de ses membres, la Convention nationale promulgua un décret autorisant la Municipalité parisienne à prendre les mesures nécessaires pour le rétablissement de l'ordre et même à faire battre la générale pour contenir les malveillants. Dans sa lettre du 26 février à la Convention nationale (1), Pache déclare que la Municipalité ne connut qu'après H heures du matin la formation d'un rassemblement, rue de la Vieille-Monnaie, ainsi que l'envahissement des boutiques d'épiciers par une foule de femmes, et que la présence du Maire, du procureur de la Commune, de l'un de ses substituts et de cinq administrateurs municipaux, avec toutes les exhortations des uns et des autres, ne réussit point h réprimer les désordres. Pourtant, au témoignage du journal de Brlssot, Pache aurait montré quelque énergie et payé de sa personne en arrêtant de sa main deux pillards; le bruit courut même qu'on l'avait menacé do coups de couteau et qu'on lui avait déchiré son écharpe, alors qu'accom- pagné du procureur de la Commune, il protégeait, rue des Lombards, la boutique d'un épicier; mais il fut reconnu que la nouvelle était fausse. Quant à Chaumette et Hébert, malgré leur caractère officiel, ils ne pouvaient, conime l'a dit très justement M. Jaurès, marcher à fond contre le peuple, même égaré, et l'avaient laissé faire. L'un comme l'autre ne virent ou affectèrent de ne voir, dans la journée du 25 février, qu'un mouvement contre-révolutionnaire. Chaumette iléclara, le 27 février, devant la Convention, que la véritable cause de ces troubles, c'était la haine de la Révolution; leurs auteurs, c'étaient les malveillants de l'intérieur, coalisés avec les agents des puissances étrangères. Hébert n'est pas moins afiir- matif ; à ses yeux (n" 219 de son Père Duchesne), la journée du 23 février n'avait été qu'une mascarade aristocratique, une émeute masquée, organisée

(1) V. t. VIII de notre Répertoire, 1491.

^ INTRODUCTION

par de faux Sans-Culoltes ; c'étaient les fripons soudoyés par l'Angleterre qui avaient fait jiiller les magasins dans Paris, afin d'exciter le désordre au moment l'on s'occupait du recrutement de l'armée. Les patrouilles multipliées dont Pache fait mention dans sa lettre ne commencèrent, en réalité, qu'à cinq heures du soir, et encore les officiers seuls, sans être suivis par leurs hommes, exposés seuls aux brutalités de la multitude égarée, cherchèrent-ils à dissiper les attroupements, en sorte que, comme le constate Prudhomme dans ses Révolutions de Paris, les pillards eurent tout le temps et toute la sûreté désirable pour mener à bonne fin leur expédition qui, en somme, dura du lever au coucher du soleil. Ce fut seule- ment le mardi malin que l'on se décida à prendre des mesures énergiques pour le rétablissement de l'ordre ; ce jour-là, dès quatre heures, la générale fut battue, de fortes patrouilles furent envoyées rue Sainl-Honoré et à la Croix-Rouge, s'étaient formés de nouveaux groupes qui se proposaient de recommencer les excès de la veille. Santerre informa la Convention, le 26 février, à 2 h. 3/4, que la force armée était devenue maîtresse d'em- pêcher le retour des événements fâcheux qui s'étaient produits; mais dans la crainte qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et les malintentionnés ne recommençassent, il prit soin de placer dans toutes les caisses, à la fabrique des assignats, au Mont-de-Piété et à toutes les prisons, des forces d'hommes et de canons, de manière à réprimer tous désordres (1).

La journée du 27 fut relativement calme; pourtant dans la soirée, il y eut de nouvelles velléités d'agitation : les blanchisseuses, rassemblées place Maubert et ailleurs, demandèrent à grands cris que l'on envahit les magasins de savon et de soude, notamment rue de Bièvre, invitant les hommes à les suivre, sous peine de payer au moins 6 sols de blanchissage par chemise. On fil en même temps courir le bruit que l'on se porterait chez les bijoutiers et orfèvres, lesquels, saisis d'une terreur panique, se hâtèrent de fermer boutique (2).

L'apaisement revint petit à petit; le 28 février, Santerre annonçait que Paris était fort tranquille, qu'il n'y avait aucun rassemblement, la force armée étant très active, que les agitateurs donnaient le change au peuple en lui faisant croire que ceux qui n'aimaient pas le désordre étaient ses ennemis; il terminait en déclarant, avec ce ton déclamatoire qui lui était familier, que les républicains ne quitteraient point les rênes et qu'ils sauraient mourir comme Le Peletier.

(1) V. t. VllI de notre Répertoire, 1490.

(•2) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, n»» 43!), 437.

INTRODUCTION xHj

Ce même jour, la Convention, dans le but de rechercher les responsa- bilités, rendit, sur la motion de Barère, un décret ordonnant : au Comité de sûreté générale de lui faire connaître le lendemain les mesures qu'il avait prises en vue do la cessation des troubles et pour en découvrir les auteurs et instigateurs ; au Maire, au procureur de la Commune et à la Municipalité de se présenter le lendemain à la barre pour exposer égale- ment les moyens par eux mis en œuvre pour prévenir les troubles et la violation des propriétés, en arrêter les progrès et faire incarcérer les auteurs et instigateurs; aux Comités de commerce, d'agriculture et des finances de proposer dans le délai de trois jours les mesures les plus propres à réprimer l'accaparement ainsi que l'agiotage et à diminuer la masse des assignats. Ce décret, une fois les événements tombés dans l'oubli, resta, on le comprend sans peine, lettre morte.

On sait par la lettre de Pache à la Convention qu'à la suite des troubles du 25 février, un nombre considérable d'agitateurs, parmi lesquels figuraient quelques suspects et des domestiques de ci-devant nobles, furent arrêtés , conduits d'abord devant le Conseil général de la Commune, renvoyés au Département de Police et enfin écroués à la Force. On est naturellement amené à se demander à quelle classe de la société appartenaient ces émeutiers qui organisèrent le pillage des boutiques d'épiciers et si, comme l'avance Prudhomme dans ses Révolutions de Paris, il faut admettre la présence dans les rangs du peuple de quantité d'émissaires gagés par les listes civiles de presque toute l'Europe. M. Aulard, dans son Histoire poli- tique de la Révolution (p. 419), en parlant de l'émeute du 25 février, me paraît trop affirmatif, lorsqu'il attribue le pillage des quelques boutiques d'épiciers aux ouvriers qui avaient peur de la famine. L'élément ouvrier n'eut qu'une part très faible dans ces désordres; on peut relever, en effet, sur la liste des 12 inculpés détenus à la Force, qui passèrent en jugement pour leur participation aux troubles des 25 et 26 février, trois domestiques, 1 brocanteur, 1 tailleur, 1 dragon de la République, 1 garçon cordonnier, 1 marchand de boucles, 1 marchand de cocardes, 1 taillandier, 1 garçon pâtissier et un particulier sans profession, soit 3 individus qui, à la rigueur, peuvent rentrer dans la catégorie des ouvriers. Sur les quatre femmes inculpées pas une ouvrière, ce sont, une domestique, une cuisi- nière, une revendeuse et une femme sans profession.

Cependant, quoique l'adresse de la Municipalité, rédigée par Chau- mette, dise que la plupart de ceux qui excitaient la fermentation paraissaient au-dessus du besoin, et que la plupart des meneurs, soit hommes, soit femmes, étaient pris de vin, tous ces émeutiers semblent à première vue de pauvres hères, sans travail, sans ressources, obscurs comparses,

^ INTRODUCTION

qui furent, ou acquittés, ou condamnés à des peines insignifiantes, mais il est difficile d'y trouver trace d'agents de l'étranger ou de la contre-révolution. Un décret du 3 mars décida que les auteurs, fauteurs, instigateurs et com- plices des troubles et pillages qui s'étaient produits les 25 et 26 février seraient traduits devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise ; l'application de ce décret se fit sans principe bien arrêté, on peut même dire avec une cerUine incohérence. Les tribunaux des arrondissements, dans le ressort desquels avaient eu lieu les actes de pillage, adoptèrent des manières de voir différentes. C'est ainsi que le jury d'accusation du Tribunal du 2' arrondissement se crut en droit de procéder à l'instruction préparatoire et renvoya plusieurs prévenus devant le tribunal chargé de les juger; par contre le Tribunal du 5' arrondissement estima que ce serait maintenir l'influence locale que de ramener le point de fait devant un jury d'accu- sation formé à Paris, et fit incarcérer à Versailles l'un des prévenus dont la cause avait été instruite par son jury. Particularité encore plus digne de remarque, un certain nombre d'inculpés détenus à la Force comparurent devaut le Tribunal de police correctionnelle, qui leur infligea des condam- nations variant de 8 jours à 3 mois de prison, ou furent déférés aux tribunaux des 2®, 3' et 6' arrondissements. En présence de ces divergences d'interprétation des dilîérents jurys d'accusation, Gohier^ ministre de la justice, sur la demande expresse du tribunal du district de Versailles, adressa, le 10 août 1793, une lettre au président de la Convention natio- nale (1), à l'effet d'obtenir que l'instruction toute entière fût confiée à un seul jury, celui du tribunal du district de Versailles, et que tous les juge- ments de police correctionnelle rendus à Paris fussent annulés. La décision fut renvoyée le 12 avril au Comité de législation.

Quant aux malheureux épiciers qui, sous le fallacieux prétexte d'acca- parement, avaient été victimes des actes de pillage commis les 2') et 26 février, nul ne semble s'en être occupé ; ils rappelèrent leur infortune à la Convention par une pétition présentée le 27 mars, ils deman- dèrent à être indemnisés des pertes qu'ils avaient subies, pertes dont ils déclaraient justifier d'après leurs livres, leurs factures et leurs correspon- dances. La Conventi.on renvoya, le 31 mars, leur pétition au Comité des finances, qui déposa, le 21 juin, son rapport concluant au rejet de la demande des épiciers; séance tenante, la Convention rendit un décret portant qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, sauf aux pétitionnaires à se pourvoir devant les tribunaux.

(1) V, le t. VIII de notre Répertoire, 1509.

INÏIIODUCTION XV

Du reste, leurs réclamations étaient vues de fort mauvais œil dan» le populair^î; on peut en juger parce fait cnracléristiquo, c'est qu'un col- porteur étant venu crier au milieu dos groupes assemidés sur la ternisse des Feuillants la pétition dune épicière qui réclamait 100,000 livres pour le sucre qu'on lui avait pillé, le 2o février, les citoyennes présentes s'écrièrent : « C'est dommage qu'elle n'ait pas donné son adresse, nous lui aurions porté son indemnité (1). »

II

Journée du lO mars.

Dès le S mars, les fâcheuses nouvelles de Belgique, répandues à Paris, qui apprenaient la levée du siège de Maesliichl, l'évacuation d'Aix-la- Chapelle et de Liège, jetèrent la consternation parmi les patriotes et réjouirent les aristocrates qui recommencèrent à tenir dans les cafés des propos incendiaires (2). Les bruits mis en circulation tendaient à aggraver la situation; on parlait de la prise de Liège et de Bruxelles, de défaites subies par l'avant-gnrde des Iroupes françaises et de l'évacuation immi- nente de toute la Belgique. A la Convention on demandait que les nombreux fédérés qui se trouvaient à Paris fussent immédiatement envoyés aux frontières ; dans la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, Lan- juinais dénonça l'existence à Paris d'un comité d'insurrection qui se réunissait le soir dans le local occupé d'ordinaire par l'Assemblée électorale de Paris et qui convoquait journellement les fédérés à ses séances. Ces groupes révolutionnaires projetaient évidemment une action violente, d'une part, contre le parti Girondin, d'autre part, contre Dumouriez, dont on pressentait la trahison à ce moment; dans les groupes, dans les cabai'ets et cafés il n'était question que d'une insurrection générale et prochaine, on réclamait une journée du 10 août afin de purger la Répu- blique de tous les traîtres ; les auteurs de ces discours incendiaires, ces provocateurs au meurtre, au carnage, étaient en majeure partie des fédérés

(1) V. le tome IX de notre Répertoire, n" 478.

(2) Voir le tome IX de notre Répertoire, 450.

Xfj INTRODUCTION

composant la Société des Défenseurs réunis de la République, qui siégeaient le matin dans la salle des Jacobins ; mais ils espéraient, ils comptaient même que l'initiative de ces mesures révolutionnaires par- tirait des sections. Pour concerter un mouvement, nombre de volontaires des départements, à la tête desquels s'était mis un agitateur très connu, Fournier, dit l'Américain, s'assemblèrent aux Champs-Elysées (1), y dînèrent dans différentes auberges et, paraît-il, complotèrent vaguement d'envahir les imprimeries aristocrates; mais, comme ils se dispersèrent le soir, on crut que leur projet était abandonné, il n'en était rien. Dans la nuit même du 9 mars, à deux heures du matin, le comité de surveillance de ces fédérés, qui se qualifiaient Défenseurs de la République assemblés aux Jacobins, prit un arrêté invitant toutes les sections de Paris composées de Sans-Culottes à se joindre aux défenseurs de la patrie pour opérer une insurrection, donnant rendez-vous aux Jacobins, annonçant que le tocsin sonnerait à 5 heures très précises du malin, enfin faisant appel aux Sans- Culottes pour en imposer aux factieux qui siégeaient à la Convention et se transporter dans les imprimeries des journaux de Brissot, Gorsas et autres de même nature.

Ce manifeste, qui porte la signature de deux inconnus, Champagnac, président, et André Gadet, fils, secrétaire, est contresigné de commissaires du Club des Jacobins, affiliés à la Société des Fédérés, qui sont Garnier de Launay (François-Pierre) de la section des Piques, Pereyra (Jacob), de la même section, (dont Mortimer-Ternaux travestit le nom en celui de Le Perigerais), et Bailly, fédéré. Si ce manifeste s'est retrouvé dans les papiers du Comité de sûreté générale (sous la cote F' 444S-4550, que Morlimer-Ternaux se garde bien de donner) c'est qu'il fut envoyé à la section du Panthéon-Français, qui le fit parvenir au Comité de sûreté générale par les soins de Julian de Carentan, personnage assez connu comme observateur de la Police, et de Damour, qui devinrent peu après secrétaire et secrétaire-adjoint du Comité révolutionnaire de cette section.

Le curieux document en question, publié une première fois par Mortimer-Ternaux dans son Histoire de la Terreur, t. VI, p. 185, a été reproduit par M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de laConvention, p. 1131, qui croit pouvoir l'attribuer à la section Poissonnière; or, aucun des signataires de cet appel aux armes n'appartenait à celte section, qui semble bien n'y avoir pris aucune part. La veille, il est vrai, cette section, par l'organe de son président, le peintre Faro, avait demandé aux com-

(1) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, 459.

INTRODUCTION xvi.j

missaircs de la Convention, venus dans son sein, la dcstilulion de Beurnonville, un décret d'accusation contre Dumouricz et son état-major, contre Roland et Clavière, prolesté contre la nomination de Gensonné en quiililé de président de la Convention, réclamé des mesures énergiques à l'eflet de supprimer les mouvements populaires, mais avait néanmoins déclaré être prête à défendre la Convention : par conséquent elle ne se serait assurément pas associée à une démonstration hostile conlre les représen- tants du peuple.

Ceux que l'opinion publique désignait comme les chefs de ce complot étaient Fournier, l'Américain, connu par son rôle suspect dans l'expédition des prisonniers d'Orléans, Claude Lazowski, capitaine des canonniers de Saint-Marcel, dont on sait la participation au 40 août et à celte même expédition, Jean Varlet, employé des postes, fougueux Jacobin, Peyre, homme de loi, de la section de Marseille, Charles-Philippe Ronsin et François-Nicolas Vincent, Etienne Jourdan, frère du fameux Jourdan Coupe-Tète , d'Avignon, François Desfieux, membre du Tribunal du 17 août, (lu Club des Jacobins, un certain Langlais, agent du Comité de sûreté générale, tous ces agitateurs perpétuellement prêts à fomenter l'insurrection, qu'on retrouve dans la plupart des journées révolution- naires (1).

Il est bien difficile de démêler quelle fut la part de chacun des auteurs présumés de ce mouvement. Comme l'on sait, Fournier fut formellement dénoncé par Maral; le même Fournier, Desfieux et Lazowski furent signalés par Vergniaud comme membres de ce comité d'insurrection. Le jacobin Desfieux, qui en pluviôse an II fut incarcéré à Sainte-Pélagie, fit paraître un mémoire justificatif, imprimé de 12 pages, il s'attache à démontrer, comme il l'avait fait jadis dans un placard-affiche, que l'accu- sation portée contre lui par Vergniaud était sans fondement, se faisant fort de prouver qu'il n'avait jamais appartenu à aucun comité secret, qu'il ne connaissait que très peu Fournier, qu'il ne lui avait jamais parlé et ne l'avait même pas vu depuis un mois, en outre qu'il n'avait jamais parlé au citoyen Lazowski, le considérant loulelois comme ayant rendu de grands services à la Révolution.

En tout cas le manifeste lancé dans la nuit du 9 mars ne produisit pas l'elTet attendu ; le tocsin ne fut pas sonné, personne ne bougea. Convaincus de l'avortement d'une insurrection générale, les meneurs se réunirent aux abords de la Convention, formant sur la terrasse des Feuillants des

(1) Rapport (le police, t. IX de notre Hépertoire, 'iGî. T. IX.

xviij INTHOnUCTION

groupes animés t-l menai^aiils, Pelion el Beurnonvillc furent pourcliassés et insultés. Dans la soirée pourtant ils tentèrent de réaliser une partie ilo leur programme en exploitant le mécontentement populaire contre les presses girondines. Vers 8 heures du soir, une quarantaine d'individus, armés de sabres el de pistolets, mais non 200, comme l'écrit Taine, quelques-uns revêtus do l'uniforme de dragons de la République, se ren- dirent rue Tiquetonne, se trouvait l'imprimerie de Gorsas, envahirent les ateliers, brisèrent les presses et les caractères, hachèrent les papiers à coups do sabres, enfin occasionnèrent d'importants dégâts, évalués 76.000 livres. Gorsas, qui se trouvait chez lui en ce moment, n'eut que le temps, pour échapper aux émeuliers, de sauter par-dessus un mur de son jardin cl de se réfugier chez im voisin, d'où il rentra dans son domicile au bout de trois quarts d'heure, quand les envahisseurs se furent retirés; mais il ne parut nullement à la section du Contrat- Social, comme le dit Pache dans sa lettre. Vers 9 heures du soir, le même nombre d'individus, également armés, se transportèrent rue Serpente, à l'imprimeiic Fiévée, s'imprimait la Chronique de Paris de Condorcet, et la sacc;igèrcnt de fond en comble, comme le constatèrent deux commissaires de la section du Théâtre-Français. Les imprimeries du Patriote Français et des Me'co- lutions de Paris ne furent préservées de la destruction que grâce à la résistance opposée par les ouvriers. Prudhomme en racontant ces excès fait remarquer que le peuple de Paris fut aussi étranger aux dégâts commis chez les imprimeurs qu'il l'avait été au pillage des magasins de sucre et de chandelles. Le même soir, Varlet et Fournier l'Améri- cain, porte-paroles du Comité insurrectionnel, apportèrent au Club des Cordeliers, que Gorsas appelle le Club nourricier des émeutes, une adresse dont la rédaction était de Varlet et qu'il réussit à faire adopter par surprise par la section des Quatre Nations; do ils se rendirent au sein de la Municipalité à l'eilet de l'inviter à mettre en état d'arrestation les membres de la Convention traîtres à la cause du pays, à faire fermer les barrières, à faire sonner le tocsin el faire battre la générale; mais ce fut peine perdue, au Conseil général de la Commune, Pache, aussi bien que Chaumette et Hébert refusèrent absolument de s'associer au mouvement. Prudhomme estime dans ses Révolutions de Paris que l'on doit rendre gr&ces à la Commune de Paris, qui fut vainement sollicitée par une soixantaine de prétendus députés des Jacobins et des Cordeliers, et dont l'attitude imposante sauva la situation. Un autre contemporain, le député Salle, dans une lettre au vice-président du Directoire du déparlement de la Meurlhe, montra que le hasard el des circonstances heureuses avaient fait manquer le coup préparé pour la nuit du dimanche au lundi, que les

INTHODUCTIUN xix

conspirateurs furent déroulés par la pluie qui tomba eu abondance loule la nuit, p;ir l'absence des députés et la présence de 400 fédérés bretons, prêts à marcher au jiremier signal, mais laisse à entendre que les conspi- rateurs n'avaient nullement abandonné leur projet.

Le Conseil général do la Commune ayant avisé la Convention de l'existence d'attroupements qui faisaient craindre une nouvelle insur- rection, attroupements accompagnés de menaces de mort contre plu- sieurs membres de la Convention, l'Assemblée manda immédiatement à sa barre le Maire, le Commandant général et le secrétaire greffier de la Municipalité, qui sans tarder se rendirent à son invitation. Le Maire exposa les mesures adoptées en raison des rassemblements et de l'exaltation des esprits ; de son côté, Santcrrc vint déclarer qu'il avait donné les ordres les plus précis pour pn-venir loule insurrection et qu'il disposait d'une force armée de 9.000 hommes, prèle à agir, massée sur la place de l'Hôtel-dc-Ville; il fit connaître en outre que des malveillants, qu'on n'avait pu arrêter, avaient suggéré l'idée de conférer la royauté au citoyen Egalité.

Ce qui a pu faire croire à quelques historiens, comme M. Jaurès, que le signal de l'insurrection fut donné par la seclion Poissonnière, c'est l'attitude singulière de cette seclion, qui, non contente d'avoir tenu un langage presque menaçant aux commissaires de la Convention, loin de le désavouer ou de l'atténuer, décida, le 22 mars, qu'une dépulation de huit membres se présenterait à la Convention à la tête des volontaires et y ferait lecture du discours adressé le 8 mars aux commissaires ; en ell'et, celle députation fut admise le lendemain ; le discours de l'or.ileur de la seclion Poissonnière souleva de violents murmures et fut interrompu par des prolestalions unanimes. Un mouvement général d'indignation éclala dans la salle et même parmi les volontaires, lorsqu'on s'aperçut que leur dra- peau portail deux fleurs de lis, découpées à jour, l'une sur le taffetas, l'autre sur la hampe; tout aussilôt les volontaires furieux arrachèrent l'étoffe, la foulèrent aux pieds et la remplacèrent par une ceinture trico- lore qu'oifrit la citoyenne Floquet, de Toulon, en la surmontant d'un bonnet rouge.

L'incident soulevé à la Convention par la section Poissonnière donna lieu à une vive discussion, dans laquelle l'un des représentants s'attacha à faire ressortir le lien existant entre les projets que trahissait le discours du président de cette section, les mouvements excités autour de la .salle et jusques dans les tribunes, et surtout les complots dénoncés par les officiers municipaux et le Commandant général, heureusement déjoués par leur prudence, et demanda la destitution de Pinard, juge de paix de

XX INTROnUCTION

l;i section Poissonnière, ainsi que son arrestation avec celle do Jacquemin, président de ladite section.

Deux jours après, la section Poissonnière, réunie en assemblée géné- rale, reconnut les erreurs dans lesquelles l'avait t'ait tombrr un moment de désarroi causé par les revers essuyés en Belgique ; elle déclara se désister de ce qu'elle avait dit les 8 et 12 mars, en ce qui concernait Dumouriez, observant que la flamme qui servait d'étendard iiu bataillon de volontaires existait depuis 1789 et que le commandant de la section armée, dont le patriotisme ne pouvait être suspecté, l'avait laissée sortir par inadvertance (1).

Dans cette môme séance du 12 mars, la Convention nationale, sur la motion de Fonfrède, rendit tout d'abord nn décret portant que le Conseil général de la Commune de Paris ainsi que le Commandant général de la garde nationale avaient bien mérité de la pairie. Par un autre décret, la Convention, jugeant d'après la lettre qui lui avait été écrite, le 20 mars, par le maire de Paris, d'après l'arrêté du Conseil général de la Com- mune, le compte rendu de la Municipalité à sa barre et la dénonciation des commissaires inspecteurs de la salle, qu'il avait existé un complot attentatoire à la sûreté de la Convention nationale, décida que le Tribunal extraordinaire, créé le 10 mars, informerait, aussitôt sa réunion, contre les autenrs et les fauteurs de ce délit national; enfin, un troisième décret, visant spécialement l'un des instigateurs du comidot que Marat venait de dénoncer à la tribune, ordonna l'arrestation de Fournier, dit l'Américain, la mise sous scellés de ses papiers et son interrogatoire par le Comité de sûreté générale, spécialement délégué à cet clTet. Sans perdre un instant, le Comité mit en état d'arrestation Fournier, sous la garde d'un gendarme dans son domicile, rue du Doyenne, et chargea Simon- Toussaint Charbonnier, commissaire de police do la section des Tuileries, d'abord d'apposer les scellés sur ses papiers, puis de les .apporter au (Comité, ce qui fut efl'ectué les 12 et 13 mars; unlin il invita les membres de la Convention qui avaient lancé des dénonciations contre Fournier à les faire connaître, afin qu'elles pussent servir de base à l'interrogatoire de cet inculpé.

Bourdon de l'Oise, l'un des membres de la Convention, déposa, séance tenante, une dénonciation en règle contre Fournier, dans laquelle il affirma l'avoir entendu reprocher à deux ou trois inconnus de ne pas l'avoir appuyé, sans quoi il aurait brûlé la cervelle à Pet ion. Fournier,

(I) Voir le t. Vlll (le notre Uépôrloire, 2010.

INTRODUCTION «j

introduit à la barre et invité à s'expliquer à ce sujet, nia le propos qui lui était imputé; et , en ce qui concernait Ifts événements dos 9 et 10 mars, déclara que son rùlc s'était borné à se transporter aux Jacobins, puis aux Cordc- liers, des molionnaircs projelaienl de se saisir de lous les ennemis do 1,1 patrie et do former les barrières ; il reconnut également s'être mis à la lète d'une députation à la Commune pour empèjber que les pouvoirs dos motionnairos no tombassent entre mauvaises mains, s'être entretenu avec lo procureur de la Commune et le Maire. Ce dernier l'ayant oxhorlé à employer les moyens les plus efficaces pour lout pacifier, il était retourné iiux Cordeliers pour calmer les esprits, de.lii.ii sa section qu'il avait trouvée fermée, puis il était rentré chez lui. Pressenti au sujet d'un Comité d'insurrection, Fournier répondit no rien savoir à cet égard. Col interro- gatoire terminé, l'un des membres du Comité de surveillance ayant attesté que l'on n'avait rien trouvé dans les papiers do Fournier qui pût motiver une plus longue détention, la Convention ordonn;i de lo mettre en liberté, sauf à le faire entendre comme témoin par le Triimnal extraordinaire. Four- nier, ayant sur lo cœur la dénonciation de Marut qui avait provoqué son arrestation, se vengea enpubliaut(l),àla date du 14 mars, un factura contre l'Ami du peuple, il se plaignait d'avoir été dénoncé à l'occasion d'une [jétition contre-révolutionnaire, celle de la section Poissonnière, et attaquait nSou adversaire avec une extrême vioi:-nce, eu mettant en parallèle le civisme et le patriotisme dont lui-même avait fait preuve dans maintes occasions et ceux do Marat, qu'on n'avait vu paraître dans aucune des journées do la Révolution; il termina eu demandant pourquoi, contre le vœu d'un récent décret, Marat conservait seul le privilège d'être à la fois Législateur et journaliste.

Ce fut seulement le 13 mars que la Convention se décida à ouvrir une enquête relativement au complot avorté du 9 mars. Elle donna nuindat au Conseil exécutif do mettre sur-le-champ en état d'arrestation les membres du Comité dit d insurrection et d'apposer les scellés, tant sur leurs papiers personnels que sur les registres et papiers du Comité même. Fournier était à peu près le seul membre de ce Comité insurrectionnel, contre lequel l'on avait pu réunir les éléments d'une instruction; d'autres encore éîaient véhémentement suspectés d'avoir trempé dans le complot du 9 au 10 mars; mais faute d'avoir dos preuves sérieuses de leur cuipa- liiliié, on ne put e.xerccr do poursuites ; c'est ainsi que, le 14 mars, sur la proposition qui fut faite d'enleudre à la barre Lazowski, présumé déjà

(1) Ce pamphlet imprimé se trouve clans les papiers de Fournier l'Américain, F' 6504.

Mij INTHODUCTIOX

on élat d'arrestation d"après le décret de la veille, la Convention no put que passer à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il n'existait point de décret le visant personneiloment, pas plus que le citoyen Deslieux. Le même jour, le ministre do la justice, invité à rendre compte séance tenante des renseignements qu'il avait pu recueillir sur l'existence de ce Comité d'insurrection, se contenta de fournir des indications très vagues sur un certain Comité de surveillance générale, composé de com- missaires des 48 sections, chargé, jiaraissait-il, d'avoir l'œil sur les officiers municipaux, sur les administrateurs du Département, les ministres, la Convention nationale eilemême; il donna ensuite des explications sur les événements de la nuit du 1) au 10 mars et sur les projets prêtés aux agitateurs qui se proposaient, partagés en deux bandes, de se porter, les uns chez les ministres, les autres chez les députés ayant voté l'appel au peuple et de faire maison nette, ou simplement de mettre en accusation le côté droit de l'Asèemblée. Gohicr fit connaître, en outre, qu'à la suite d'une réunion du Conseil exécutif, il s'était transporté à la Maison Commune, il avait entendu lecture d'un arrêté rédigé dans les bons principes, qui menaçait de la peine de mort tous ceux qui fermeraient les barrières, et il termina son exposé, en déclarant qu'il était resté debout jusqu'à 3 heures du matin dans l'attente des événements et que la Iran- (]uiHilé ])ul)lique était assurée par les communications fréquentes qu'il avait eues avec le Maire et par celles du ministre de la guerre avec le Commandant général de la garde nationale. En attendant, le Conseil exécutif provisoire cherchait à savoir exactement ce qu'était cet insaisissable Comilé secret, dit révolutionnaire, et quels en étaient les membres. Ayant appris que l'évèque de Paris avait quelques notions au sujet de ce Comilé, il convo- qua Gobel, qui comparut le 24 mars, à S heures. En réponse aux questions qui lui furent posées par le Conseil exécutif, celui-ci se défendit d'avoir jamais paru dans aucun Comité de cette nature, ajoutant qu'il s'était borné à présenter devant deux commissaires délégués à cet effet par la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité sa justification au sujet de certains griefs qui lui étaient imputées.

l'our compléter les mesures de sûreté adoptées le 13 mars, la Con- vention décida, le lo, que tous les étrangers et gens sans aveu seraient tenus de quitter Paris dans les 24 heures: en exécution do ce décret la Convention enjoignit, le 18 mars, à la Municipalité parisienne et à l'ad- ministration de Police de remettre au Comité de sûreté générale, dans le délai de 3 jours, la liste dos individus domiciliés à Paris, notés comme suspects, sans aveu et mal intentionnés.

L'agitation populaire, malgré l'avortement de la tentative révolution-

INTHODUCTION xxiij

naire du 9 mars, ne s'iHail nullement calmée ; c'esl ainsi que, d'après un rapport de police du 16 mars, un jeune Jacobin, que l'on idcnlifiait géné- ralement avec le fougueux Varlot, prit la parole (ce qui lui arrivait souvent) sur la terrasse des Feuillants et, au milieu de groupes nombreux, exprima tout haut le regret que ^insurrection projetée les 9 et 10 mars n'eût pas réussi; il résuma son discours en répélaul ce qu'il avait dit le dimanche précédent aux Jacobins, que cette insurrection était légitime et néces- saire, qu'il la désirait encore et qu'au surplus elle n'était qu'ajournée, qu'il souhaitait maintenant que l'apathie des Jacobins fût remplacée par l'énergie des femmes des S et 6 octobre 1789, de façon à obtenir de gré ou de force que la Convention proscrivît la vente de l'argent, décrétât la peine de mort contre les agioteurs et accapareurs, et fît tomber les têtes de Roland et de Brissot.

Dans son ordre du jour du 27 mars, Santerre, préoccupé de l'état peu rassurant de Paris, prit soin de mettre en garde les citoyens contre cer- tains faux bruits rc'pandus par les malveillants, dans le but de jeter l'alarme et d'égarer l'opinion, principalement à la fin de la semaine, afin de profiter pour la réalisation de leurs projets sinistres du lundi, qui était ordinairement le jour de repos et de fête des ouvriers. Au début de la séance que tint ce même jour le Conseil exécutif, le ministre de l'In- lérieur communiqua des rapports inquiétants sur la situation de Paris, desquels il semblait résulter que la vie d'un grand pombie de citoyens était menacée, cl demanda la convocation immédiate du Maire, du Com- mandant général et du procureur général syndic. Le Maire se présenta aussitôt et mit le Conseil au courant de divers avis qu'il avait reçus, notanuTient de certaines lettres, signées de l'initiale A et attribuées à un sieur Aubert, contenant l'indication de faits très graves, notamment d'un appel aux armes adressé aux sections. En effet, l'incident qui se produisit ce jour-là, aux portes même de la Convention, montre assez la fermen-- tation qui continuait à régner dans les masses. La Société des Uéfeus(.'urs de la République, celle qui avait pris l'initiative du mouvement du 9 mars, avait organisé, pour le dimanche malin 17 mars, sur la place du Carrousel, une réunion devaient se trouver le Conseil général de la Commune et loiilos les sociétés patriotiques afin do se donner le baiser fraternel. Un rassemblement considérable se forma; l'un des députés Girondins, Yzarn \alady, informé de cet attroupement et entraîné par son zèle, sortit à l'efiet do prévenir la force armée dans divers corps de garde, fut retenu pri- sonnier dans celui de l'Oratoire et obligé de se faire réclamer par le président de la Convention.

La question des subsistances et la crainte permanente de la disette

XXIV

I.NTHODUCÏIO.N

venaient encore aggraver la situation en faisant naître des troubles pour ainsi dire quotidiens; ainsi une véritable émeute, fomentée par certains boulangers réunis à une troupe de femmes, éclata tout d'un coup ii la Halle au blé, les manifestants, transportés de fureur, vomissaient mille injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen Garin, administrateur dt^s Subsistances, en exécration dans le peuple : ce malheureux eut grand' peine à s'échapper de leurs mains.

Le 19 mars, Gohier rendit compte à la Convention des investigations auxquelles il s'était livré pour arriver à la découverte des conspirateurs des 9 et 10 mars, investigations qui, en somme, aboutirent à un résultat négatif. Gohier avait cependant joué de tous les ressorts; il avait cherché à se renseigner auprès des foncliouiiaires publics les plus mêlés au peuple, et qui par leurs rapports incessants avec lui, étaient plus à portée de connaître les moyens que l'on employait pour l'égarer; l'administration de Police, mise en mouvement, avait répondu, après enquête appro- fondie, au maire de Paris qu'elle n'avait rien trouvé qui pût faire soup- çonner l'existence d'un Comité d'insurrection. Les démarches personnelles du ministre, à la suite de diverses dénonciations qu'il avait reçues, lui avaient bien permis de co;islator la tenue de réunions do plusieurs membres de la Société des Jacobins au Café Corazza, réunions qui toutefois n'avaient point le caractère d'un comité insurrectionnel. On lui avait signalé éga- lement un certain nombre d'individus qu'on pouvait qualifier d'insurrec- tionnaires, qui devenaient dangereux lorsqu'ils étaient mêlés à des mouvemonis populaires. Son attention s'était portée principalement sur les trois agitateurs qui, dans la nuit du 9 au 10 mars, s'étaient chargés de remettre au Conseil général de la Commune une délibération incendiaire, Varlet, Fournier et Champion, sur d'autres encore, tels que Lazowski, Desfieux et un certain Jourdan, qui passaient pour avoir joué un rôle considérable; mais les insiruclions ouvertes n'avaient donné aucun résultat et les poursuites aussitôt entamées avaient être abandonnées.

Les derniers jours du mois de mars furent marqués par une recru- descence de la fermentation populaire, tant en raison des graves nouvelles reçues de la Belgique que de l'occupai ion de l'ilc do Noirmoutiers par les insurgés de l'Ouest. Le mercredi 27 mars, sur l'invitation du Comité de défense générale, qui désirait se rendre compte de la situalion de Paris, Santerre annonça avoir pris toutes les précautions propres à empêcher les soulèvements et les troubles que les malveillants s'ellorçaioiit d'exciter. Dans une nouvelle réunion que tint le Comité à sept heures du soir, à laquelle assistaient les ministres, deux membres du Direcloire du Dépar- tement, le procureur de la Commune et deux officiers municipaux, on

IMHODLCTION xxv

conféra sur les mesures à prendre « pour déconcerter l'arislocratie et tous les conspirateurs qui cherchaient à opérer des soulèvements ». Le Comité arrêta et la Convention décréta le lendemain : que la municipalité de Paris suspendrait la délivrance des passeports jusqu'après l'exécution du décret qui avait ordonné le désarmement des suspects, ce qui serait effectué le jour même ; qu'elle était autorisée à établir dur.int 24 heures une garde aux barrières et à y envoyer des commissaires à l'elfet de procéder à l'arrestation de tous individus se présentant sans passeports ou avec des passeporis des municipalités de Boulogne-sur-Mor et de Calais, ainsi que de toutes personnes suspectes; 8" que le Conseil exécutif enverrait des courriers aux municipalités environnantes pour arrêter et désarmer les suspects et surveiller les châteaux ; qu'il serait fait une adresse au peuple français pour le prémunir contre les hommes coupables qui vou- draient l'égarer.

Un député girondin, Salle, qui écrivait après la réunion du Comité de défense générale, à Bicquilley, vice-président du directoire du déparle- ment de la Meiirthc, résume en ces termes ses impressions sur ce qui se passait en ce moment :

« Les Montagnards ont voulu faire croire que les conspirateurs du 10 mars étaient des aristocrates; mais à mon sens, les mouvements qui Se préparent ne sont point dangereux; on veut simplement plâtrer la conspiration du 10 mars, il doit y avoir un simulacre de fermeture de barrières et d'insurrection, le peuple de l'aris va être tout entier mis sur pied. » Mais le même député ne se fait pas illusion sur la gravité de la situa- tion. Si cette semaine, ajoute-t-il, se passe sans accidents, il ne s'en suit pas pour cela que tous dangers soient écartés, au contraire les craintes sont plus que jamais fondées.

Salle avait dit vrai ; l'on assista à un étrange spectacle : dès l'aube et durant toute la matinée, l'on battit le rajipel dans tous les quartiers; à midi toutes les sections étaient sous les armes, toutes les barrières, toutes les rues, tous les passages étaient interceptés, personne ne pouvait plus circuler sans sa carte ou son certificat de civisme; il fut procédé à des visites domiciliaires jour le désarmement des suspects et à de nombreuses arrestations. Grâce à ce déploiement extraordinaire de force armée, Santerre put annoncer à 6 heures du soir à la Convention que la tranquiililéavait été parfaite à Paris dans la journée du 28, que le service s'était fait avec beau- coup d'exactitude, et que les patrouilles avaient été tiès fréquentes. Pour faciliter les visites domiciliaires et les arrestations de suspects, le Conseil général de la Conmmne prit, le 28 mars, un arrêté enjoignant aux proprié- taires des maisons d'afficher à l'extérieur en caractères bien lisibles les

xxvj INTIlODrcriON

noms, i\gos cl professions de tous les habitants, en ayant soin (l'indiquer les mutations, et chargea 6 commissaires de porter cet arrêté à la Conven- tion nationale et do demander sa sanction; le vendredi 29, les barrières furent gardées comme la veille et les visites domiciliaires continuèrent.

Les événements allaient se précipiter et entrer dans une nouvelle phase, lii jdiase critique; on sentait que l'on approchait non plus d'ébauches de mouvements insurrectionnels, mais d'une véritable insurrection.

111

Journées des ai mal, V et 3 juin.

La salle de rEvêcJié, siégeaient en permanence les électeurs du département de Paris, était devenue un foyer de troubles et d'agitation révolutionnaire, dontLanjuinais avait déjtà dénoncé l'existence, le 5 mars, à la tribune de la Convention, lorsqu'il faisait allusion au Comité d'in- surrection, présidé par l'un des membres do l'Assemblée électorale et alors fréquenté par les volontaires.

Vers la fin de mars, ce centre de ralliement, resté dans l'ombre depuis le mouvement avorté du 10 de ce même mois, affirma de nouveau son existence. Quoique d'après Bûchez et Roux cette nouvelle conspiration ait été tramée par les mêmes agitateurs qui avaient provoqué l'insurrection du 10 mars et que l'adhésion des sections ait été surprise par Varlet et antres démagogues qui, en invoquant un arrêté (\c la section des Droils de l'Homme, se ser.iient installés à l'Evèché.il n'est pas douteux que ce fut la section des Droils de l'Homme qui prit l'initiative de ce groupement séditieux et qui envoya, le 27 mars, une adresse aux sections pour les engager à déléguer des commissaires à l'Evèché dans le but de former un Comité contrai révolutionnaire, comité que Gorsas qualifia de conventiciile d'insurrection, se déguisant sous l'appellation de Commission de salut public. Le 28 mars, vingt-sept seclions donnèrent leur adhésion et envoyèrent leurs commissaires à l'Evêché. A la date du 1" avril, une dépntation de ces commissaires, réunis pour délibérer sur les moyens de salut public, se présenta au sein de la Comnmne et demanda qu'il leur fùl alloué des Irais de bureau. Chaumelte fut d'avis de sanctionner la réunion de ces délégués des sections, en faisant observer qu'ils ne s'assemblaient à l'Evêché que

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IN'THODUr.TIOX xxvij

f.Mile d'un local suffisant dans la Miiison Commune: en conséquence des frais de bureau furent accordés.

Le 2 avril, l'Assemblée électorale, avisée en mémo temps de la for- mation de ce Comité central de solid piif/lic et de correspondance avec les départements, et du reirait par la plupnrt des sections des pouvoirs qu'elles avaient donnés à leurs commissaires pour participer à cet établissement, décida l'envoi d'une dépulation de cinq membres au Conseil général de la Commune pour lui faire part de l'indignation éprouvée par l'Assemblée électorale, en présence d'un rassemblement d'individus qui méconnais- saient hautement la souveraineté du peuple et avaient l'audace de se qualifier Comité central de salut public. Le corps électoral invita le Conseil général de la Commune ù dénoncer sur-le-champ aux 48 sections la formation illégale de ce prétendu Comité, dont quelques-uns des mem- bres avaient perdu la confiance publique, ou ne l'avaient pas encore méritée. Tels étaient Germain Truchon (1), de la section des Gravilliers, un certain Cronicr, clerc de procureur, vice-président de la scclion de la Réunion, qui ayant eu la malencontreuse idée de venir aux Jacobins, le 1" avril, pour notifier la formation de cette Assemblée centrale de salut public, fut pris à partie par Marat, lequel l'accusa de nourrir des desseins anti- civiques, arrêté séance tenante, et conduit, malgré ses protestations, au Comité de sûreté générale (2), Landrin (3), de la section du Panthéon- Français, soupçonné de vouloir soulever les ouvriers contre les patriotes de cetle section, enfin, le citoyen Varlet, de la section des Droits de l'Homme, auteur de la pétition qui avait provoqué toutes ces mesures dangereuses et perfides. L'Assemblée électorale croyait de son devoir de dénoncer au Conseil général de la Commune ce projet infâme tendant à la

(1) Ti-uchon (Germain), lioiinue lie lettres, dérenseur officieux, président de la Commune du 10 août, fut dénoncé par le Comité révolutionnaire de la section des Gravilliers et arrêté comme suspect, le 8 prairial an II, sous l'inculpation de n'avoir pas rendu un compte exact, en qualité de commissaire chargé d'examiner les comptes de la section de l'Unité au sujet des objets provenant des victimes du 2 septembre, notamment de Viguier de Curny. Incarcéré le i) prairial au Luxomliourg, puis rue de la Bourbe et au l'Iossis, il élait encore détenu le 30 fructidor an III et se plaignait o de |)érir de faim, de misère et de nudité, d'être sans argent, les fruits de ses vignes en Uourgogne ayant été dilapidés, brigandés». Le Comité des Gravilliers lui reprochait d'être un modéré, d'avoir sauvé dos prisonniers le '2 septembre 17'.)'2. En effet, Truchon se vanta d'avoir fait sortir tous ceux de Saime-Pélapie et une partie de ceux de la Force, entr'aulres la jeune demoiselle de Tourzel et JI"" de Saint-Brico, et par une singularité bizarre, il déclarait être détenu comme terroriste. Il sortit de prison en frimaire an IV. (V. son dossier, F'' 4775^^).

(2) .\ulard, L.i Société des Jacobins, t. VI p, 118; Charavay, Assemblce électorale, t. III, y. 406, 467.

(3) Landrin ou Laudrin remplit les fonctions de secrétaire greflier du Comité révolutionnaire de la section du Panthéon Français, à partir du 21 avril ; le 18 mai, on voit qu'il servait dans la compagnie Lacour et fut mena'-é par les volontaires; un arrêté de son Comité, du 13 juillet, enjoignit de l'arrêter, ce qui fut fait peu après; le l" août il était écroué à la Force. (1 "'' 2520).

xxviij INTHODIJCTIOX

désorganisation do lotis les pouvoirs, à l'usiirpalion de l'aulorité souveraine et reprcsenlative au moment la chose publi(iuc (Hiil dans le plus grand danger et oii l'union et la rigueur des mesures pouvaient seuls la sxuver. La dépulalion do l'Assemblée électorale remplit sa mission le 2 avril el. fil observer que quatre seclions, celles de l'Arsenal, des Marais, des Gra- villiers cl des Arcis, avnienl retiré les pouvoirs donnés à leurs délégués pour constituer ce Comité; en outre la section des Droits de l'Homme s'empressa de déclarer que l'on avait faussement interprété son arrêté, qui avait dclerminé la convocation de ces commissaires.

En conséquence le Conseil général de la Commune revint sur su déci- sion de la veille relativement aux frais de bureau alloués en principe, hi senlimenl général se montra plutôt hostile à ce Comité issu d'intrigues, el comme le dit Corsas, Pans qu'on cherchait à mettre en étal d'insur- rection, montra qu'il voulait être tranquille et ne ressentait pas le besoin d'un foyer d'émeutes. Du reste toutes les sections ne paclisèi-enl pas avec les révolutionnaires; celle de la lUilte dos Moulins, dès le I" avril, protesta contre les fondions que s'arrogeaient les commissaires appelés à composer ce Comité central, qu'on pouvait à bon droit suspecter d'inten- tions contre-révoliilionnaires, el en demanda la dissolution. La seclion de Bcaurepaire, réunie en assemblée générale le 2 avril, donna son adhésion à l'arrêté de la seclion de l'Arsenal, qui venait d'interdire à ses propres commissaires d'assister désormais aux assemblées de ces délégués des seclions, tenues à l'Evèché, les trois jours précédents, lesquels s'étaient témérairement constiiués en Assemblée centrale de salut pablic et de cor- respondance avec tous les départements ; la section de Beaurepaire ajoutait qu'elle avait déjà été avisée de la « prévarication de colle assemblée de l'Evèché » par ses commissaires, dont elle approuvait la conduite, et elle cul soin de notifier son arrêté à la Municipalité, au Département et au président de la Convention n.itionalo. La seclion du Mail, également le l"' avril, après lecture de l'arrêté pris par les commissaires des seclions réunis à l'Evèché pour la formation d'une Assemblée centrale de salut public, corresp mdantavec les déparlements sous la sauvegarde du peuple, considérant que cet arrêté ferait entrer en lutte les sections avec les auto- rités constituées, l'improuva foimellement et adressa à la Convenlion, aux sociétés populaires, à la Commune elau corps électoral sa délibéral ion, qui fut imprimée à d,8d0 exemplaires par les soins de la Convention el envoyée dans les départements. Ce même jour, la Convenlion nationale, sur la molioîi de Barère, rendit un décret jjortant qui- la section du Mail avait bien mérité de la patrie, convoquant le maire de Paris à l'oiret de rendre compte de la connaissance qu'il avait pu acquérir du rassemblement des

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INTRODUCTION Txix

commissaires des sections à rEvèché, le 31 mars précédent, mandant également à la barre les commissaires des sections qui avaient pris l'arrêté du 31 mars, pour donner des explications sur les motifs de cet arrêté, en produisant leurs registres, déclarant enfin à tous les citoyens de la République que la même fermeté qu'elle avait déployée dans le juge- ment du tyran, dirigerait ses délibérations pour abatire la nouvelle tyrannie qui s'élevait et qui menaçait d'usurper ou d'anéantir la représen- talion nationale.

L'éveil était donné, Ton sentait désormais le besoin de se tenir sur ses gardes et d'engager la lutte contre le pouvoir occulte qui en sourdine cberchait à préparer les voies d'une révolution. Aux termes d'un drcret rendu le mercredi matin 3 avril, la Convention manda sur-le-champ à sa barre le Conseil exécutif provisoire, le Conseil général de la Commune et le Commandant de la garde nationale, afin de leur exposer les circons- tances dans lesquelles se trouvait la République et de leur faire sentir la nécessité de redoubler de surveillance, de telle sorte que l'ordre le plus parfait continuât à régner dans Paris. Au cours de cette môme séance, la municipalité de Paris, admise à la barre, annonça qu'aussitôt instruite des délibérations illégales prises par les commissaires des sections, elle avait improuvé et annulé ces délibérations et envoyé aux 48 sections la rétractation des pouvoirs de quelques-unes d'entre elles, ainsi que la dénonciation de l'Assemblée électorale contre ces mêmes commissaires.

Cette convocation de prétendus commissaires de la majorité des sec- tions cachait, on n'en pouvait douter, des desseins perfides. Le procureur syndic de la Commune, Chaumette, les ayant interrogés sur leurs inten- tions, n'obtint des meneurs qu'une réponse très vague; à les entendre, le but de la réunion était simplement la rédaction d'une adresse à la Convention nationale. Du reste, dès le 28 mars, la Municipalité avait reçu avis d'un complot contre-révolutionnaire et de la préparation d'une attaque contre la Convention. En prévision de quelques troubles, Sanlerre avait ordonné, ce même jour, aux légions d'organiser de fortes et fréquentes patrouilles autour de la Convention. Le 1" avril, le Comité des inspec- teurs de la salle ayant appris que le Commandant général avait mis sur pied une garde extraordinaire pour la sûreté de l'Assemblée, décida que ces forces seraient réparties entre les corps de garde du Manège et des Feuillants, en tête de la rue du Manège, sur la terrasse des Feuillants, pour y faire de nombreuses patrouilles, avec disposition d'une réserve sur la place Vendôme : en outre les deux compagnies de gendarmes de la Convention reçurent comme consigne de ne laisser entrer dans les couloirs de l'Assemblée que les personnes munies de cartes de députés, de jour-

XXX INTRODUCTION

iialisles cl de commis des bureaux. Indépciidainmeut des mesures adoptées pour la sûreté de la Convention, de fréquentes patrouilles furent ordonnées autour des caisses publiques, de l'atelier des assignats, de l'Arsenal et des prisons.

D'après les rapports de police envoyés à la Mairie, il était question, dans les sociétés populaires, d'un grand coup pour le soir du l" ou du 2 avril, on disait même que tocsin allait être sonné pour se porter aux prisons et massacrer tous les prisonniers ; dans le jardin de l'Égalité (Palais Royal) certains individus ne parlaient que de couper les têtes des accapareurs, des marchands, des signataires de pétitions modérées, même de quelques membres de la Convention ; il fallait, s'écriaient-ils, se porter en foule à l'Assemblée et la forcer, les armes à la main, de rendre les décrets réclamés depuis longtemps par les sections louchant la vente du numérairo, !a taxe des blés et des comestibles. Dans les groupes, notam- ment sur la terrasse de la Convention, dos malveillants cbcrcbaicnt à* répandre l'alarme et à décourager les patriotes, à soulever le peuple et à allumer la guerre civile dans Paris ; au dire de ces agents provocateurs il fallait, avant de marcher contre Dumouriez, massacrer les aristocrates cl tous les scélérats renfermés dans les prisons, sonner le tocsin et mettre tout en combustion. Fort heureusement que les esprits se calmèrent, que dès le S avril, les groupes et lieux publics semblaient fort tranquilles, et qu'on pouvait constater que l'état de Paris n'offrait plus rien d'alarmant.

Le Comité central de salut public siégeant à l'Evêché avait inscrit dans son programme l'établissement dune correspondance avec les dépar- tements de la Républiqu'fe: la Commune de Paris reprit celte idée et décida, dès le 2 avril, la création d'un Comité ou bureau de correspondance avec les 44,000 municipalités; elle désigna pour composer ce Comité cinq de ses membres, savoir, Scipion Durourc, Joseph Bodson, Michel Dorat-Cu bières, Jean-Michel Seguy et Antoine-Prosper Soulès, auxquels furent adjoints, le 21 avril, les citoyens Renouard, Blin, Lauvin, Boucher-René et Cailleux jeune. Dans la pensée de la commune de Paris, il s'agissait d'opposer à la fédération girondine des départements une fédération montagnarde des communes, destinée à servir de contrepoids. Ce bureau projeté devait renseigner exactement les communes de Franco sur l'esprit public de Paris et les tenir au courant des résolutions vigoureuses que prendrait la commune de Paris pour sauver la chose publique. Le 23 avril, le Conseil général de la Commune, sur le réquisitoire de Chaumelle, donna mandai à son Comité de correspondance de rédiger une circulaire à toutes les municipalités de la République, circulaire qui devait être imprimée et aflichée, ayant pour base cette déclaration, que la commune de Paris

iNTr.onrcTiox xxxj

entendait communiquer avec toute la République et qu'elle n'adoptait que celte seule espèce de fédéralisme.

Le conflit entre les Girondins et les Montagnards prit un caractère do plus en plus marqué, lorsque fut connue à Paris la trahison de Dumouriez; l'accusation de complicité, limcée dans la séance du 3 avril par Robespierre contre Brissol, i'uu des chefs du parti (iiroiidin, promoteur de la guerre conti'c l'Autriche, fut le début des hostilités. Les sections de Paris ne tardèrent pas k entrer en campagne. Le 8 aviil, la section de Bon-Conseil envoya à la Convention nationale une dépulalion chargée de présenter une adresse demandant l'examen le plus sévère et le pins approfondi de la conspiration de Dumouriez et un décret d'accusation contre ses complices au sein même de la Convention. « Depuis assez longtemps, disait-elle, la voix publique vous indique les Brissot, les Gensonné, les Vcrgniaud, les Barbaioux, les Buzot, les Louvet, les Guadet, tous ces chefs de factions, qui depuis si longtemps fomentent la guerre civile de concert avec leur complice Roland. Représentants du peuple, patriotes de la Montagne, c'est à vous que s'adresse la section de Bon Conseil, c'est sur vous qu'elle se repose du soin de désigner les traîtres, de livrer aux tribunaux ces membres que l'opinion publique a déjà proscrits, de livrer une guerre à mort à ces modérés, à ces Feuillants, ces prolées aristocrates. »

Sur la demande de Marat, les honnieurs de la séance furent accordés aux pétitionnaires. L'adresse en question fut lue aux Jacobins, que prési- dait Marat, et approuvée, bien qu'Albittc, qdi ne se donnait pas comme modéré, eût déclaré qu'il trouvait la pétition prématurée.

C'est à ce même moment qu'une autre section, celle de la Halle-au-Blé, faisait circuler dans Paris un projet d'adresse à la Convention, conçue en termes aussi peu mesurés, dont Pétion donna lecture à l'Assemblée conventionnelle le tt) avril au malin. Non contents do dénoncer à lu Convention les infidèles mandataires qui abusaient de sa confiance et de réclamer la mise en état d'arrestation de cette majorité corrompue, les auteurs de l'adresse demandaient la tète de Roland, l'épuration des administrations et terminaient en adjurant la Montagne de sauver la République, en déclarant que, si elle ne se sentait pas assez forte pour assumer celte tâche, ils se chargeraient de la sauver.

La lecture de cette adresse déchaîna dans la salle et dans les tribunes un violent tumulte et provoqua une vive discussion, au cours de laquelle prirent successivement la parole Pétion, Danton, Guadet, Robespierre et Vergniaud, discussion qui se termina par un décret portant que les citoyens Bocqueba, président de la section de la Halle-au-Blé, et Maîlrejean, secré- taire, dont l?s noms se trouvaient au bas du projet d'adresse et d'une

xxxij INTRODUCTION

délibération du 7 avril, seraient mandés à la barre pour attester la vérité ou la fausseté des signatures apposées au bas de ladite délibération, et que les registres de la section seraient produits au bureau.

Ce fut le 15 avril que se pro.luisit une manifeslalion caractéristique du sentiment populaire contre les Girondins. L'adresse comminatoire, dont la section de la Halle-au-Blé avait pris l'initiative, avait réuni les adhé- sions de 33 sections; il en fut donné lecture, le 15 avril, au Conseil général de la Commune, qui, après adoption de la rédaction proposée, chargea le Maire, accompagné d'une dépntation de la Municipalité, de la présenter à la Convention nationale, à la tèti! des commissaires de la majorité des sections. Ce même jour, l'adresse de la Commune de Paris, demandant l'expulsion des 22 députés girondins, fut apportée à la Convention et lue par Alexandre Rousselin, jeune jacobin, protégé île Danton. Le texte de cette pétition des sections de Paris, qui figure parmi les pièces annexes du procès-verbal de la Convention, n'a aucun rapport avec le projet d'adresse, communiqué le 10 avril par Pélion, lequel, en dehors de Roland, ne visait spécialement aucun des Girondins; cette fois, c'est un réquisitoire en règle contre' les 22 députés, qui y sont désignés par leurs noms, réquisitoire se trouvent rappelés les griefs énumérés le 10 avril par Robespierre : fédé- ralisme, appel à la guerre civile, calomnies contre Paris, connivence avec Dumouricz, rien n'est oublié de ce qui pouvait établir la culpabilité des Girondins. La pétition en question est revêtue de nombreuses signa- tures, parmi lesquelles on remarque celles de Truchon, Etienne Feuillant, Ilassenfratz, Hébert, avec son titre do substitut; fut-cllo rédigée à l'Evèché par les délégués des sections, comme le marque M. Jaurès ? rien ne semble l'indiquer.

L'assemblée générale des sections de Paris émit le vœu que cette adresse, expression formelle des sentiments unanimes, réfléchis et cons- tants des sections composant la Commune de Paris, fût communiquée à tous les départements par des courriers extraordinaires, en ayant soin d'y annexer la liste des mandataires coupables du crime de félonie envers le peuple souverain. En effet, le Conseil général de la Commune, à la suite de son arrêté du 15 avril, décida que l'adresse des sections serait imprimée et envoyée à toutes les municipalités de la République. On possède le mémoire d'impression, daté du 13 avril et signé de Phulpin (1), président des commissaires, dont le nom figure en tête de ceux des signataires

(1) Pliulpin était juge de paix de la section des Arcis et président de l'Assemblée générale ne cette «ection.

INTRODUCTION xxxiij

« d'une pétition pour les citoyens commissaires des 48 sections », qui fut fourni par la veuve Guillot, imprimeur-libraire, rue Christine, 11, et montant à la somme de 68 livres, papier compris. Ce mémoire est accompagné d'un rapport de Rousselin, approuvé par Paré, rapport cou(;u en ces termes :

La citoyenne veuve Guillot réclame le payement de 68 livres pour frais d'impression do la pétition du lîl avril contre les 22 députés fédéralistes. Ce payement très légitime n'a été retardé que par l'espèce de confusion bien heureuse qui a amené la Itévolution du 31 mai et les événements importants qui n'ont pas permis de rappeler avant leur succès absolu la réclamation d'une somme aussi petite. Le ministre est prié d'ordonner co payement, que le citoyen Faipoul m'a prié de lui présenter moi-même, attendu la connaissance particulière que j'ai des faits.

Signé : A. Rousselin. Approuvé : Paré.

Gorsas, l'un des Girondins visés par la pétition du 15 avril, commentant cette pétition dans son Courrier des départemmts du 17 avril, déclara qu'elle n'avait fait que provoquer le mépris et que ce vœu des sections pour l'expulsion des mandataires infidèles n'était que prétendu, c'est-à-dire fictif, attendu que l'adresse en question n'avait nullement été rédigée par les sections, mais par les Jacobins qui avaient nommé des commissaires ad hoc, notamment Robespierre et Hébert; il le répète encore dans le numéro du 18 avril, donnant un extrait de la pétition affichée par ordre de la Municipalité, en ce qui le visait personnellement, il s'attache à réfuter les accusations portées contre lui, surtout au sujet de sa présence clandestine au Temple. Qu'y a-t-il de fondé dans celte réfutation de Gorsas? il serait difficile de tirer au clair la chose; ce qui n'est pas dou- teux, c'est que la signature d'Hébert, accompagnée de son titre de substitut, figure au milieu des autres et indique clairement son adhésion formelle.

La Convention mit les pétitionnaires en demeure de signer leur dénon- ciation; Pache lui-même, qui commença par déclarer qu'il n'était pas du nombre des pétitionnaires, fut obligé de s'exécuter et apposa sa signature au-dessous de toutes les autres, comme à regret.

La discussion sur la pétition des sections de Paris à la Convention fut ajournée, mais la Commune de Paris ne la perdit pas de vue et décida, le 18 avril, que 12,000 exemplaires de la pétition contre les 22 seraient imprimés et distribués par les soins de son Comité de correspondance, qui se composerait à l'avenir de 9 membres et serait incessamment mis en activité, que Ion enverrait à toutes les Commissions du Conseil un arrêté invitant tous les membres à y mettre leur signature. Les adhésions données à cette pétition, souvent avec une certaine précipitation, ne furent pas toujours raisonnées ; on en a la preuve dans les explications fort T. IX.

xxxiv INTRODUCTION

embrouillées que fournit h cet égard l'un des membres du Conseil général de la Commune, Jacques-François Lepître, ancien professeur de rhétorique au collège de Lisieux, lequel se plaignit de ce que l'on avait mal interprété les motifs qui l'avaient déterminé à effacer sa signature sur la liste d'adhé- sions, ayant cru d'abord, prétendait-il, ne signer qu'une simple feuille de présence ; le Conseil général ne goûta nullement ces raisons, dénuées d'ailleurs de toute vraisemblance, et, par un arrêté, pris le 23 avril, déclara que le sieur Lepître dans celte circonstance avait ajouté le mensonge à la lAchelé et méritait d'èlre censuré.

Par un décret du 20 avril la Convention improuva comme calomnieuse la pétition qui lui avait été présentée le 13 avril par la majorité des sections.

La section de la Ilalle-au-Blé, d'où était parti le mouvement qui aboutit à cette adresse des sections, fit une propagande acharnée pour recueillir des signatures, envoyant à domicile 6 fusiliers et 4 tambours pour inviter les citoyens à signer ladite pétition, sous peine de passer pour de mauvais patriotes, et étendit son champ d'action aux sections voisines.

Deux questions auxquelles la Commune de Paris attachait une égale importance et qui en ce moment inspiraient ses actes, étaient : celle de la défense nationale, que les revers militaires avaient placée au premier plan ; celle des subsistances, non moins vitale pour la population parisienne, en raison des craintes perpétuelles de disette qui hantaient les esprits. Le i 8 avril , le Maire, les officiers municipaux et les administrateurs du Département, réunis aux Jacobins, y avaient élaboré une pétition à l'effet d'obtenir, ce que réclamait le peuple, l'établissement du maximum, spécialement appli- qué aux grains, pétition qu'ils portèrent à la Convention, qui la renvoya au Comité d'agriculture. Le soir même, le Conseil général de la Commune déclara qu'il serait en état de révolution, tant que les subsistances ne seraient pas assurées. Le mot de récolutiun sonnait mal aux oreilles du parti girondin ; la Convention, par un décret du 20 avril, ordonna au maire de Paris et au procureur de la Commune d'apporter sur-le-cliamp les l'egistres des délibérations du Conseil général de la Commune pour connaître les arrêtés qu'il avait pris, ce qui fut exécuté par les soins d'ofliciers munici- paux. Le lendemain, Real, substitut du procureur de la Commune, rendit compte au Conseil de la manière dont lui et ses collègues avaient été reçus à la Convention et fit le tableau de toutes les scènes affligeantes qui s'étaient passées ainsi que des efforts d'un certain parti pour jeter la défaveur sur la commune de Paris; par contre il se loua beaucoup de l'accueil que leur avait fait le parti patriote, accueil qui les avait amplement dédommagés des désagréments qu'ils avaient essuyés de la part des aristocrates. Real termina

INTUUOUCTION XXXV

eu déclarant qu'après une agitation de six heures et une lutte des plus indécentes, ils avaient été aulorisés à assister à la séance (par 143 votants de la Montagne). '

L'humiliation ressentie ce jour lit par la (commune ne fit qu'accentuer son hostilité contre le parti girondin. Sur ces entrefaites une circonstance imprévue vint remettre en lumière l'Assemblée révolutionnaire de l'Evèché, qui depuis ses échecs successifs du 10 mars et du 1" avril, restait dans l'ombre, attendant une occasion favorable pour rentrer dans la mêlée : ce fut la mort do Claude Lazowski, commandant du bataillon de Saint- Marcel, l'un des membres les plus actifs du Comité insurrectionnel de l'Évêché et qui avait été l'un des organisateurs de la tentative du 9 mars. Ce Lazowski venait de décéder le 23 avril dans sa maison d'Issy, et le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné ; on ne voulut jamais admettre que cette mort fût naturelle et l'on ne manqua pas d'accuser Ja faction Brissotine. Des rapports de police donnèrent une version toute ditl'érentc et allèrent jusqu'à rapporter qu'il avait élé assassiné dans la nuit du 22 au 2.S en soviant des Jacobins par un certain Filhol, le Grand Jourdan et quelques autres démagogues avec lesquels il avait eu des altercations très violon tes (1). Le Comité révolutionnaire de la section du Finistère arrêta, le 24 avril, que tous les Comités révolutionnaires des sections seraient convoqués à ses obsèques et dépêcha des commissaires auprès do la Commune pour demander une tenture aux trois couleui's en vue de ces funérailles. Le Conseil général de la Commune décida de leur donner un caractère solennel, en envoyant une députalion du Conseil, maire en tête, accompagnée du Conseil général du 10 août, et en faisant figurer à la cérémonie le tableau des morts et des blessés de celle mémorable journée, Lazowski, comme Ion sait, avait joué un rôle important. Le dimanche 28 avril, le corps de Lazowski fut apporté de la section du Finistère à la Maison Commune, reçu au perron par lo Maire et déposé au milieu de la salle du Conseil. Le prési- dent do la section du Finistère exprima le premier ses regrets, Destournelles prononça l'oraison funèbre du héros du 20 juin et du 10 août, et Lescot- Fleuriot demanda l'adoption de la lille de Lazowski par la Commune, puis le cortège se rendit à la place de la Réunion pour y procéder à l'inhumation. Les Jacobins s'associèrent aux regrets causés par la mort prématurée de Lazow.ski, et dans la séance du 27 avril, Robespierre fit le panégyrique de son ami intime, « le père du peuple, héros de la République et do la Liberté ». Dans le parti girondin, l'impression fut toute autre: Lanjuinais,

(I) V. le t. IX de iiolrc Réperloirc, 54'i.

xxxvj INTHODUCTION

dans une lellre du 20 avril à ses amis de Rennes, annonce en ces iermcs la morl « du vertueux ami du vertueux Robespierre » : « Lazowski, chef des bandils qui devaient, le iO mars, massacrer la Convention, et qui sortit, ce jour, des Jacobins h la tête de sa troupe, avec Fournier, se rendant aux Cordeliers et à la Municipalilé pour les derniers préparatifs de cette bonne œuvre, Lazowski vient de mourir. »

En présence des graves dangers qui menaçaient la patrie, un élan patriotique des plus remarquables se manifesta dans les sections qui rivalisèrent d'ardeur pour envoyer leurs volontaires à l'ennemi et s'impo- sèrent les plus lourds sacrifices; mais aux sentiments patriotiques qu'elles exprimaient se mêlèrent souvent des objurgations énergiques à l'adresse de la Convention, qui prirent bientôt un caractère inquiétant. Lors de la pré- sentation de leur contingent de volontaires, elles crurent devoir mettre la Convention en garde contre ses ennemis intérieurs, c'est-à-dire les passions, la mollesse, le vil égoïsme, l'intérêt particulier. C'est ainsi que, le 27 avril, la section des Droits de l'Homme déplora hautement les divisions qui régnaient au sein de la Convention et exprima en outre le regret de voir toujours Paris en butte à la calomnie et voué chaque jour à la haine des départements par des hommes auxquels la capitale finissait par refuser sa confiance. Le même langage fut tenu par une députation du faubourg Saint-Antoine qui, suivie d'un flot de populaire, se présenta le 1" mai à la Convention. « Mandataires du souverain, déclaraient ces délégués du Fau- bourg au début de leur adresse, les hommes des 5 et G octobre, 14 juillet, 20 juin et 10 août et de tous les jours de crise sont dans votre sein pour vous y dire des vérités dures, mais que des républicains ne rougissent et ne craignent pas de dire à leurs mandataires. »Ils leur reprochaient ensuite de ne s'être occupés que d'intérêts particuliers, que de dénonciations, d'avoir beaucoup promis et rien tenu, puis, après avoir exposé les mesures qui, aux yeux des trois sections du Faubourg, pouvaient seules sauver la chose publique, savoir : départ de tous les soldats, impôt forcé sur les riches, ils terminaient par cette phrase comminatoire : « Mandataires, voilà nos moyens de sauver la chose publique...; si vous ne les adoptez pas, nous vous déclarons, nous qui voulons la sauver, que nous sommes en étal d'insurrection » (1).

Taine, selon son habitude, travestit singulièrement les faits; il ne voit dans ces pseudo députés du Faubourg qu'une cinquantaine de bandits inconnus, conduits par un ci-devant tapissier, devenu commissaire

(1) Original signé. Arch, nat., C 255, 479.

INTKODUCTION xxxvij

de police, qui entraînèrent à leur suite tout ce qu'ils rencontrèrent dans les ateliers et boutiques. L'ancien tapissier auquel il fait allusion est François Alusinc, qui devint en effet secrétaire-greffier, puis commissaire de police de la section de Mon treuil : celui-ci ne semble avoir participé en rien à la démonstration du 1" mai; il figure en qualité de capitaine du 8' bataillon de Paris comme signataire de l'adresse présentée le 13 mai à lii tlonvenlion par les républicains du faubourg Saint-Antoin^avanl leur départ pour la Vendée (1). L'adi'osse des délégués du faubouig Saint- Antoine porte, entre auti'es signatures, celles de Suchet, président; Dau- triche, président par intérim : ce dernier était de la section des Quinze- Vingts.

Pour en revenir à cette adresse, les paroles imprudentes qui en formaient la conclusion causèrent une vive émolion. La Convention déclara qu'elle ne statuerait sur la pétition dos prétendus commissaires du faubourg Saiiit-Auloiiie que loi'squ'elle aurait entendu une seconde députation qui attendait dans les couloirs. Cetle dépulalion, admise dans la salle, désavoua les paroles peu mesurées dont s'était servi l'orateur de la première députation : sur ce, la (jonvention accorda à tous les pétition- naires les Iionncnrs de la séance.

Après cette séance tumultueuse, un député Girondin, Lasource, crut devoir remontrer au Comité de salut public le péril auquel la Convention venait d'échapper, accusant le Maire et le Commandant général d'avoir manqué à leui' devoir, attendu que ni l'un ni l'autre n'avaient donné avis du mouvement qui s'était produit, bien que la salle se fût trouvée investie pendant la séance par plus de 10,000 hommes. Santerre répondit à ces reproches en attestant que Paris avait été tranquille, que fréquemment il se portait autant de monde à la Convention qu'il en était venu ce jour, que le peuple s'était comporté avec décence, qu'il n'y avait pas en la moindre apparence de troubles, quoiqu'on eût paru vouloir provoquer le peuple, lequel était resté calme, en dépit dos calomnies et des outrages.

La situation déjà si critique du parti girondin s'aggravait de jour en jour, on ne comptait plus les attaques sans cesse dirigées contre lui : c'est la section do la Cité qui, à la date du 2 mai, flétrit la conduite exécrable des mandataires infidèles du peuple français et demande que la ville de Paris présente, sous forme d'acte d'accusation, une pétition dans laquelle seront désignés nominativement les contre-révolutionnaires qui au sein

(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, 2147. l'rançoU Musine fut fait prisonnier par Us Vendéens, incarcéré i. Cliolet il resta 3 mois prisonnier; il fut arrêté à son retour à Paris et ne recouvra sa liberté que le 27 vendémiaire an III. (V. le dossier Musine, F' 4775'''').

xxxïiij I.NTItuDICTKlN

(le la Convention s'opposent toujours à l'exécution des mesures de salut public proposées par les députés de la Montagne; c'est la section du Fau- bourg-Montmartre réclamant la mise en état d'accusation de ces hommes dangereux qui, sous le masque d'une feinte soumission aux lois, ne res- pirent que guerre civile; car, disent les délégués de cette section, si d'un côté les citoyens vont répandre leur sang pour défendre et alTermir la liberté, il fatit qu'ils aient la certitude que de l'autre on ne leur préparera pas des fers.

Au moment la Gironde était ainsi attaquée, une autre section osa faire entendre à la Convention un langage tout différent. A>ix termes d'une adresse présentée le a mai, les citoyens de la section de Bon Conseil, voyant la représentation nationale avilie, livrée à l'infamie, désignée aux. poignards 'des assassins, convaincus qu'il ne pouvait exister do liberté et de république sans respect pour la représentation nationale, avaient senti la nécessité de se rallier autour de la Convention et s'étaient engagés sous la foi du serment à témoigner à tous les députés indistinctement le respect à leur caractère, h maintenir la liberté des opinions des repré- sentants du peuple et à ne plus souffrir qu'une poignée d'intrigants, sous le masque du patriotisme, opprimât davantage les bons citoyens grâce à une popularité usurpée (1). Dans sa réponse le président fit l'éloge des pétitionnaires, « qu'on ne voyait pas, dit-il, sans cesse inoccupés et errants dans les places et dans les rues, le patriotisme à la bouche et la rébellion dans le cœur ». La Convention vota la mention honorable, l'insertion au Jinllet'm et l'envoi aux départements de cette adresse. Mais dans les cir- constances où l'on se trouvait, prendre la défense des représentants appartenant au parti de la Gironde était un crime, les pétitionnaires en firent la cruelle expérience. Les délégués de la section de Bon Conseil étaient au nombre de six, entr'autres Fortin (Jean-Joseph), ancien procureur, président de la section par suite du refus du commandant de la force armée; François-Louis Sagnier, homme de loi, clerc de Fortin ; Raymond Pages, sans profession, spéculant à la Bourse; Petil-Coupray, peintre, qui porta la parole au nom de la députation. Un mandat d'amener fut lancé, le î) mai, par les administrateurs de Police, Bodson et Michel, contre les sieurs Sagnier et Pages, mandat qui fut mis à exécution le 6 mai, comme l'annonça une lettre de Fortin au président de la Convention, déclarant que c'était par ordre de la Municipalité de Paris. Séance tenante, la

(1) V. la formule même de ce'serment dans l'interrogatoire du citoyen Saenier, du 8 mai 1793. Arch. nat , F' 4775».

iNTRnniurnnx xxxix

Convenlion on verlu d'un d(''crct ordonna au maire de Paris de rendre compte immédiatement par écrit des motifs do l'arreslalion des citoyens on question. Pache Iransniit, aussitôt, expédition de ce décret aux admi- nistrateurs du Département de Police, les priant de lo mettre à même de renseigner ]a Convenlion, et renouvela sa demande, lo 9 mai, par imc lettre entièrement do sa main, les invitant à lui faire parvenir le résultat des interrogatoires des citoyens arrêtés, afin de le communiquer à la Convention, si les circnnstmices l'exigent (1). D'après une lettre des admi- nistrateurs de Police, qui procédèrent, le 8 mai, à l'interrogatoire de Sagnier, et lo 10 mai, à celui de l'agès, lettre que Pache envoya à la Convention, ils n'avaient point connaissance d'arrestation de pétition- naires de la seclion do Bon Conseil, mais déclaraient que sur une plainte du procureur général syndic Lulier, en raison de propos insuilanls tenus sur son compte, ils avaient mis en état d'arrestation le nommé Sagnier, clerc du procureur Fortin, ainsi que lenoinmé Raymond Pages, celui-ci pour avoir ju'ovoqué une rixe dans l'assemblée de la section de Bon Conseil : tout cela n'était que faux-fuyants pour déguiser une mesure arbitraire et révo- lutionnaire. Sagnier, qui était vice-président de cette section, adressa, le 20 mai, une lellre au président do la Convenlion, il disait que le véritable motif de son arrestation et do son incarcération dans les prisons de la M;iirie était lo t'ait d'avoir présenté la pétition du 4 mai et qu'il ne deman- dait qu'à comparaître à la barre. Dans un curieux appel adressé par Fortin à ses concitoyens, qu'il appelle « les premiers martyrs du 31 mai », il raconte comment les faits s'étaient passés, et s'exprime en ces termes au sujet du rôle assez louche joué par Pache dans cotte allaire : « J'eus le bonheur d'obtenir un décret qui ordonnait au rebelle Pache, maire de Paris, de venir rendre compte do sa conduite à la barre de la Convention : il n'osa y venir, malgré l'appuy d'une minorité jacobile et factieuse, il préféra de mettre le citoyen Sagnier en liberté » (2).

Dans la soirée du i) mai, lo médecin empyrique Jean-François Tranche- lahausse, président de la section du Mail, recevant les représentants Sallongros et Dumont, de la Somme, du nombre des 96 envoyés par la Convention dans les sections pour hj\tor les opérations du recrutement, leur adressa un discours tout aussi significatif, il déclarait que la seclion duMail voulait que l'autorité toute enlière résidî'it dans la Convention natio- nale, qu'elle entendait maintenir la représonlalion une et indivisible, qu'elle

(I) V. Ic^ riossiors S<v-'iiipi- et l'aerès, Arrli. nat., V l'TJ^. (•-') V. lo dossier rortin, Arcli. nal., F' kn&'i.

xl IMROUUCTION

avait juré haiue à l'anarchie et de périr toute entière avant de souflrir qu'il fût porlé atteinte aux droits des pères de la pairie. A la suite de ce discours, plusieurs citoyens rappelèrent que la section avait dénoncé à la Convention les tendances de la Municipalilé et du Département à s'ériger en dictature, de concert avec les Comités révolutionnaires des sections; la réunion prit fin et les députés se retirèrent, aux cris répétés de « Vive la République! Vive la Convention nationale! A bas l'anarchie! » C'est à cette même date du 9 mai que les citoyens de Bordeaux, dans une adresse à la Convention nationale, manifestèrent toute leur indignation à la nouvelle que 300 représentants du peuple étaient voués aux proscriptions et 22 à la hache liberticide des centurions; conjurant la Convention et les Parisiens de sauver les députés du peuple, menaçant de s'élancer sur les scélérats qui voulaient troubler Paris et jurant de sauver les représentants de la nation ou de périr sur leur tombeau. Un décret de la Convention, du 14 mai, décida l'impression, l'envoi aux départements et l'affichage dans Paris de l'adresse des citoyens de Bordeaux, rendant ainsi hommage au civisme et au courage des habitants de la Gironde, et ordonna, en outre, à son Comité de législation, réuni au Comité de sûreté générale, de lui faire un rapport sur les complots qui pouvaient menacer la représentation nationale. Comme contre-partie, le même jour, le Conseil général de la Commune résolut d'écrire aux autorités constituées, aux sociétés populaires et sections de Bordeaux pour leur montrer l'erreur dans laquelle les avaient jetés les malveillants qui leur faisaient croire que Paris voulait assassiner les députés de la Gironde, tandis qu'il ne voulait « assassiner que leurs opi- nions ».

La Commune de Paris s'engageait do plus en plus dans la voie révolu- tionnaire et prenait de son propre mouvement des décisions ayant un caractère despotique et arbitraire. Déjà, à la date du 2 mai, le Conseil général avait mis en demeure les ministres d'envoyer, dans le délai de 24 heures, la liste des employés de leurs bureaux, afin de vérifier leurs certificats de civisme, et désigné des commissaires chargés de procéder à cette opération; le même Conseil avait également décrété, comme l'on sait, l'établissement d'un impôt forcé de 12 millions sur les riches, mesure inqui- siloriale et tyrannique au premier chef; l'arrêté du 13 mai, qui convoqua à l'Evèché les présidents des sections et un membre de chaque Comité révolutionnaire à l'eiïet d'établir la liste et d'asseoir l'impôt, souleva des protestations unanimes. La section du Contrat Social, enir'autres, déclara nettement que, bien que n'entendant point se soustraire aux sacrifices que la République avait le droit d'attendre du 2)alriotisme et de la fortune des citoyens, elle ne pouvait pour son compte s'associer aux décisions qui

INTHODUCTION xl.j

seraient prises dans celle Assemblée. Du reste, cette réunion de l'Evéclié n'eut point le résultat espéré, puisque Pache et Chaumetle revinrent à la charge et provoquèrent la convocation d'une nouvelle Assemblée qui prendrait des résolutions conformes à l'opinion de la majorité des sections (1).

Au milieu de mai, la Commune, quoii;u'observant en apparence les formes légales, prit l'initiative d'un acte essentiellement révolutionnaire, celui du remplacement de Santerre en qualité de Commandant général do la garde nationale. Voici dans quelles conditions s'opéra la désignation de son successeur : dès le 2 mai, Santerre avait annoncé au Conseil général de la Commune son intention de partir pour combattre les rebelles de la Vendée et proposé comme successeur le citoyen Mathis, chef de division. Le Conseil accorda à Santerre le congé qu'il demandait et remit au lendemain la nomination. Santerre resta en possession de son com- mandement encore une quinzaine, pendant laquelle se produisit, à la date du 7 mai, réchauU'ourée des Champs-Elysées, ou plutôt le rassemblement de clercs de procureurs, commis de marchands, qui firent du tapage et crièrent au f... Marat, Marat à la guillotine. La bi'ulalilé avec laquelle cet attroupement de jeunes écervelés sans armes, jugé séditieux cependant, fut réprimé, mécontenta vivement les citoyens (2). Le 17 mai, le Conseil général de la Commune, avisé du dessein de Santerre qui se proposait de quitter Paris le dimanche suivant pour se rendre en Vendée, considérant qu'il serait très dangereux de laisser la force armée un seul jour sans chef, qu'il y avait impossibilité de consulter les sections pour recueillir leur vœu, que les circonstances présentes n'étaient pas moins ci'itiques que celles au milieu desquelles s'était produit le 10 août, arrêta de procéder séance tenante à l'élection d'un Commandant général provisoire. Soixante- quatorze, voix sur soixante-quinze désignèrent Servais-Baudouin Boulanger, commandant en second de la section de la Halle au Blé, qui fut proclamé Commandant général et prêta serment le lendemain. L'observateur Dutard, à propos de ce choix, ne trace pas un portrait bien flatteur du nouveau chef, « qu'il trouvait un peu suffisant dans le genre sot, et chien couchant auprès de quiconque lui promettrait de l'honneur et de la pàlure ».

Cette nomination en quelque sorte imposée constituait un empiéte- ment sur les droits des sections parisiennes. Plusieurs d'entre elles, notamment celles du Mail et de la Fraternité, protestèrent contre cette élection, comme illégale et attentatoire aux droits du peuple; mais ces

(1) V. le t. VIII du notre Répertoire, 2409.

(Z) V. le t. VIII de notre Uepertoire, n»» 2443, 2i'i4.

xli.j INTRODUCTION

prolfistations restèrent vaines, et Chaumelte répondit même aux députés (le la section du Panihéon-Français que, tant que la patrie serait en dangor, la Commune prendrait dos mesures promptes et révolutionnaires.

L'acte d'autorité du Conseil général de l.i Commune coïncida avec un coup de force du Comité révolutionnaire de la section de l'Unité. Celui-ci donna ordre, le 16 mai, de mettre en état d'arrestation les citoyens Legan- gneur, commissaire de police de la section, Leroux, juge do paix, ainsi que les nommés Porro et Boissieux, soupçonnés de nourrir des projets contre- révolutionnaires, et les fil conduire au déparlement de Police de la Mairie ; la Convention s'en émut, prescrivit au Comité de législation de se faire rendre compte par le Comité révolutionnaire do la section de l'Unité des motifs de ces arrestations et le lendemain fit mettre en liberté le juge de paix Leroux.

La situation devenait de plus en plus critique, la surexcitation des esprits contre les Girondins allait toujours croissant; on peut en juger par le virulent pamphlet qui parut à cette époque sous le titre : Rendez-notis 7iot<

18 francs et f. le camp, sorti de la plume d'un certain Lebois, qui prenait

le qualificatif A' Ami des Sans Culottes et ennemi des J. F., mais qui n'avait rien de commun avec l'accusateur public du Tribunal criminel du départe- ment de Paris. Un échantillon du style de ce pamphlétaire permettra de se rendre compte du degré de violence auquel on pouvait atteindre dans

l'exaspération des haines populaires: « Brissol, Pelion, Buzol , s'écriait

Lebois, enfin toute la bande du Marais, qui voulez que la Convention aille

tenir ses séances à Versailles, rendez-nous nos 18 francs et f le camp

bien vite; il est temps, les départements ne veulent plus de vous, ou gare le Tribunal révolutionnaire et l'aimable guillotine »; tel était le refrain qui revenait à la fin de chacun des paragraphes de ce libelle. D'après les rapports de police du mois de mai, ce pamphlet, qui se vendait partout, contribua singulièrement à décrier les députés suspects.

Suivant le témoignage des observateurs chargés de rendre compte à Garât de l'esprit public, au milieu de mai, les mesures révolutionnaires étaient à l'ordre du jour. Voici, d'après les prévisions de l'un de ces policiers, Dutard, prévisions qui ne furent ])as démenties par les événe- ments, comment les choses allaient se passer : « La faction, disait-il dans son rapport du 14 mai, vient de former un Comité central des commis- saires des 48- sections, qui doivent se réunir à l'Évêché pour correspondie avec les sections et la Commune de Paris. Les Comités de surveillance

(1) V. le t. IX do noire Uéppi-loire, n. âTÎ.

INTlU)l)l'('.riO\ xliij

vont désarmer un à un tous les suspects, c'est-à-dire la moitié de Paris, et seront les maîtres de la situation; si la (Convention laisse substituera sou autorité celles des Comités de surveillance, elle n'en a pas pour huit jours. i> Tous les agitateurs qui avaient organisé les tentatives insurrec- tionnelles du 9 mars et du 'I'''' avril voyaient l'occasion de reprendre leur revanche; les impatients taxaie.it Robespierre de niodéranlisme; au,\ Jacobins, comme ailleurs, tous les jours il était question d'insurrection instantanée et des moyens de diminuer les forces de la Convention en accroissant celles des factieux. On ne se gênait plus pour préconiser les mesures extrêmes : c'est ainsi que le 16 mai, un certain Lcclerc, délégué lyonnais, étant venu se plaindre à la Commune des procédés des journa- listes à son égard, déclara qu'on avait le projet d'égorger les patriotes et, déplorant la faiblesse de certains Montagnards, indiqua le seul moyen de sauver la République : « il fallait à son avis, que le peuple se fit justice, parce que la justice habite au milieu du peuple et qu'il ne se trompe jamais ».

Le premier essai de violence contr(! la Convention nationale fut lenlé parles femmes qui assiégaienl les abords de l'assemblée, probablement du nombre de celles qui depuis le 10 mai s'étaient organisées en association républicaine révolutionnaire, siégeant aux Jacobins. Elles prétendaient exiger des députés patriotes la suppression par la Convention des places privilégiées dans les tribunes ; armées de poignards et de pistolets, ces héroïnes révolutionnaires, portant cocardes, toutes laides à faire peur, subissant probablement des influences étrangères, ne voulaient rien moins que la dissolution de la Convention nationale ; leur premier exploit fui, le 2-) mai, l'avanie qu'elles infligèrent à Théroigne de Méricourt : l'ayant fouettée outrageusement dans le vestibule même de la Convention, elles la conduisirent au Comité de sûreté générale, mais ne consentirent à la laisser en liberté que parce que Maral la prit sous sa protection. Du reste, Théroigne de Méricourt, non moins surexcitée que ces mégères, leur avait dit qu'elle leur ferait mordre la poussière tôt ou lard.

Ce fut dans la soirée du 28 mai que l'insolence de ces femmes dépassa toute mesure : elles prétendirent s'opposer de vive force à l'entrée des personnes munies de cartes dans les tribunes de la Convention, au point que le tumulte qu'elles provoquèrent dans les couloirs troubla et inter- rompit la séance. Lehardy, député du Morbihan, se plaignit de ce que les citoyens des départements avaient été frappés et chassés des tribunes par « des êtres vils, le rebut de leur sexe, soudoyés par des êtres plus vils encore ». Le Comité des inspecteurs eut grand peine à rétablir l'ordre. Mais peu après, un nouveau tumulte se produisit dans l'un des corridors

xliv INTUUbUCTlO.N

conduisant aux tribunes, une femme pénétra de force dans lune de cos tribunes pour en arracher un jeune homme qu'elle saisit au collet en l'invectivant. A la suite de ces sct'iies scandaleuses, le président Isnard lit une déclaration, aux termes de laquelle les désordres auxquels on se livrait à la Convention devaient servir de prétexte à une nouvelle insurrection ayant le même but que celle du 10 mars, dirigée contre la Convention par des comités clandestins, qui avaient chargé les femmes de commencer le mouvement. Le policier Dulard tenait un langage identique dans son rapport du 19 mai, il disait qu'il devait y avoir incessamment un coup terrible et que c'étaient les femmes qui commenceraient » la danse ». C'est alors que Guadet, au nom de la Gironde exaspérée, exposa les dangers qui menaçaient la Convention, déclarant que les conjurés du 10 mars étaient restés impunis, que tout le mal provenait de cette sorte d'insur- rection des autorités do Paris contre la Convention, autorités qu'il qualifia d'anarchiques, et il proposa deux mesures d'une gravité excejitionnelle : l°de casser les autorités de Paris, c'est-à-dire la Commune; de réunir à Bourges les députés suppléants. Le Comité de salut public intervint par l'organe de Barère qui, tout en partageant le sentiment de Guadet au sujet des autorités de Paris et en reconnaissant les empiétements des sections et de la Commune, estima que la dissolution de ces autorités serait de nature à provoquer l'anarchie, et proposa la nomination d'une Commis- sion d'enquête de 12 membres. La Convention adopta sa manière de voir et décréta, le 18 mai, la formation d'une Commission de 12 membres, qui serait chargée d'examiner tous les arrêtés pris depuis un mois par le Conseil général de la Commune et les sections de Paris, de se ren- seigner sur tous les complots tramés contre la liberté, d'entendre les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, les Comités de sûreté générale et de salut public, sur les faits venus à leur connaissance relative- ment aux conspirations qui avaient menacé la représentation nationale, et de prendre toutes les mesures à l'effet de se procurer les preuves de ces conspirations et de s'assurer des personnes des prévenus.

Le lendemain de l'établissement de cette Commission extraordinaire, qui est connue sous le nom de Commission des Douze, Pache, désireux de justifier l'assemblée des commissaires des sections, ostensiblement réunis à l'Evêché pour arrêter un mode uniforme et commun d'exécution au sujet des réquisitions, assemblée qu'on représentait comme illégale et s'occupaut de tout autre objet, écrivit au président de la Convention afin d'expliquer que c'élait le Conseil général de la Commune qui avait voulu s'entourer des lumières de trois commissaires par section, pour discuter ce mode et contrecarrer les desseins des contre-révolutionnaires répandus

INTRODUCTION xW

dans les sections et clierchant à les («garer. La Convention accneillil celle communication sans prendre parti dans la question et décida l'insertion au liullt'tiit d'un extrait de cette leltre. Quoi qu'il en soit, les accusations portées contre l'Assemblée de l'Kvêché n'étaient pas dénuées de fonde- ment; il ressort en effet du procès-verbnl de l'assemblée générale, de la section de la Fraternité, en date du 22 mai, apporté k la Convention le 2.'J, ijne dans l'Assemblée du Comité central révolutionnaire tenue à la Mairie le dimanche 19 mai, c'est-à-dire le jour rriêmc Paclie tentait de justilier cette assemblée, Marino, administrateur de Police, qui présidait la réu- nion, se permit d'avancer qu'en fait de suspects il n'en connaissait qu'à la Convention et il ne craignit pas de proposer l'arreslation ou plutôt l'enlèvement clandestin des 22 députés, qui seraient transportés dans quel- que coin isolé, immolés, et qu'on ferait passer pour avoir émigré. Il est vrai d'ajouter que, suivant l'exposé de la situation de Paris, présenté le 21 mai l)ar Pachc au Comité do salut public, la motion en question ne fut pas dis- entée et tomba, couverte d'une improbation unanime (1).

Le scrutin pour l'élection des membres de la Commission des Douze s'ouvrit le 21 mai. Il eut pour résultat la nomination de Boyer-Fonfrède, Habant Saint-Etienne, Kervclegan, Saint-Martin-Valogne, Viger, Gomaire, Bertrand de l'Orne, Boilleau, Mollevault, Henry la Rivière, Bergoeing et Gardien. La Commission entra immédiatement en fondions. Dans sa première réunion, elle entendit le compte rendu des commissaires Bergoeing et Viger, qu'elle avait envoyés à la section du Contrat Social, qui tenait ses séances à Saint-Eustache, à reiïet de rapporter les registres de ses déli- bérations, lesquels se trouvèrent composés de feuilles volantes; ces commissaires déposèrent les arrêtés pris par le Comité révolutionnaire de cette section du 29 mars au 18 avril (2).

La Commission désirant s'entourer d'avis qui lui permettraient de se rendre compte de la. situation et de se renseigner : sur les faits et gestes du Comité central révolutionnaire; sur la dépulation des femmes de Ver.sailles ; sur les prédications publiques du nommé Varlet, avait envoyé une convocation au procureur de la Commime, qui répondit par écrit, et au maire de Paris, qui se rendit en personne à l'invitation de la Commission et promit d'envoyer chaque jour un rapport sur la situation de Paris. Boyer-Fonfrède lui ayant demandé si les Comités révolutionnaires ne pour- raient pas fomenter des troubles, le Maire répondit que la moitié de ces

(1) V. le t. VIII de notre Réperloire, 2505. (1) V. le t. VIII de notre Répertoire, 2513.

xlv.i INTHOOUCTION

(•omilés étaient composés d'hommes sages, qu'il n'en solliciterait pas l'établissement, sils n'élaiunt pas formés, mais que dans le moment actuel leur dissolution pourrait occasionner quelques troubles; il déclara qu'il n'avait jamais cru qu'aucun membre de la Convention, qu'aucun ministre eût couru de dangers, qu'il navail jamais eu d'inquiétudes que pour les subsi-lances et les attroupements, que le nombre des suspects était fort restreint, 10 à 12 (1).

La Commission des Douze continua son u'uvre. Un procès-verbal de ses travaux, en date du 23 mai, constate que toutes les sections avaient été mises en demeure d'envoyer les registres de leurs délibérations et qu'un certain nombre de personnes avaient été convoquées pour .déclarer ce qu'elles connaissaient des complots tramés contre la liberté et la repré- sentation nationale, que le Maire et le minisire des affaires étrangères avaient été invités à consigner par écrit les renseignements donnés par eux de vive voix à la Commission, et que, dillérents avis ayant fait craindre des troubles pour la nuit suivante, le Maire cl le Commandant général avaient l'eçu mandat de prendre à ce sujet les mesures nécessaires (2).

Le Conseil général de la Commune, informé de la démarche de la section de la Fraternité qui, par une adresse présentée le 23 mai, venait de dénoncer à la Convention un complot all'reux tendant à égorger les repré- sentants du peuple, puis à faire courir le bruit de leur émigration, et tenant à dégager sa responsabilité, prit un arrêté invitant les rédacteurs et por- teurs de cette adresse à fournir les renseignements propres à amener la découverte d'auteurs de complots aussi abominables afin de les livrer le soir même aux tribunaux. La révélation inattendue de ce qui s'était passé dans l'Assemblée révolutionnaire du 19 mai eut son écho dans celles des sections qui n'étaient pas dominées par un esprit de révolte. La section du Mail, réunie en assemblée générale le 24 mai, décida tout d'abord de remettre à la Commission des Douze les procès-verbaux de ses séances du 18 avril au 24 mai, puis de s'enquérir si aucun des membres de son comité avait assisté ou participé aux assemblées tenues, soit à l'Évèché, soit à la Mairie; elle reçut ensuite une députation do la section de la Fraternité, qui apportait son adresse au sujet du renouvellement des massacres de septembre projeté dans l'Assemblée de la Mairie. Par l'organe de son président, la section du Mail déclara qu'elle recevait avec la plus vive émotion dans son sein les députés d'une section, dont quelques membres avaient eu la gloire d'être

(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, ii» 2.^09.

(2) V. le même volume, 2517.

INTIIODUCTION xlvi.j

chassés d'un conciliabule obscur l'on méditait le meurtre, et qui la première avait eu le bonheur de sauver la représentation nationale en dévoilant ces horribles complots (1).

La Commission des Douze, au début de la séance qu'elle tint le 24 mai, après examen des déclarations qu'elle avait reçues et des pièces qui lui avaient été remises (notamment sur le compte de Varlet par un certain Lavigne de la section du Panthéon Français), prit de graves résolutions (2). Elle décida que des mandats d'amener seraient décernés contre les citoyens Marino et Brichet, administrateurs de Police, Varlet, employé à la Poste, et Hébert, substitut du procureur de la Commune, mandats qui furent envoyés au ministre de la justice, lequel se rendit à la Commission et donna les ordres nécessaires pour leur mise à exécution.

Le ministre de l'intérieur. Garât, homme prudent, n'était point partisan des mesures violentes; dans une conversation qu'il eut avec Habaut-Saint- Elienne, il lui représenta tout le danger qui résulterait de l'envoi d'Hébert à l'Abbaye pour un article de journal, quand Marat, auquel on pouvait en reprocher bien d'autres, venait de rentrer triomphant à la Convention, acquitté par le Tribunal révolutionnaire et glorifié par le peuple de Paris.

Dans cette séance du 24 mai, la Commission des Douze élabora un projet de décret de sûreté générale, qu'elle fit précéder d'un rapport, qui ne ressemble en rien à celui dont Viger dunna lecture ce même jour à la Convention, et qu'il nous parait intéressant de reproduire d'après la minute même du procès-verbal de la Commission.

Voici en quels termes s'exprimait le rapporteur :

« La Commission, désirant de piésenter à la Convention nationale un rapport sur les macliinalious qui se trunienl à l^aris contre la tianquillité et la liberté générale i.'t contre la représentation nationale, a considéré néanmoins qu'elle n'avait pas eu le temps d'avoir des renseignements suffisants, que ceux qu'elle a reçus la mettant sur la voie d'en recevoir d'autres, tous nécessaires, que la publication de ce qu'elle a appris pourrait servir à soustraire les preuves dont elle a encore besoin, et peut-être les personnes dont il [lourrait être nécessaire de s'assurer; ([ue cependant les renseigne- ments que la Commission reçoit à cliaque instant lui l'ont sentir la nécessité de prendre sur-le champ des mesures assez vigoureuses pour prévenir des mouvements suscités et pressés par des malveillants, que ces mouvetnents pourraient troubler la France entière en occasionnant à Paris une l'oule do maux ; considérant cnlin que les causes que la Commission avait déjà découvertes des machinations projetées étaient dans le désordre des assemblées des sections de Paris et dans la négligence des citoyens de se rendre à leurs postes; la Commission a cru devoir relever l'esprit public, réunir la

(1) V. le t. VIU (le uotic Ropcrtoirc. 2524. (■2) IM(1., IV» ':820, 2'.ir,0.

xlviij INTRODUCTION'

masse cnliùrc des citoyens ù ses devoirs et à ses postes, et terminer une partie des désordres qui troublent les assemblées des sections ; en conséquence, elle a délibéré de présenter ù l'acceptation de la Convention nationale le projet de décret suivant.

Malgré l'asserlion de Marat, suivant laquelle il n'aurait point existé (le conspiration contre la Convention nationale, celle-ci adopta le décret eu question, édictant un ensemble de dispositions à TefTet de restreindre l'exercice du droit de réunion, obligeant notamment les citoyens à se tenir prêts à se rendre au premier signal au poste qui leur serait assigné par le commandant de cbaque section, ordonnant la levée à 10 heures du soir des assemblées générales des sections, dont les étrangers devaient être exclus, chargeant enfin la Commission des Douze de présenter sous peu les mesures le plus efficaces pour assurer la liberté et la tranquillité publique (1).

Bien que resté étranger aux motions incendiaires de la réunion incriminée, Pache éprouva le besoin de s'en justifier et adressa, le 24 mai à la Convention, une lettre pour expliquer ce qui s'était passé à la Mairie; cette lettre, insérée au Bulletin, fut lue non avant la promulgation du décret, comme le prétend Thiers, mais après, vers la fin de la séance, et par conséquent n'infiua en l'ien sur les décisions prises par la Convention. Pache affirma que, dans cette réunion, il n'y avait pas eu de complot tramé contre la représentiition nationale, mais une simple délibération sur la composition de la liste des suspects ; toutefois il fut bien obligé de reconnaître que la discussion s'était égarée et avait dépassé toute mesure, qu'on avait d'abord proposé de s'assurer des gens suspects afin de s'en servir comme otages, puis d'y comprendre ceux des membres de la Convention qui passaient pour méconnaître les intérêts et les droits du peuple, qu'enfin l'on était arrivé au point de déclarer qu'au lieu d'arrêter il fallait détruire ceux que l'on regardait comme des traîtres. Pache avait bien pris soin d'ajouler que, dans une réunion subséquente, il avait fait ('■carter ces motions criminelles et que d'ailleurs il n'avait jamais eu d'inquiétude au sujet de la sûreté personnelle des membres de la Con- vention. Après la lecture de cette lettre, l'un des membres de la Commis- sion des Douze fit observer que le rapport envoyé à la Commission par le Maire uétait nullement conforme à cette lettre.

Ce fut le capitaine Botot Du Mesnil, commandant la gendarmerie des tribunaux, qui fut chargé par Gohier de mettre à exécution les mandats décernés contre les citoyens Marino, Michel, Brichet et Hébert, ainsi qu'un cinquième mandat contre Varlet; il s'acquitta le jour même de cette

(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, 2529.

INTRODUCTION xlix

mission, procéda à l'arreslalion d'Hébert et de Varlet, qui furent conduits à l'Abbaye, mais laissa en liberté Marino et Michel, administrateurs au Dépar- tement de Police, renvoyés à leurs fonctions, et déclara que quant au citoyen Brichet, également administrateur de Police, ce particulier ne s'était trouvé ni chez lui, ni à l'Assemblée générale de la section du Mail. A propos de l'exécution du mandat contre ce dernier, le ministre trouva fort repréhensible le gendarme qui s'était permis d'aller le réclamer au sein de l'assemblée do sa section et invita le capitaine Du Mesnil à veiller désormais à ce que les ordres d'arrestation fussent exécutés conformément à la loi et avec toute la prudence et le mystère requis.

Avant de parler de Teffet produit par ces arrestations, il n'est pas inutile de donner quelques détails biographiques sur les individus qui furent l'objet de cette mesure de rigueur :

Jacques-René Hébert, substitut du procureur de la Commune, rédacteur du journal le Père Duchesne, qui linit par être lui-même victime des terroristes, est trop connu par ses violences de langage pour qu'il soit nécessaire de lui consacrer une notice.

Jean Varlet, employé de la Poste, âgé de 27 ans, d'abord membre de la Société des Amis de la Constitution et du Club des Cordeliers, frappé d'exclusion comme brissotin, appartenait à cette catégorie de révolutionnaires qui, pour employer l'expression de M. Hamel {Histoire de Robespierre, t. II, p. 25), ne connaissaient aucune règle, aucun frçin, et que l'on désignait communément sous le nom d'E/i)'n(/t's; c'était un énergumène dans toute la force du terme, pérorant sans cesse dans les clubs, dans les groupes, dont la présence fut signalée dans la plupart des manifestations révolutionnaires ; il jouera un rôle des plus actifs dans les journées des 31 mai, i"' et 2 juin.

Jean-Baptiste Marino, membre du Conseil général de la Commune pour la section de la Montagne, et administrateur au Département de Police, était fabricant et peintre en porcelaines de son métier ; il remplit diftérentes missions en 1793 à Commune- Affranchie et Carrouge (département du Mont-Blanc). Xo'w.i le jugement qui est porté sur ce partisan acliarné de la Montagne à la date du 12 prairial an II :

« Vif, ardent, juste et humain, il s'est montré depuis le commencement de la Révolution toujours avec les vrais patriotes ; il a aidé à terrasser dans la section et ailleurs les ennemis du peuple et les factions; partout, il a montré un patriotisme pur et désintéressé ; il a suivi tous les événements de la Révolution ; il voyait souvent Marat ; on dit riiême qu'il a passé la nuit avec lui, la veille de son jugement par le Tribunal révolutionnaire, et l'a accompagné au sein de la Convention au sortir dudit Tribunal. » Marino, quoique terroriste avéré, fut envoyé à l'échafaud le 29 prairial an II (1).

Etienne Michel, âgé de 30 ans, membre du Conseil général de la Commune pour la section de Beaubourg, et administrateur au Département de Police, était fabricant de rouge. Compromis au 9 thermidor, il tenta de se suicider en se portant un coup de couteau. A la date du 13 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna de le transférer de la Maison de l'Humanité (Hôtel-Dieu) à l'hospice de l'Evéché, pour y être

(1) V. le dossier Marino, Arcli. nat., F'' 4774". T. IX.

1 INTRODUCTION

soigné comme détenu. Le Comité révolutionnaire de sa section attribua cet acte de désespoir à la lecture d'un papier public qui fit croire à Michel qu'il suffisait d'être membre de la Commune pour être mis hors la loi, et il demanda, le 15 fructidor, la liberté provisoire du patriote Michel. Au mois de nivôse an III, en pleine réaction thermido- rienne, le même Comilé le dénonça comme un terroriste, un Robespierrisle, un buveur de sang, lui reprochant eu outre d'avoir abusé de ses fonctions pour dépouiller les prisonniers de leurs bijoux et assignats ; on prétendit même qu'avec le fruit de ses rapines il avait acheté pour SOO.OOO francs de biens. On lui prêta également des propos atroces ; on lui aurait, parail-il, entendu dire qu'il voudrait que le dernier boyau des prêtres servît à pendre le dernier des hommes de loi. Le 28 ventôse an III, Michel adressa de la maison d'arrêt du Plessis au représentant Delacroix (probablement Delécloy) un mémoire juslilicatif, il déclarait avoir repoussé avec indignation la tyrannie de Robespierre et avoir affirmé ses principes par sa conduite dans la nuit du 9 au iO thermidor, et il concluait « en demandant punition, si je suit coupable, liberté, si je suit innocent. » (1)

Mathieu-Jean Brichet, de la section du Mail, employé au bureau des assignats aux Messageries nationales, fut nommé, le 1" avril 1793, par Bouchotte commis au bureau des subsistances militaires, et devint le i" août suivant sous-chef au bureau du per- sonnel des hôpitaux militaires, poste qu'il conserva jusqu'au 14 ventôse an II. Il était l'un des membres du Comité de salut public de la section du Mail, son arrestation fut annoncée, le 25 mai, en ces termes : « Une inculpation foudroyante a été lancée hier contre un de nos collègues; le citoyen Brichet, membre de ce Comité, a été hau- tement dénoncé, dans l'assemblée générale de la section, comme ayant donné dans les assemblées tenues à la Mairie des listes de proscription, sur lesquelles étaient portés une multitude de citoyens de la section et un nombre de députés à la Conven- tion nationale. Cette dénonciation a été corroborée par l'arrivée d'un gendarme porteur d'un mandat d'amener le citoyen Brichet au Comité dos Douze de la Convention nationale. » En conséquence le président Barry proposa, et le Comité révolutionnaire de la section décida qu'en raison de cette dénonciation et de ce mandat d'amener contre le citoyen Brichet, le Comité s'intei'dirait dans l'exercice de ses fonctions toutes communications directes ou indirectes avec lui.

Le rôle joué par Brichet lors des journées révolutionnaires des 31 mai, i" et 2 juin, est caractérisé par le certificat suivant que lui délivra le Comité révolutionnaire de sa section, à la date du 24 septembre 1793, lorsqu'il quitta la section du Mail pour habiter celle du Mont-Blanc, il se proposait d'aider les patriotes à purger le sol de la liberté des intrigants, des fédéralistes, des muscadins et des royalistes, sous quelque forme qu'ils se présentassent :

« Le Comité déclare qu'il a toujours vu le citoyen Brichet animé de toutes les vertus républicaines, que, depuis 1789, il a été constamment l'ennemi juré de l'aristocratie, des Lafayelte, des Dumouriez, des Custines, des Raffet, des Feuillantins, des royalistes, des fédéralistes, des muscadins, en un mot des intrigants de toutes espèces et de toutes les couleurs, qu'il a toujours employé tous ses moyens pour déjouer tous les projets liberticides des Brissotins, Girondins et de la ligue infernale qui croissait au Marais; que notamment sous sa présidence du 10 août il remit la section au pas par son énergie; que sous sa présidence du 31 mai 1793, cette même énergie, loin d'être afiaiblie par les menaces des malveillants, par l'assassinat commis sur sa personne au milieu de l'assemblée générale, en présence de 4 officiers municipaux, en a acquis une nouvelle force; qu'à cette époque sa fermeté républicaine a beaucoup contribué

(1) V. le dossier Mi«hel, Atch. nal., P' ilH^K

INTRODUCTION Ij

à régcnérer la section du Mail el a mérité au Sans-culotte Urichel le titic glorieux d'enragé Maratiste et un mandat d'arrêt de la Commission inquisitoriale des l)oU7.c, pour avoir demandé au Comité formé à la Mairie, le Jour de la Pentecôte, l'arrestation, dans la nuit, des 32 députés à la tète de la faction des liommes d'Ktat.

« Arrête en outre qu'il en sera délivré deux copies au patriote Hrichet, qui les signera devant nous. »

Malgré ces attestations flatteuses qu'il obtint en qualité de Maratiste et de terro- riste, Bricliet fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, le 21 messidor an II (1).

L'arrestation d'Hébert fut notifiée par les citoyens Mennessier, Simon, Berget cl Caiilieux au Conseil général do la Commune, qui réuni d'urgence, dénonça à la Convention l'attentat doul venait de se rendre coupable la Commission des Douze en procédant à l'arrestation de ce citoyen, recommandable à la fois par ses lumières et ses vertus civiques, et demanda qu'Hébert fiit rendu à ses fonctions ou promptement jugé.

Les sections de Paris unirent leurs protestations à celle de la Com- mune; la section du Temple, par délibération du 25 mai, prit l'initiative d'une réunion des commissaires des sections à la salle de l'Egalité, oii devait être rédigée une pétition à la Convention à l'eflet de connaître les molifs de l'arreslation d'Hébert et de Varlet, dont le patriotisme était incontesic, et d'obtenir leur mise en liberté provisoire. La plupart des sections envoyèrent, les 25 et 26 mai, des commissaires; celle du Faubourg- WTontmarlre protesta formellement contre l'attentat à la souveraineté du peuple commis par la Commission des Douze, tant par l'enlèvement forcé et arbitraire des registres de délibérations des sections, que par l'arres- tation illégale, violente et injuste de magistrats du peuple, honorés de sa confiance, dans l'exercice de leurs fonctions, et décida qu'elle se transpor- terait à la Convention pour exprimer son vœu de voir anéantir la Com- mission despotique et contre-révolutionnaire des Douze, et pour réclamer la mise en liberté d'Hébert ainsi que celle de tous les patriotes arrêtés depuis quelques jours. Elle déclara en même temps que ses registres ne seraient compulsés par aucune Commission et que si la Convention, par un nouveau décret en exigeait la communication, la section toute entière les porterait à la Convention et les remporterait de même, comme étant le dépôt sacré de l'exercice de la souveraineté, à titre de fraction du peuple souverain. La section du Marais, elle aussi, non contente de dénoncer l'arrestation illégale d'Hébsrt, résolut de demander à la Convention la cassation de la Commission des Douze, comme ayant outrepassé ses poii-

(I) V. dossier Brichet, Arch. nat., F' 4617.

lij INTRODUCTION

voirs et fait éclater à tous les yeux son inutilité, puisqu'il n'y avait eu ni conspiration ni conspirateurs, suivant tous les renseignements recueillis jusqu'à ce jour.

Sur ces entrefaites Pache crut, par une lettre en date du 2S mai, devoir protester contre les propos que lui prêtait la Commission des Douze, d'après lesquels il aurait annoncé un soulèvement très prochain dans Paris, et il expliqua que, selon toute apparence, les propos en question étaient empruntés aux rapports sur l'esprit public à Paris, faits à l'admi- nistration de Police par ses préposés, rapports qu'il envoyait régulièrement au Conseil exécutif, au ministre de l'intérieur et au Comité de salut public. Le rapport visé par Pache, en date du 23 au 24 mai, qu'il avait communiqué à la Commission des Douze, renferme en effet un passage qui avait donné lieu à cette interprétation abusive : « La désunion entre quelques membres de la Convention, d'un côté, l'excessive cherté des denrées, de l'autre, sont les principales causes de la fermentation du peuple, qui se lasse de se plaindre à mi-voix..., et on ne peut se dissimuler que lt> soulèvement ne soit inévitable et très prochain, si l'on ne prend les mesures les plus efficaces pour soulager le peuple. « La Convention décréta, le 27 mai, l'impression, l'affichage et l'insertion au Bulletin de la lettre du maire de Paris, ainsi que de la déclaration contenue au rapport adressé par le Maire à la Commission des Douze, et renvoya le tout à cette Commission.

Pendant que la Convention s'endormait dans une trompeuse sécurité, le mécontentement populaire grandissait et le moment d'une explosion se rapprochait de plus en plus. Les rapports de police de cette époque ne laissent aucun doute à cet égard : « Tous les esprits, y disait-on, sont agités de manière à faire regarder un grand mouvement comme très prochain. Les groupes sont plus multipliés que jamais, et l'on ne peut se dissimuler que Ton touche au moment d'une nouvelle insurrection, à moins que les mesures que se proposent de prendre les sections n'aient leur efficacité. Les citoyens mis en état d'arrestation par la Commission des Douze sont la matière de toutes les conversations et l'objet de toutes les discussions des sociétés populaires et des sections. On traite le mode à employer pour engager la Convention à rendre la liberté à ces citoyens, et il y aura un parti qui sera peut-être extrême, si la Convention persiste à refuser d'entendre les pétitionnaires. » En effet, l'un des observateurs de Garât, Dutard, dans son rapport du 27 mai, parlait de nombreuses motions plus ou moins incendiaires faites à ce sujet sur la terrasse des Tuileries. Dutard entendit également, ce jour-là, Dorat-Cubières discourir à la Commune sur le traitement infligé à Hébert et Varlet, qu'on avait mis dans un grenier à tous les vents, deux grabats étaient occupés par des

INTRODUCTION liij

généraux traîtres, c'est-à-dire par des scélérats, et les deux autres par Hébert et Varlet, c'est-à-dire par des honnêtes gens.

La Commission des Douze non seulement ne voulait point reconnaître qu'elle avait commis une grave imprudence en procédant à l'arrestation d'Héberl, mais encore elle persévérait dans les mêmes errements ; au cours de la matinée du 27, elle envoya au ministre de la justice deux nouveaux mandats d'arrêt contre Claude-Emmanuel Dobsen, président de la section de la Cité, et Prolaix, secrétaire de cette section, à raison du refus formel de communiquer les registres de leur section. Ces mandats ne furent mis à exécution que très tard dans la soirée; ces deux citoyens furent écroués à l'Abbaye à H heures du soir, parce que ni l'un ni l'autre ne s'étaient trouvés chez eux dans la journée. Le lendemain matin, la section de la Cité réclama ces victimes d'un nouveau despotisme, dont l'arrestation avait été opérée nuitamment, au mépris de tous les principes; elle déclarait à cette occasion que les ennemis du peuple siégeant à la Convention avaient calomnié la ville de Paris auprès des déparlements, qui approu- veraient au contraire les saintes insurrections des citoyens inculpés, et elle adjurait la Convention de punir la Commission infidèle, coupable d'actes arbitraires, et de la traduire au Tribunal révolutionnaire. Cette démarche de la section de la Cité occasionna une vive agitation et après une réponse imprudente du président Isnard, provoqua une déclaration de Danton, d'abord contre la Commission des Douze, qui opposait aux meil- leurs citoyens les armes réunies entre ses mains et arrachait à leurs fonc- tions les magistrats du peuple, puis contre la Convention qui persistait à retenir dans les fers des citoyens dont le seul crime était un excès de patriotisme. Cette séance de la Convention avait amené une affluence inusitée de peuple, les avenues de la salle étaient obstruées, les couloirs remplis d'hommes et de femmes qui empêchaient l'entrée et la sortie des députés.

La Commission des Douze se crut en droit, comme mesure de salut public, de requérir la force armée et fit appel aux sections bien pensantes, voisines de la Convention (celles de 1792, du Mail et de la Bulte-des- Moulins) auxquelles fut demandé un contingent de 800 hommes, qui vint occuper les portiques et avenues de la salle, sous les ordres de Raffet, commandant du bataillon de la Butle-des-Moulins. Celui-ci, interrogé par le président de la Convention au sujet de ce déploiement de forces inusité, exhiba deux ordres, l'un de Vincent, chef de la 2* légion, l'autre deLapierre, adjudant général provisoire, lui enjoignant de tenir prêts les hommes demandés par la Commission des Douze. Pache, qui avait d'abord donné son adhésion, se ravisa et invoquant les décrets des 18 et 24 mai, il ne se

liv

INTRODUCTION

trouvait aucun article qui autorisât la Commission à disposer de la force ar- mée dans Paris, lapria de vouloirbien s'abstcniroude faire rendre un décret.

C'est alors que l'on voit entrer en scène le ministre de l'intérieur, toujours optimiste, qui rendant compte à la Convention de la situation de Paris, des mouvements qui l'agitaient, des groupes nombreux qui entou- raient la salle, se crut fondé, dans un aveuglement étrange, à affirmer que la représentation nationale n'avait absolument rien à craindre; le maire de Paris, de son côté, abonda dans le même sens et assura que les diffé- rents rassemblements qui se trouvaient autour de la salle n'étaient composés que de commissaires des 48 sections, s'occupant des pétitions relatives aux arrestations ordonnées par la Commission des Douze.

Pache avait dit vrai en annonçant que plusieurs sections étaient venues pour protester contre les agissements do la Commission des Douze; celle de la Croix-Rouge, porte-parole de beaucoup d'autres, réclama l'élargissement d'Hébert et de tous les patriotes incarcérés, ainsi que la cassation de la Commission des Douze, qui, à peine formée, n'avait dirigé ses coups que contre les véritables amis de la Liberté, protestant en particulier contre l'arrestation du président et du secrétaire d'une section, coupables seulement d'avoir signé les procès-verbaux de leurs délibéra- tions, et rappela que la Déclaration des Droils de l'Homme consacrait lo droit de tous les citoyens de résister par la force à toute arroslaliou nocturne. La section des Gravilliers dans son adresse à la Convention ne lui ménagea pas les reproches. Depuis 8 mois, disait-elle, la Convention donne à l'Europe étonnée le spectacle de la division, des passions les plus honteuses; et elle conjurait les députés de la Montagne de sauver la patrie, les qualifiant de lâches et de traîtres, s'ils le pouvaient el ne le vou- lussent pas, et déclarant que, s'ils le voulaient sans le pouvoir, 100,000 bras étaient armés pour leur défense. Sous cette pression des sections, la Convention, présidée par Hérault de Séchelles, rendit un décret ordonnant la mise en liberté immédiate des citoyens incarcérés par la Commission des Douze, supprimant cette Commission et chargeant le Comité de sûreté générale d'examiner la conduite des membres qui la composaient. Dans cette môme soirée du 27 mai, parvint au président de la Convention une lettre de la Commission, voulant parer le coup qui la meuiiçait, elle déclarait que, tandis qu'elle s'occupait de la sûreté de la Convention et de Paris, on la calomniait, on cherchait à la dissoudre, et elle demandait que la Convention ne prononçât rien avant d'avoir entendu son rapport, ajoutant qu'on projetait de l'attaquer au lieu de ses séances, mais que ses papiers étaient en sûreté, que la Convention pouvait la casser, mais qu'elle n'avait rien à se reprocher envers la patrie.

INTRODUCTION Iv

Cet important rapport, que Rabaut de Saint-Etienne devait lire à la Convention, est resté dans les papiers de la Commission. Elle expo- sait qu'elle s'était assurée de l'existence d'un grand complot pour dis- soudre la Convention nationale et que son attention s'était portée sur des écrits distribués journellement à Paris en vue d'égarer le peuple et de l'exciter à la violence; que, parmi ces écrits, il en était un plus répandu que les autres, dont le style familier, indécent et bas, avait des attraits pour un certain nombre de lecteurs, la feuille du Pne Ducltesne, dont le substitut du procureur de la Commune passait publiquement pour être l'auteur, qu'après examen de quelques numéros, la Commission avait cru devoir décerner un mandat d'amener contre le citoyen Hébert, qui avait reconnu les faits, mais n'avait donné que des justifications insuffisantes; elle observait qu'il était impossible de ne pas trouver matière à suspicion, quand on voyait un magistrat du peuple désigner à la vengeance popu- laire une classe de députés, signalés sous un nom inventé par la pros- cription, et déclarait enfin qu'elle avait cru devoir maintenir l'arrestation d'Hébert, laquelle lui semblait ou ne peut plus motivée, alors qu'on pouvait compter par centaines les arrestations ordonnées par le Comité de sûreté générale et par milliers celles commandées par les commissaires de la Convention dans les départements.

Comme l'on sait, le décret supprimant la Commission des Douze avait été rendu très avant dans la soirée du 27 par une centaine de députés à peine, confondus avec une masse de pétitionnaires; aussi, le lendemain, Lanjuinais fit remarquer que le décret rendu dans de semblables conditions devait être considéré comme nul. L'Assemblée décida de voter par appel nominal sur la question de savoir si le décret de suppression serait rapporté ou non. Une majorité de 279 voix se prononça pour le retrait du décret. Pendant que l'existence même de la Commission était mise en discussion, elle restait dans l'expectative et décidait de surseoir aux pour- suites entamées contre un particulier suspect, arrêté par la section du Finistèire pour avoir proposé la dissolution de la Convention ; mais ayant appris à 7 heures du soir qu'elle venait d'être prorogée par décret de la Convention, elle reprit l'instruction commencée et se fit amener à minuit et demi l'individu en question à l'elfet de procéder à son interrogatoire, au cours duquel par une empbase un peu dérisoire, elle se vit qualifiée par ce suspect de fameux comité révolutionnaire .

Tout en rétablissant la Commission des Douze, la Convention ordonna la mise en liberté immédiate des citoyens emprisonnés par ordre de cette Commission, ce qui eut lieu le soir même ; l'élargissement des prisonniers produisit la plus vive sensation : on les revit, disent les rapports de police,

Ivj INTRODUCTION

avec reiilhousiasmo qu'excite dans l'âme du patriote le triomphe de l'opprimé. Le premier acte d'Hébert rendu à la liberté fut de se présenter à la séance du Conseil général de la Commune, il fut accueilli par de chaleureux applaudissements et reçut les embrassements de ses collègues et de tous les présents ; Chaumette lui remit au nom des patriotes une couronne qu'Hébert plaça sur le buste de Brutus, attendu, disait-il, que les vivants n'avaient droit- qu'à des encouragements. Varlet rentra triom- phalement dans sa section, celle des Droits de l'Homme, suivi d'une femme portant une branche de chêne que l'assemblée fit déposer à côté du buste de Le Peletier.

Chaumette proposa et le Conseil général de la Commune adopta une adresse à l'effet d'exiger un sérieux examen de la conduite de la Commission des Douze, pour déférer ses membres aux tribunaux, voire même au Tribu- nal révolutionnaire. Comme l'on voit, la Commune de Paris, tout en ayant obtenu satisfaction' dans une certaine mesure, ne désarmait point à l'égard de la Commission des Douze, pas plus d'ailleurs que la plupart des sections; celle des Arcis présenta le même jour au Conseil général de la Commune, puis à la Convention imc adresse aux termes de laquelle, après avoir demandé l'explication de ces paroles menaçantes (prononcées le 25 mai par le président Isnard) : On cherchera sur quelles rives de la Semé Paris existait, elle décla- rait que le peuple de Paris n'entendait pas avoir abattu un despote, le dictateur Lafayelto, pour en accepter douze autres, des hommes perdus dans l'esprit public, mandataires infidèles qui ne possédaient plus sa confiance, adjurant les patriotes de la Convention de condamner les grands coupables qui siégeaient parmi eux. La section de l'Unilé exhorta pareillement la Convention à décréter d'accusation la Commission des Douze et à la livrer aux jurés des 86 départements. Celle de laCité, en présence des arrestations arbitraires des patriotes qui se multipliaient depuis quelque temps, se déclara en permanence et invita les autres sections à se réunir frater- nellement dans son sein, le 29 mai, à 4 heures, pour délibérer en commun sur les moyens propres à faire triompher le patriotisme, la liberté et l'égalité ; son arrêté fut communiqué à la fois aux 47 sections et au Club central assemblé à l'Evêché. C'est à ce moment, selon toute apparence, que furent jetées les bases de la Commission révolutionnaire qui allait fonctionner au grand jour, telles qu'elles figurent dans un projet d'orga- nisation très étudié, faisant partie des papiers du Comité central révolu- tionnaire.

Malgré les attaques violentes dont la Commission des Douze était l'objet et quoiqu'elle sentit bien que ses heures étaient comptées, elle continuait à tenir ses séances et à remplir la mission qui lui avait été confiée par la

INTRODUCTION Ivij

Convention; le 30 mai, elle convoqua d'urgence le ministre de l'intérieur, invita le maire de Paris à prendre les mesures nécessaires pour empêcher l'effet des motions incendiaires présentées à l'Assemblée de l'Evêché, et fit connaître au président de la Convention les déclarations verbales qu'elle avait reçues sur ce qui s'était passé à la section de la Cité, présidée par Maillard, fort avant dans la nuit avaient été discutées diverses motions contre la tranquillité publique et la sûreté de la Convention nationale.

Le dernier acte d'autorité de la Commission des Douze, signalé immé- diatement par Bourdon de l'Oise, fut l'envoi d'une réquisition militaire au commandant du poste de la Convention, afin de placer à l'hôtel de Breteuil, elle tenait ses séances, une force suffisante pour sauvegarder ses papiers.

Lors de la séance qu'il tint dans la matinée du 31 mai, le Comité de salut public proposa un peu tardivement de décréter que la Commission des Douze serait entendue, qu'elle rendrait compte des arrêtés pris par elle, des mandats d'arrêt et d'amener qu'elle avait décernés, ainsi que de ses réquisitions directes de la force armée. A l'heure cette délibération était prise, la parole était au peuple souverain, la Convention était obligée de s'incliner devant sa volonté et de décréter la suppression pure et simple de la Commission des Douze, ainsi que le dépôt de ses actes et papiers au Comité de salut public.

Dans les derniers jours de mai, les événements se précipitaient et prenaient une tournure de plus en plus menaçante; lorsque fut rapporté le décret qui supprima une première fois la Commission des Douze, Ton entendit tenir publiquement des propos qui dénotaient une profonde irri- tation : Les demi-mesures, disait-on dans les groupes, ont toujours perdu le peuple, on n'a que trop épargné le sang; la journée du 10 août reste encore à faire ; il faut une bonne fois que tout cela finisse et que les nouveaux tyrans et leurs satellites tombent une seconde fois sous le fer du peuple, la moitié de Paris périra, s'il le faut, pour sauver l'autre et le reste de la République. L'un des observateurs de Garât (Latour-Lamon- tagne) proclamait que « tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait, semblait présager un mouvement très prochain, dont les suites seraient incalculables; il régnait, ajoutait-il, un mécontentement général qui annonçait une explosion terrible...; il n'est pas douteux que les partis sont sur le point d'en venir aux mains et d'ensanglanter le sol de la liberté ». Pour parer le coup, le Conseil général du Département prit, le 29 mai, dans la salle des Jacobins, l'initiative de convoquer pour le vendredi 31 mai, à 9 heures du matin, toutes les autorités constituées du Déparlement et les sections de Paris, pour délibérer

Iviij

INTRODUCTION

sur les mesures de salut public qu'il convenait tic prendre à rofl'el de défendre la liberté et l'égalité fortement menacées et sur les moyens à employer afin de repousser les calomnies répandues contre les citoyens de Paris et détruire le complot évidemment formé de perdre la ville de Paris en lui aliénant tous les départements, et il invita en conséquence les sections do Paris à nommer chacune deux commissaires. La Commune de Paris, dans sa séance du 30 mai, s'associa à celle démonstration en adressant de son côté la même invitation aux sections; néanmoins, par ignorance feinte ou réelle de ce qui se passait, le procureur de la Commune ayant annoncé qu'il y avait une assemblée qui se tenait à l'Evéché et qui paraissait donner lieu à des bruits inquiétants, le Conseil nomma quatre commissaires pour s'y transporter et s'informer des opérations de cette assemblée. Le Maire, qui s'était rendu en personne h l'Évêché pour se rendre compte de la situation, ne larda pas à élre édifié : il revint en disant qu'il s'était fait représenter les arrêtés de celte assemblée, desquels il résultait que les citoyens réunis, malgré toutes ses observations, s'étaient mis en insurrection. KITectivement l'Assemblée générale révolutionnaire, après avoir procédé à la vérification des pouvoirs illimités donnés par 33 sections à leurs commissaires pour sauver la chose publique, avait arrêté tout d'abord que la ville de Paris se déclarait en état d'insurrection contre la faction aristocratique et oppressive de la liberté, et décidé, comme première mesure révolutionnaire et de sûreté publique, que les barrières de Paris seraient fermées à l'instant, et qu'à cet effet les hommes du 14 juillet et du 10 août se mettraient eux-mêmes en état de réquisition; de plus, que l'Assemblée générale révolutionnaire pour les mesures do saint public siégerait en permanence dans une salle de l'Evêché, enfin que les commissaires s'étaient juré aide et assistance mutuelle contre les actes arbitraires, tyranniques et attenlaloires à la liberté individuelle. Cet arrêté fut notifié séance tenante par une députation au Conseil général de la Commune, qui fit une dernière tentative d'apaisement et ordonna d'afficher dans toutes les sections une pz'oclamation il rappelait la con- vocation des autorités constituée* aux Jacobins et déclarait que toute mesure qui devancerait celles qui devaient êlre prises dans celte assem- blée pourrait devenir funeste. C'était peine perdue, le groupement révo- lutionnaire était définitivement formé et devait bientôt affirmer son activité. Il nous semble intéressant de montrer d'après un document d'une authenticité incontestable, resté dans les papiers de l'un de ceux qui jouèrent un rôle décisif dans les journées des 31 mai, 1 et 2 juin, comment procéda l'Assemblée de l'Évêché pour constituer le Comité central révolu- tionnaire qui allait diriger les événements, et de quels éléments se trouva

INTRODUCTION Hx

composé ce Comilé(l). Ce fut dans la nuit du30 au31 mai que prit naissance un premier Comité, dit le Comité des neuf, composé de Varlel (section des Droits-de-l'IIomme), de Gusman (section des Piques), de Bonhommet (section de Bou-Conseil), de Simon et de Wendling (que l'on appelle Van- glain) (section de la Halle-au-Blé), de Mithois (section de l'Unilé), de Laurent (section de Marseille), de Dobsen (section de la Cité), de Four- nerot (section des Quinze- Vingl s), auxquels furent adjoints Clémence (section de Bon-Conseil) et Leboursiur (section de la Réunion) (celui-ci ne figure plus sur la liste définitive). A ce Comité de la première heure fut adjoint un second Comité dont les membres reçurent leur mandat, le 31 mai, à 4 heures aux Jacobins, des autorités constituées du Départe- ment, ainsi que dos commissaires des i8 sections et des communes de tout le Département, investis de pouvoirs illimités. Ce furent Clémence (section de Bon-Conseil), Loys et Soguy (section de la Butte-des-Moulins), Dunouy (section des Sans-Culottes), Bouin (section des Marchés), Laugier (section de la Fonlaine-de-GrenelIe), Marchand (section du Mont-Blanc), Bezol (canton d'Issy), Rousselin (section de l'Unité), Crespin (section des Gravilliors), Auvray, commandant du bataillon de la section du Mont- Blanc, Moessard (section du Mail). Ces indications sont absolument con- formes à celles que donne l'arrêté pris par l'assemblée des autorités constituées du Département et des commissaires dos 48 sections, sauf que cet arrêté omet le nom de Loys. A ces noms le Conseil général de la Commune crut devoir ajouter ceux de Hassenfratz, de la section du Fau- bourg-Montmartre, de Damour, Caillieux, Marino et Perdry, adjonction, qui, comme le fait observer Clémence à la fin de son tableau, n'avait pas le sens commun par rapport aux circonstances.

Suivant un témoignage rapporté par Taino, mais qui ne mérite pas d'être pris au sérieux, sept étrangers, sept agents du dehors, Desfieux, Proly, Pereyra, Dubuisson, Gusman, les deux frères Frey furent par la Commune érigés en Comité d'insurrection. Aucim de ces noms, à part celui de l'espagnol Gusman, ne figure parmi ceux des membx-es du Comité central révolutionnaire.

On possède dans les papiers du Comité central révolutionnaire une liste oflicielle des membres de ce Comité au nombre de 2."), signée de Marquel, président, et de Tombe, fils aîné, secrétaire-greffier, et accompa- gnée de cette mention en marge: « Bon pour uOO affiches, dont 100 pour le

(1) Noie conservée dans le dossier de Clémence (F'' 4649) sous l'intitulé ; Comité central révolutionnaire du département do Paris, composé du Comité des Neuf, assemblé à l'Evéclié dans la nuit du 30 au 31, et des membres ensuite nommés le lendemain aux Jacobins par les autorité» constituées du Département en entier.

Ix INTRODUCTION

Comité » ; cette liste donne, en regard des noms des commissaires, ceux des sections qui les avaient envoyés.

A part les noms de Varlet, Dobsen et Rousselin que nous avons déjà rencontrés dans des manifestations révolutionnaires, on n'y trouve aucun nom connu : on ne peut guère signaler que ceux de Baudrais, Caillieux, Dunouy, Duroure, Seguy et Simon, membres du Conseil général de la Commune, et celui de Hassenfratz ; par contre on n'y voit point les noms des agitateurs qui avaient fait parler d'eux lors des événements de février et mars, tels que Desfieux et Fournier.

Voici le tableau complet des membres du Comité central révolution- naire, avec l'indication des sections auxquelles ils appartenaient, qui fut probablement imprimé et placardé lors du 31 mai. Nous avons joint à chaque nom une notice biographique qui a été établie à l'aide des dos- siers existant aux Archives nationales.

LISTE DES MEMBRES

composant le Comité central révolutionnaire du Département de Paris.

Marquet Bonne-Nouvelle.

Marquet (Jacques) aliàs Charles, âgé de 30 ans, fils d'un entrepreneur de bâtiments de Monlfort-Ie-Brutus, imprimeur de son métier, était l'associé d"Hébert, qui faisait partie comme lui des électeurs de la section Bonne-Nouvelle; il fut dénoncé au mois de venlose an II par le Comité révolutionnaire de sa section, comme collaborateur d'Hé- bert, et, à la date du 27 ventôse le Comité de sûreté générale ordonna son arrestation et son envoi à la Force; mais il fut établi que Marquet n'avait pris aucune part à la rédaction, mais participé seulement à l'impression du Père Buchesnc ; et, le 22 thermidor, le Comité de sûreté générale rapporta son arrêté, qui d'ailleurs ne fut jamais mis à exécution, Marquet ayant quitté le {"'juillet 17931a section Bonne-Nouvelle pour habiter celle du Luxembourg. Le 21 fructidor an III, Marquet demanda au Comité de sûreté générale l'annulation de l'arrêté pris contre lui par le Comité révolutionnaire de son ancienne section, ce qui lui fut accordé le 2o. (Dossier Marquet, F' 4774".)

Wendllng Ilalle-au-Blé.

Wendling n'est connu que comme membre du Comité révolutionnaire de sa section.

Varlet ; Droits-de-lIIomme.

■Varlet (Jean), employé aux Postes, devint très rapidement suspect. Dès le mois de septembre 1793, le Comité de sûreté générale ordonna son arrestation et la mise sous scellés de ses papiers, opération qui fut faite le 19 septembre ; on y trouva des écrits émanant de lui respirant le patriotisme le plus pur, entr' autres : 1' Un Uecueil de réflexions patriotiques ; des Mesures suprêmes de salut public proposées aux citoyens du DéiMrtement de Paris le 31 mai, contenant un supplément au 10 août et parmi les- quelles figure V établissement d'un Comité d'insurrection ; extrait d'un arrêté du Club

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LISTE DES MEMBRES DU COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE

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INTRODUCTION

1^

des Cordeliers, du 25 mai, relativement à l'arrestation faite dans la nuit du 24 des citoyens Hébert et Varlel, apôtres de la Liberté,pour avoir émis librement leurs opinions dans leurs discours et dans leurs écrits; quatre extraits des registres de l'Assemblée élec- torale, en date du 13 mai, contenant mention de la satisl'action avec laquelle elle a entendu la lecture d'un projet de Déclaration des Droils-de-l'Homme, de la composition de Varlet ; discours prononcé à la tribune du Jardin National, lors duquel il s'est déclaré accusateur d'une faction dans la Convention nationale, dont Brissot et Roland étaient les chefs. Le 22 brumaire, le Conseil général de la Commune, informé que le patriote Varlet était toujours prisonnier, délégua Hébert et Bernard pour solliciter sa mise en liberté. Le Comité révolutionnaire de la section des Droits-de-l'Homme, après enquête, déclara qu'il reconnaissait Varlet pour un vrai républicain, qui d'ailleurs jouissait d'une certaine aisance, puisqu'il possédait un revenu de 5,800 livres, tant de son bien que de son emploi aux Postes, et insista pour sa mise en liberté, que le Comité de sûreté générale accordale 24 brumaire. Le 13 fructidor an II, Varlet fut dénoncé pour avoir manifesté des sentiments hostiles au gouvernement révolutionnaire, notam- ment pour avoir dit au sujet des conventionnels dénoncés par Lecointre, qu'ils étaient tous coupables, « ayant bu à la même coupe que Robespierre»; par arrêté du Comité de sûreté générale du 19 fructidor, il fut incarcéré au Plessis. Le 20 ventôse an III, Varlet, toujours au Plessis, dans une pétition aux mandataires du peuple, invoqua comme titre d'avoir été appelé par les pouvoirs illimités du peuple souverain au Comité d'insurrection du 31 mai, demanda à être jugé et à être conduit à la mort, déclarant « qu'il ne la bravait pas, ne l'affrontait pas, mais ne la craignait pas ». Le 4 Uoréal, Varlet, pour réponse à sa requête, fut transféré à la Force, d'où il adressa à la Con- vention nationale un mémoire justificatif, puis envoyé à la Conciergerie; le 23 prairial, le Comité de sûreté générale décida son envoi avec d'autres agitateurs aux cabanons de Bicêtre, jusqu'à ce que la police eût trouvé des maisons d'arrêt ils pussent être conduits et gardés en sûreté. Il dut être relâché en brumaire an IV, car par arrêté du 13, le Comité de sûreté générale ordonna la restitution de ses papiers. (Dossier Varlet, F' 4775*».)

BoNHOMMET Bon Conseil.

Bonhoinmet (Louis-François), âgé de 37 ans, à Etarapes, marchand de jouets d'enfants, rue Saint-Denis, l'un des électeurs de la section de Bon-Conseil, fut membre de la Commune du 10 août, démissionna à la fin d'octobre, fut envoyé en mission à l'armée du Nord par le Comité de salut public, et resta 25 jours à Péronne; il passait pour être « l'un des fameux agitateurs de la section Bon-Conseil », sujet d'épouvante pour les honnêtes gens, et pour l'auteur de beaucoup de coquineries. Mis en état d'arrestation le 8 frimaire an II, il fut interrogé par les administrateurs de Police au sujet de ses relations avec Destieux, Proly et Pereyra, et des complots liberticides que ceux-ci auraient tramés, mais fut relâché, la perquisition dans ses papiers n'ayant rien fait trouver de suspect. II subit un nouvel interrogatoire au Comité de sûrelé générale au sujet de Loys, de la section de la Butte-des-Moulins, son collègue au Comité central révolutionnaire. (Dossier Bonhomraet, F' 4607.)

i)' Génois Amis de la Patrie.

Génois, après avoir fait partie du Comité central révolutionnaire, devint l'un des membres du Comité de salut public du Département. A la suite des événements de prairial, il fut chassé de sa section et incarcéré en vertu d'un mandat d'arrêt du l"' prairial ; il sollicita sa mise en liberté au Comité de sûreté générale, qui fit droit à sa requête le 23 fructidor an III. (Dossier Génois, F' 4721.)

Ixij INTRODUCTION

6' LoYs Biillo-des-MouIiiis.

Loys (Jeni)-Baplisle), àtfé de 36 ans, à Arles, demeurant rue Française, section de Bon-Conseil, était l'ami intime de Clémence el de Marchand, comme le montre une lettre qu'ils lui écrivirent le 22 thermidor, de Salnlc-l'élugio, ils étaient détenus. Il s'était mià dans le commerce, peu après son mariage, et devait s'installer à Fontai- nebleau. Le 3 vendémiaire an III, les représentants Rovère, Le Blanc (de Serval) et Fréron le dénoncèrent au Comité de sûreté générale pour avoir proposé à Fréron, lorsque celui-ci se trouvait à .Marseille, le massacre des détenus dans les prisons, sous prétexte de remédier aux lenteurs de la justice, pour avoir organisé l'insurrection projetée à Marseille et dénoncée à la Convention par Jeanbon Saint-André, Auguis et Serre, pour n'être qu'un intrigant couvert du masque du patriotisme, pour avoir dénoncé son frère, maire d'Arles, aux Jacobins, comme aristocrate et avoir protégé sa fuite et son émigration par une escorte de dragons de Lorraine, pour avoir également favorisé l'émi- gration d'un autre de ses frères, qui fut pris, lors de la rébellion de Lyon, les armes à la main en combattant sous les ordres de Précy el exécuté; les représentants demandèrent son arrestation immédiate : le 3 vendémiaire, Loys fut amené au Comité de sûreté générale, il subit un interrogatoire au sujet des faits qui lui étaient imputés et de son rôle dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Le 1"' brumaire, de sa prison, Loys adressa sa justification au Comité do sûreté générale ; il nia toute participation aux troubles de Marseille et déclara que depuis plus de 0 mois il s'était montré l'ennemi de l'infftme Robespierre, que, le 8 thermidor, il se cramponna ù la tribune des Jacobins où, pendant deux heures, alin de démasquer le tyran, il cria : « A bas les esclaves de llobespierrc ! A bus k tyran Robespierre ! », le dénonçantcomme le plus vil des scélérats, et que, le soir du V) thermidor, il se rendit à la Convention où, au nom de la section de Bon- Conseil, il protesta d'un dévouement absolu à ses ordres. La section de Bon-Conseil attesta le G vendémiaire que Loys était un bon républicain et un bon patriote el demanda sa mise en liberté (l'un des signataires de celte attestation est son ancien coUèguo Bonhommet). La veille, la Société des Jacobins, dont Loys était le secrétaire, désigna 3 commissaires chargés de réclamer l'élargissement du républicain Loys, que la Société comptait au nombre des vrais défenseurs de la Liberté et de l'Egalité et qui, le premier, s'était élevé contre la tyrannie de Robespierre. A ce moment, Loys était gravement malade, depuis \X> mois, d'un flux de sang qui avait déterminé une (lèvre lente et un amaigrissement extrême, comme le constatèrent les officiers de santé des prisons Hufin et Markowski, par leur certificat du 16 vendémiaire ; le 18, le Comité de sûreté générale ordonna de le transférer dans un hospice. Le 2 brumaire, le même Comité ordonna sa mise en liberté immédiate (Dossier Loys, F'' 47742**).

Simon '. . . . Ilallo-au-Blé.

Simon, peintre et doreur, rue du Bouloi, 54, qu'il ne faut pas confondre avec le cordonnier Simon, membre du Comité révolutionnaire de la section de la Halle au Blé, du 30 avril au 2o juillet 1793, fut deux fois mis en état d'arrestation; la première fois, il fut incarcéré à la Force et relâché le 14 lloréal, arrêté de nouveau le 5 prairial, sur dénonciation de sa section; on le qualifie d' « agent de Robespierre, de membre du Comité central de l'Evêché, qui a organisé la cruelle journée du 3t mai, de provocateur de la pétition pour demander la tête de 22 députés, de commissaire aux accaparements, en un mot d'être dangereux dans la société par la mauvaise organisation de son cerveau et de son caractère. » Simon, de la prison de la Bourbe il était détenu, répondit aux inculpations dont il était l'objet, protesta de son innocence et déclara que, six mois avant la mort de Robespierre, il avait montré son horreur pour le sys- tème de la Terreur el Robespierre. Il réussit à intéresser à jîon sort Bnissy d'Anglns,

INTRODUCTION Ixiij

qui attesta sa bonne conduite et la sûreté de ses principes », tandis qu'au conlniire le Comité de surveillance de sa section al'lirraait, le 23 prairial, qu'il avait tenu forte- ment au régime de la Terreur et, estimait que si on lui rendait la liberté, il devait rester désarmé. I,e 9 messidor, le Comité de sûreté générale, ayant égard à la recom- mandation de Boissy d'Anglas, ordonna sa mise en liberté provisoire. (Dossier Simon, F' 4775".)

MiTois Uuilé.

Mithois doit être le réd.irleiir du Tclétjmphc polUiqw: oa Journal dca fondateurs de la République, qui parut du 14 vendémiaire au 18 brumaire an III; lors des événements de prairial, il habitait le faubourg Saint-Antoine et il fut recherché par la Commission milllaire établie en vertu de la loi du 4 prairial. (Dossier Mithois, F'' 4774".)

Hassknfbatz . , Fauboiirg-Monlmurtre.

Jean-Henri Hassenfrat/., ingénieur des mines, chef de bureau à la Guerre, s'était déjà signalé par la part qu'il prit à la journée du 10 août; membre du Conseil général de la Commune, il ne semble pas avoir joué au Comité central révolutionnaire le rôle ])répondéranl qu'on lui prête dans certains articles biographiques et en tout cas n'occupa nullement le poste de président le 31 mai. Après le 9 thermidor, llassenfratz fut dénoncé dès le 10 thermidor par les représentants Cussetet Honin, pour avoir abandonné son poste, lors de celle journée, avoir proposé de rester en communication avec la Commune, et fait incarcérer des citoyens de la section du Faubourg-Monlrnarlre sous la Terreur; mandé le 17 thermidor au Comité de sôreté générale, il protesta énergiquement dans une lettre du 23 thermidor, adressée au Comité de salut public, oi'i il déclara que lorsque des individus lui avaient paru suspects de complots contre la liberté, de friponnerie ou d'intrigues, il les avait attaqués publiquement, soit à la tribune de sa section, soil à. celles des sociétés populaires; il adressa également un mémoire justificatif au Comité de sûreté générale, il répondit aux quatre chefs d'accusation produits contre lui. Comme l'on sait,Hassenfratz pritpartaux mouvemenls insurrectionnelsdu 12 germinal et du 1" prairial, et fut renvoyé le 5 prairial par devant le tribunal criminel d'iiure- el-Loir; décrété d'accusation, il fut obligé de se réfugier à Sedan. (Dossier Hassen- fratz, FT 4739.)

10° DoBSENT , . * Cité.

Dobsen (Claude-Enimunuelj, âgé du 'M ans, à Noyon le 23 décembre 1743, domicilié Parvis Notre-Dame, était on 1789 avocat au Parlement; il fut nommé suppléant du tiers-Etat du bailliage de Sézanne, mais ne siégea point, devint directeur du jury d'accusation du Tribunal du 17 août, fut nommé commissaire national près le Tribunal du VI" arrondissement le 13 mai 1793, ensuite jjige au Tribunal révolutionnaire le 20 septembre suivant et resta en fonctions jusqu'au 22 prairial, puis fut nommé président du même Tribunal à la date du 23 thermidor. Il fut incarcéré à la Force, le Comité de sûreté générale ordonna, le 26 fructidor, de le mettre en liberté. (Dossier Dobsen, FT 4678.)

11° Telle-Clémen'ck Bon-Conseil.

Tell-Clémence (Jean-Baptiste-Henri), connu surtout sous le nom de Clémence, devint en juin 1793 membre du Comité de salut public du Département de Paris et fut envoyé par le Comité de salut public le 21 septembre suivant avec son collègue Marchand dans la commune de Jagny, près de Luzarchee, pour dissiper les rassemblements contre-ré-

Ixiv INTRODUCTION

volulionnaires; il remplit également des missions à Luzarches elàMarly; le 6 brumaire an II, Destournelles, ministre des Contributions publiques, lié d'amitié avec Clémence « son camarade, comme soldat du 14 juillet, acteur du 10 août et du 31 mai, comme Jacobin constant dès l'origine de la Société, en un mot à toutes les belles époques de la Révolution », lui offrit la place de commissaire de la Comptabililé, et le 14 brumaire, lui annonça sa nomination par le Conseil exécutif: sa lettre est adressée à Tell-Clé- mence, adjudant-major de l'armée révolutionnaire. Un décret de la Convention, du 15 thermidor an II, ordonna l'arrestation de Clémence et Marchand, ci- devant agents du Comité de salut public dans les districts de Gonesse, de Senlis et centres voisins, qui avaient été dénoncés par les représentants Delacroix et Musset ; ils furent tous deux incarcérés à Sainte- Pélagie ; de nombreux certificats déclarèrent que Clémence s'était comporté en bon républicain, en vrai Jacobin, en intrépide sans-culolte. Comme leur patriotisme fut également attesté à la Convention, celle-ci rapporta son décret du 15 thermidor et ordonna la mise en liberté de Clémence et Marchand; mais le citoyen Goureau, défenseur officieux, ayant protesté contre cette mesure et énuméré les chefs d'accusation produits contre eux, notamment d'avoir jeté le trouble dans le district de Gonesse, d'avoir commis des dilapidations, pris l'argeaterie des églises, d'avoir été les complices avérés des Ronsin et des Vincent à la tète de l'armée révolutionnaire, la Conven- tion revint le 12 vendémiaire an III sur sa décision et ordonna de nouveau leur mise en état d'arrestation ; le 24 nivôse, Clémence fut transféré au château de Ham. Un décret du 5 prairial ordonna de traduire Clémence et Marchand avec Pache, Audouin et Bouchotte, devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir, pour y être jugés ; par une lettre du 3 vendémiaire an IV, lue ù la Convention le 7, l'accusateur public de ce tribunal rendit compte du procès en question. (Dossier Clémence, F" 4649.)

12° DuNOUY Sans-Culottes.

Dunouy aîné (Jean-Honoré), ingénieur, quai Saint-Bernard, 174, officier municipal, qu'il ne faut pas confondre avec André-Henri Dunouy, jeune, quincailler, membre du Conseil général de la Commune.

13° AuvRAY Mont-Blanc.

Auvray (Jean-Baptiste-Benoil), âgé de 46 ans (en l'an III), demeurant rue de Provence depuis 9 ans ; avant la Révolution, huissier audiencier du bailliage de Montmartre, puis de la commune du même nom, devint huissier du Tribunal révolu- tionnaire, membre de la Commune du 10 août et du Comité révolutionnaire de la section du Mont-Blanc jusqu'au G octobre 1793, commandant en chef de la section armée du Mont-Blanc, poste qu'il conserva pendant deux ans et demi. Dénoncé par sa section comme membre du Comité d'insurrection du 31 mai et comme terroriste, se faisant honneur de conduire à l'échafaud les riches et les modérés, il fut arrêté en même temps que Marchand, qui était signalé comme l'orateur de la tyrannie, la tête qui prenait les résolutions, tandis qu'Auvray n'était que son sbire, le bras qui les exécutait. Les renseignements recueillis sur son compte le représentent comme « un homme exaspéré, chaud à l'excès et jacobin outré ». Auvray fut incarcéré au Plessis, le 13germinal,et subit un interrogatoire, le 22, par devant le Comité de sûreté générale ; il était encore détenu le 21 vendémiaire an IV. (Dossier Auvray, F^ 4583.)

14° Seguy Bulle-des-Moulins.

Seguy (Jean-Michel), médecin, habitant rue Helvétius, 577, membre du Conseil général de la Commune, fut chargé par l'Assemblée électorale de rechercher les causes de la mort de Lazowski. Sous le coup d'un mandat d'arrêt, le 5 prairial, ayant appris

INTRODUCTION Ixv

qu'on était venu le chercher pendant qu'il visitait des malades, il se rendit de lui-même à la prison de la Bourbe; le 24 prairial, il protesta contre son arrestation confime lerrorisle, comme membre de la Commune rebelle et contre son affichage par sa section à titre de « partisan de la tyrannie des scélérats »; il rappela que le 10 août il avait insisté pour que deux prisonniers faits aux Tuileries ne fussent pas conduits à la Ville, de peur qu'ils ne fussent massacrés en chemin ; qu'il donna sa démission de la Com- mune le 28 août, prévoyant les excès auxquels le peuple allait se livrej-; qu'il habitait Paris depuis 2S ans; il protesta également contre les infâmes épithètes qui lui avaient été prodiguées dans une afRclie difl'amatoire. Pendant sa détention, nombre de per- sonnes attestèrent son humanité, son caractère généreux et compatissant, notamment M™« Stanhope (Louise Grenville), qui dans une lettre adressée le 21 prairial au Comité de sûreté générale, déclara que son enfant avait été à deux doigls de la mort et avait été sauvé par Seguy. (Dossier Seguy, F' 4775*".)

15° Loyer (Laugier) Fontuine-de-Grenelle.

Laugier (Balthazar-Marie), juge de paix, âgé de 30 ans, rue de Grenelle, avait été secrétaire particulier avant la Révolution, puis secrétaire-greffier du commissaire de police ; ensuite il devint employé de la Commission des subsistances et agent de la Commission d'agriculture et des arts. Le 20 pluviôse an lll, la section de la t'ontaine de Grenelle décida que les noms des 16 membres du Comité révolutionnaire, qui s'étaient signalés par leur mépris pour les droits du peuple et par l'insolence de leur domination, seraient écrits en lettres rouges sur un tableau. Laugier était du nombre. Le o prairial, un mandat d'arrêt fut décerné contre lui. On lui reprocha son jacobinisme au 9 thermi- dor; néanmoins le représentant Monmayou attesta, le 4 Iructidor an III, qu'il était venu au secours de la Conven!ion dans la nuit du 9 thermidor, et que lui Monmayou l'avait touj )urs connu pour un patriote pur, instruit et désintéressé. A la même date la Commission d'agriculture et des arts certifia que les principes et la conduite de Laugier, son agent, avaient toujours été en opposition avec l'atïreux système de terreur qui avait si longtemps pesé sur la France. (Dossier Laugier, F'' 4765.)

16" Bezot Canton d'Ivry.

Bezot (Pierre-Joseph), entrepreneur à Issy, âgé de 42 ans, l'un des électeurs du canton d'Issy, fut élu administrateur du Département de Paris, le 8 janvier 1793.

17° Marchand .Mont-Blanc.

Marchand (Guillaume-Simon), âgé de 26 ans, demeurant rue du Faubourg Mont- martre, n" 40, prit part à la prise de la Bastille et le 10 août, appuyé sur des béquilles, marcha contre le tyran, il devint juge au Tribunal du 1"'' arrondissement. .Ainsi que Clémence, l'un des agents du Comité de salut public, il fut chargé de diverses missions, notamment pour l'approvisionnement de la place de Maubeuge et de la ville de Paris il fit entrer plus de iiO.OOO sacs de farine. Dénoncé comme conspirateur en vendé- miaire et nivôse an II par le district de Gonesse, il fut décrété d'arrestation en même temps que Clémence; il présenta sa justification le 13 thermidor, il déclare qu'au 31 mai il était à la tête de l'insurrection du peuple, en qualité de membre du Comité central révolutionnaire, que dans la nuit du 9 au 10 thermidor il fit un rempart de son corps à la Convention nationale. Marchand se plaignit d'être en butte aux vengeances d'un ennemi, le sieur Gourreau, qui avait cherché à séduire sa femme et celle de son collègue Clémence, en leur offrant à chacune 6.000 livres. Il fut de même que Clémence déféré au Tribunal criminel d'Eure-et-Loir, le 17 prairial an IV. Son dossier renferme la nomenclature des pièces déposées au Comité de sûreté générale pour être envoyées à T. IX.

Ixvj INTRODUCTION

ce Tribunal, en vue de son procès; on voit y figurer une lettre de Marchand au président de la Convention, demandant l'autorisation d'assassiner Dumouriez, un discours manuscrit du même relatif à la journée du 31 mai, en quatre feuilles. (Dossier Mar- chand, F' 4774".)

i8" Crkpin Gravilliers.

Crespin (Pierre-Joseph), menuisier ou plutôt entrepreneur de menuiserie, âgé de 30 ans, demeurant depuis 10 ans rue des Gravilliers, 5H, l'un des électeurs de la section de ce nom, fut élu le 1" janvier 1793 membre suppléant du Directoire du Dépar- tement de Paris; arrêté le 8 germinal an III par ordre du Comité de sûrelé générale comme l'un des auteurs du rassemblement illégal du 7 germinal dans la section des Gravilliers, il fut incarcéré au Plessis et transféré à la Force le 4 floréal; cette mesure de rigueur fut prise contre lui, à raison d'une lettre contenant des projets de sédition et de conspiration, qui lui aurait été adressée au Plessis dans du fromage de Gruyère par un sieur Chevalier. Il adressa, le 10 lloréal, sa justification au Comité de sûreté générale, qu'il renouvela le 9 fructidor par lettre au représentant Rovère, il se plaignait de sa captivité qui durait depuis cinq mois. Crespin devint en l'an IV administrateur de la municipalité du IV^ arrondissement. (Dossier Crespin, F' 4637.)

19° RoussKLiN . Unité.

Housselin (Alexandre), demeurant rue Guénégaud, 15, agent de Paré, ministre de l'intérieur, commis au bureau des administrations civiles, police et tribunaux, com- missaire national près la commune deTroyes, chargé de missions par le pouvoir exécutif; était en outre rédacteur de la Feuille du Salut public, subventionnée par le ministère de l'intérieur; il fut arrêté aux Jacobins le 6 prairial an II, sur la motion de Robespierre et de Couthon, comme exécuteur testamentaire de Danton, suivant leurs expressions; traîné au Comité de sûreté générale par Lavalette et Boulanger, écroué à la Force par ordre du Comité de sûreté générale et traduit au Tribunal révolutionnaire, qui l'ac- quitta le 2 thermidor ; fut l'objet, le 21 frimaire an III, d'un nouveau mandat d'arrêt par le même Comité, puis dénoncé à la Convention, les 16 pluviôse et 12 lloréal, par la Société populaire et les habitants deTroyes pour sa férocité et les crimes qu'il avait commis dans l'exercice de ses fonctions de commissaire du pouvoir exécutif, il fut incarcéré à Port-Libre et transféré, le 27 prairial, dans la maison d'arrêt des Quatre-Nations, relâché le 25 messidor en vertu d'arrêté du Comité, attendu, que vu son absence, il ne pouvait être compris sur la liste du Comité révolutionnaire de sa section ; un autre arrêté du 29 messidor ordonna que, nonobstant tout autre arrêté de mise en liberté, il serait appréhendé de nouveau et conduit à la maison du Plessis. (Dossier Rousselin, FT 4775", Tribunal révolutionnaire, W 426, 960.)

20° DuRouRE Marseille.

Duroure (Louis-Henri-Scipion Grimoard-Beauvoir, connu sous le nom de Scipion), âgé de 32 ans, domicilié rue Buffault, avait un enfant naturel de 4 ans, né, selon toute apparence de ses relations avec une tille anglaise à son service, il vivait de son bien et on lui prêtait, d'après la dépense qu'il faisait, de 25 à 30,000 livres de revenus; il fréquentait les jeux et tripots du Palais-Kgalité, Duroure fut nommé membre de la Com- mune le 27 octobre 1792 et officier municipal par la section du Faubourg-Montmartre (c'est à tort qu'on l'inscrit comme appartenant à la section de Marseille), puis asses- seur du juge de paix. Pour faire oublier qu'il appartenait à la easte nobiliaire, il se mit en évidence après le 10 août et pour se faire bien voir, fit des dons patriotiques considérables; il était le trésorier de la Société des Hommes révolutionnaires du

INTRODUCTION Ixvi.j

10 août. Duroure était intimement lié avec Héiiert, ce qui à un moment donné le rendit si\spect; aussi lorsque Hébert fut arrêté, il disparut de son domicile, mais se coiislilua prisonnier à sa section, et fut écroué à Sainl-Lazaro. On lui reprochait son origine noble et ses relations avec Hébert. Dans un mémoire qu'il adressa de Saint- Lazare, le 7 fruclidor an II, il dit qu'étant sujet à des attaques de goutte, marchant avec des béquilles, il était obligé de prendre (réquemment des voitures, qu'il ramenait souvent Hébert et sa femme, à la sortie du Conseil général de la Commune, et (jue c'était un plaisir pour lui de partager sa voilure avec la famille d'un collè4,'ue sans-cu- lotte, peu fortuné, ajoutant que son patriotisme était notoire, (|u'il l'avait prouvé en équipant '.i cavaliers en septembre 1792, en fournissant pour 10 à 12,000 livres d'armes et chevaux, en donnant .">,000 livres en assignats pour la Venclé(^ Du reste, Duroure se lit un litre d'avoir représenté ses concitoyens à la Commune, il s'était trouvé, disait-il, « à la mémorable Journée du 31 mai. Sur la demande du représentant FJndet, le 7 vendémiaire an III, le Comité di' sûreté générale ordonna la mise en liberté de Duroure. (Dossier Duroure, F'' 4696.)

21° Pkrdry

Perdry (Charles- Louis), homme de loi, âgé de 33 ans, demeurant rue Saint- Honoré, cour des Jacobins, plus tard rue Neuve-des-Petits-Champs, électeur de la section de la Butte-des-Moulins, secrétaire de l'Assemblée primaire, membre de la Société des Amis de la Constitution, fut élu, le 13 février 1793, président du Tribunal du 2" arrondissement, remplit de novembre 1792 à juillet 1793 les fondions de membre du Conseil général de la Commune, et fut envoyé, lors de l'affaire Léonard Bourdon, à Orléans en qualité de commissaire du pouvoir exécutif; lors du 31 mai les autorités constituées du Déparlement, réunies à la Commune de Paris, l'adjoignirent au Comité Central révolutionnaire, de son aveu, « dans ces jours mémorables et périlleux, il fut l'un de ceux (jui travaillèrent efficacement ». Destitué de ses fonctions de président du Tribunal du 2'' arrondissement, le 12 messidor an II, par le Comité de salut public et incarcéré au Plessis, très probablement par suite de l'hostilité de Coflinhal et d'IIerman, Perdry chercha à se justifier par un mémoire, adressé au Comité de salut l)ublic le 23 messidor. Le Tribunal du arrondissement écrivit en sa faveur; de même le Comité de surveillance de la section de la Montagne le représenta comme un être doux, humain, prenant la défense des patriotes opprimés, luttant contre l'aristocratie, traité même une fois de scélérat par im aristocrate, lorsqu'il présidait les assemblées géné- rales de sa section ; par contre, le 8 messidor an III, le Comité civiljde la section déclara que Perdry s'était dans tous les temps montré l'apôtre de ces principes anarchiques qui avaient préparé, effectué la journée du 31 mai, « le régulateur de tous les mouve- ments de la société populaire de la section <>, et qu'il avait reconnu lui-même avoir été induit en erreur lors du 31 ruai. (Dossier Perdry, V 4774"'.).

22° C.ULLiiax Vinis- !u-la-Pulric.

Caillieux (Michel François), Agé de 32 ans, fabricant di- rubans, demeurant rue Saint-Denis, vis-à-vis les Filles-Dieu, membre de la Commune du lOaoïU, fut envoyé en qualité de commissaire auprès des deux bataillons de l'Eure ; en son absence, nommé officier municipal, par suite administrateur^des subsistances et administrateur de Police, il fut destitué par arrêté du Comité de salut public avec ses collègues Massé et Cordas, mis en état d'arrestation le 23 germinal an II et, après avoir subi un interrogatoire au sujet de ses relations avec Osselin et Lavalette, fut écroué au Luxembourg. Le 30 floréal, l'assemblée générale de la section des Amis delà Patrie nomniades commis- saires chargés de se rendre aux Comités de salut public et de sfireté générale pour demandfr le prompt jugement de (iaillienx et attester son civisme et son patriotisme; le

IxTfij INTRODUCTION

i-2 prairial, le Comilé révolutionnaire de la section lui délivra un certificat constatant qu'il avait toujours été à la hauteur des circonstances les plus orageuses et qu'il avait contribué à terrasser raristocralie qui voulait lever la tête dans leurs assemblées. Le Comité civil également déclara que Caillieux n'avait cessé de livrer des assauts « à tous les royalistes, fédéralisfes, modérés, égoïstes et autres ennemis de la Révolution ». La femme de Caillieux dans de nombreuses suppliques éleva la voix en faveur de son mari jusqu'à la fin de messidor. Un arrêté des Comités de salut public et de sûreté générale, du 3 thermidor, ordonna sa mise en liberté, mais comme ses collègues étaient restés sous les verroux, on fit courir le bruit que l'administration de Police avait fai relâcher Caillieux pour servir ses projets, ce que Caillieux démentit le 24 thermidor- (Dossier Caillieux, F' 4631.),

23° CoLONGE Bonne-Nouvelle.

Colonge (Pierre), demeurant rue Saint-Denis, section de Bonne-Nouvelle, remplit diverses missions comme agent du Comité de salut public dans l'Aisne et et dans le Palatinat; dénoncé le 10 prairial dans sa section comme terroriste, comme ayant dilapidé des fusils confiés à sa garde et occupé le poste d'aide de camp d'Hanriot; il fut mis en état d'arrestation. Collonge adressa le 20 prairial un mémoire justificatif au Comité civil de la section Bonne-Nouvelle, il déclara que le jour de la rébellion d'Hanriot, il porta les armes contre lui et ses adhérents et passa la nuit à la Convention ; au bas d'un autre mémoire envoyé au Comité de sûreté générale. Roux, député de la Haute-Marne, attesta que Collonge était un patriote de 1789 qui avait bien servi la Révolution, et qu'il l'avait vu dans le département de l'Aisne s'acquitter avec zèle, probité et intégrité, des fonctions qui lui étaient confiées ; le 30 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna sa mise en liberté provisoire, et le 22 fructidor, sa mise en liberté définitive. (Dossier Colonge, F' 4638).

24° Baudrais Section de 1792.

Baudrais (Jean-Baptiste), homme de lettres, âgé de 42 ans, demeurant rue de Marivaux, 9, membre du Conseil général de la Commune et administrateur de Police, membre de la Société des Amis de la Constitution, s'attira l'hostilité de Robespierre, qu'il contrecarra dans l'Assemblée électorale de 1792, en s'élevant contre son despo- tisme, comme on le vit bien dans une séance des Jacobins ; Baudrais, dans un mémoire du 22 thermidor, avance que Robespierre lui avait voué une haine implacable, parce qu'il ne s'était pas prêté à ses projets vexatoires et sanguinaires depuis longtemps médités; mis en état d'arrestation le 9 germinal, il subit trois mois de détention à Picpus, dont huit jours au cachot, deux mois au secret à la Conciergerie sans aucun interrogatoire. Le représentant Poultier écrivit au bas de ce mémoire une attestation en faveur de Baudrais, qu'il connaissait depuis 13 ans comme ennemi du despotisme et ami sincère de la Révolution, et ajouta « que Robespierre avait juré sa perte, parce qu'il avait trouvé en lui une fierté républicaine et une résistance qui lui déplaisait » ; la femme de Baudrais fit des démarches pour obtenir sa liberté, qui fut accordée le 7 Iructidor par le Comité de sûreté générale ; un nouveau mandat d'arrêt fut lancé contre lui le 21 ventôse an 111; mais il fut relâché le 29 vendémiaire an IV. Baudrais fut déporté à Cayenne en 1802, rentra à Paris en 1817 et y mourut le 4 mai 1832. (Dossier Baudrais, F' 4S89.)

23° La(jre.nt Mai'seille.

Laurent (Denis-Etienne), âgé de 31 ans, sans profession, demeurant rue Glt-le- Gœur, membre du Conseil général de la Commune et officier municipal, fut mis hors la loi au 9 thermidor et exécuté le 10 thermidor. (W 434, n" 975.)

INTRODUCTION Ixir

Tels sont les membres du Comité central révolutionnaire, au moins d'après la liste officielle qui est restée dans les papiers de ce Comité. Celui qui apposa sa signature, en qualité de secrétaire, à côté de celle du président Marquet, Tombe, fils aine, de la section des Gravilliers, demeu- rant rue Jean-Robert, 12. était originaire di; Saint Quentin; il fut envoyé plus tard comme agent du pouvoir exécutif à Saint-Germain-er- Laye, comme on le voit par une lettre à Guffroy, il protesta contre l'arrestation des patriotes de cette ville par ordre des représentants Charles Lacroix et Musset.

Plusieurs des noms indiqués sur la liste que donne Clémence ne se retrouvent plus sur la liste définitive : il n'est pas inutile de reprendre ces noms et de rechercher les motifs de leur élimination :

GusMAN (André Marie), banquier, âgé de 41 ans, de la section des Piques, qui fut rayé de la liste des membres du Comité des neuf et fut surnommé don Tocsinos pour avoir fait sonner le tocsin le 31 mai, était un espagnol, à Grenade, naturalisé français en 1781 ; c'était surtout un aventurier se disant ancien colonel de cavalerie, et un escroc, qui se fit passer pour baron allemand, du nom de Frey, et pour lils de Clé- ment-Auguste de Bavière, électeur de Cologne. Impliqué dans le procès de Danton, arrêté le 9 germinal an II, il fut condamné à mort le 13 germinal.

Parmi les pièces du procès des Dantonistes se trouve une déclaration de Moessard, Marchand et Loys, adressée le 13 germinal an II à Fouquier Tinville, qui nous apprend que Gusman, lequel, paraît-il, était un agent de Chaumelte, ne fil que passer au Comité central révolutionnaire, elle est conçue en ces termes :

« Les membres du Comité de surveillance du Département, qui l'étaient du Comité central révolutionnaire, croient de leur devoir de te prévenir que Gusman, traduit au Tribunal révolutionnaire, et qui s'était glissé au Comité central révolutionnaire au 31 mai, en a été chassé, y a été désarmé et arrêté comme un intriguant bien suspect.

'< Tu observeras que son arrestation eut lieu à l'instant même le Comité com- mença ses séances. »

L'un des membres du Comité central révolutionnaire dont parle Clémence, et qui signa, le 31 mai, en qualité de secrétaire, un arrêté du Comité, Fournerot, ne figure pas sur la liste officielle.

FouR.NEROT (François-Louis), habitant rue Lenoir, de la section des Quinze-Vingts, âgé de 23 ans, grêlé et bossu, fut l'un des combattants à la prise de la Bastille, fonda une société populaire dans le faubourg Saint-Antoine, participa aux journées des 5 et 6 octobre, à l'affaire du Champ de Mars, présida sa section dans la nuit du 9 au 10 août, devint membre de la Commune du 10 août, puis du Comité central révolutionnaire du 31 mai, nommé par le peuple. Il se laissa entraîner par Hanriot à la Commune, lors du 9 thermidor, fut arrêté dans la nuit comme complice de Robespierre et incarcéré dans la maison d'arrêt du Plessis, d'où il adressa, le 18 brumaire an III, une réclamation à l'assemblée générale des Quinze-Vingts; un arrêté du Comité de sûreté générale du 26 nivôse ordonna la mise en liberté de Fournerot, détenu en la maison des Orties. Mais il fut dénoncé comme machinant des intrigues pour le parti terroriste, et à la suite du 12 germinal, un nouveau mandat d'arrêt fut décerné contre lui le surlendemain; un inspecteur de police voulut mettre ce mandat à exécution, mais le peuple du faubourg

Ixx INTRODUCTION

s'attroupa rue de Chureulon, l'arracha des main» de lu lurce armée. Fournerol, dont hi femme était enceinte, la mère malade avec une jeune fille de 12 ans à sa charge, un grand'père âgé de 7S ans, sans ressources; sut se dérober à toutes les recherches. Un arrêté du Comité de sûreté générale, du 21 fructidor, révoqua le mandat d'arrêt décerné contre lui, (Dossier Fournerot, F' 4710.)

Un Iroisième membre du Comité contrai révolutionnaire, qui st^mble bien Mre resté en fonctions est :

MoESSARD (Pierre Louis), perruquier, rue Montmartre, n" 104, de la section Guillaume Tell, prit les armes lors du 14 juillet, fut nommé membre de la Commune du 10 août, appelé au Comité central révolutionnaire du 31 mai, puis à celui de surveillance du Département. Lors du 9 thermidor, à 5 heures du soir, dans la rue Saint-Honoré, il fut interpellé par Hanriot, qui se plaignait d'être opprimé, et prit sa défense en ces termes: « Sois tranquille, tous les patriotes sont pour toi » et ayant demandé aux citoyens acharnés après lui quel était le motif de leur animosité, ou lui répliqua: C'est un coquin, il faut le punir. Moessard, alors inspecteur dos maisons garnies, paraissait être dans l'ignorance complète de ce qui se passait et du décret qui venait d'être rendu contre Hanriot ; If i2 thermidor, il fut arrêté au Comité révolutionnaire de sa .section et écroué à la Conciergerie, puis au Plessis, il resta quatre mois et demi prisonnier. Mis en liberté, par arrêté du 20 frimaire an III, il alla se loger dans la section du Panthéon-Français. Montagne Sainte-Geneviève, et se mit à fréquenter les ventes. Il fut arrêté de nouveau le 7 prairial, sous l'inculpation d'avoir été favorable aux septembriseurs et aux terroristes, d'avoir été l'un des instigateurs du 31 mai, d'avoir fait partie, le 12 juin suivant, d'une commission qui persécuta les citoyens; d'avoir, le 1"' prairial, crié contre la Convention et fomenté la révolte ; Moessard se trouvait détenu rue de la Bourbe, à Port-Libre, d'où il adressa, le l" messidor et le 19 fructidor, des mémoires juslillcalifs au Comité de sûreté générale. (Dossier Moessard, F' 4774*'.)

Un quatrième membre du Coniitô central révolulionnaire, l'-galemenl mentionné par Clémence, mais dont le nom ne se trouve point sur la liste définitive est :

BouiN, ouvrier en bas, rue Saint-Denis, qui devint après le 10 août, juge de paix de la section des Halles ou des Marchés, fut envoyé durant deux mois dans le département do l'Aisue comme agent des subsistances de Paris; connu sous le sobriquet du Petit Pire Gérard, considéré comme le chef des Jacobins de sa section, premier motionnaire, fut nommé du Comité formé aux Jacobins pour l'insurrection du 31 mai; on lui reprocha plus lard d'avoir sans cosse prêché les massacres, le pillage. Le 4 frimaire an 111, Bouin fut destitué par le Comité de législation de ses fonctions de juge do paix. Arrêté le 18 pluviôse par ordre du Comité de sûreté générale et incarcéré on la maison du Plessis, le 24 floréal, le représentant Maure intercéda en sa faveur ; le 2o floréal, Bouin ayant adressé une pétition au Comité avec plusieurs mémoires juslificalil's et l'extrait d'une déliliération prouvant qu'au 9 thermidor il fui chargé de présenter à la Convention une adresse do ralliement à l'Assemblée, fut mis en liberté ; mais la Commission chargée dans sa section d'examiner la conduite de l'ex-Comité révolutionnaire des terroristes et des buveurs de sang, l'accusa, le 3 prairial, de manifester des principes tendant à avilir la représentation nationale et de colporter le journal intitulé le Tribun du Peuple, et demanda de nouveau sa mise en état d'arres- tation. Le représentant Houx intervint à son tour, en faisant observer que Bouin n'était

INTUODUCTION

!xxj

arrêté que comme Jacobin ; relàclit'^ le 8 messidor par ordre du Comité, il fut réincarcéré à la Bourbe le 22 messidor, en vertu d'un arrêté du même Comité dont la relifjion avait été surprise ; le 29 fructidor, le Comité le rpnvo3a devant l'officier de police de sftrcté de son arrondissement, en conformité de la loi du 12 fructidor. (Dossier Bouin, F' 4611.)

Un fait di^ne de remarque est la jeunesse de la plupart de ceux qui organisèrent la révolution du 31 mai : beaucoup d'entre eux n'avaient guère plus de 30 ans, ce qui explique l'ardeur entraînante et la décision avec laquelle ils se jetèrent dans la lutte.

(je n'est pas sans une certaine surprise que l'on voit ligurer dans les délibérations de l'Assemblée révolutionnaire, en date du 31 mai, c'est-à-dire au début même du mouvement insurrectionnel, des individus, parfaitement inconnus d'ailleurs, qui apparaissent comme président et secrétaire de l'Assemblée, qu'on ne revoit plus et qui, en réalité, n'ont point fait partie du Comité central révolutionnaire. De ce nombre est François Ricliebraques, commissaire du Bureau du Domaine national, domicilié rue Pastourelle, 27, de la section de l'Homme armé, qui signa, notam- ment à 2 heures du matin, une délibération décidant l'envoi de commis- saires aux barrières pour savoir si elles étaient gardées, et une autre délibération, en vertu de laquelle l'Assemblée, faute de sceau, devait se servir de celui de la section de la Cité.

Richebraques, qui fut arrêté le 5 prairial an II, précisément sous l'inculpation d'avoir au 31 mai occupé la présidence du club d'insurrection à l'Assemblée qui se tenait à l'Evêché, explique lui-même dans un mémoire justificatif comment, dans la nuit du 30 au 31 mai, il se trouva amené à présider la réunion. Envoyé, dit-il, par sa secUon sur les minuit à l'Evêché pour la représenter et rendre compte de ce qui se passait, il y arriva vers une heure du matin ; au bout d'une heure, le président qu'on lui dit se nommer Lavaux, fut appelé à quelque-Comité : « alors on demanda quelqu'un pour tenir le fauteuil un instant; un citoyen do lui inconnu se présenta, mais comme il manquait d'organe, on le pria de se retirer, ce qui donna l'idée aux citoyens de ma section de me proposer, et, comme ils dirent que j'avais une bonne voix, on ne me laissa pas le temps do faire d'observations, je fus forcé de présider, tous les speclateurs se demandèrent qui j'étais, et aucun ne me connaissait, je fus admis sans réclamation. Pendant ma présidence qui dura deux heures, continue Richebraques, je m'aperçus que toutes les mesures partaient d'un comité, mais j'ignorais qui le compo- sait. Je n'étais initié en aucune manière dans le but de cette journée, les bruits divers ne me donnèrent qu'une idée confuse des intentions de ses auteurs, j'appris à l'Evêché qu'on s'était assemblé les jours précédents ». C'est ainsi que Richebraques sanctionna des mesures révolutionnaires

Ixxij INTRODUCTlOiN

sans même savoir de ce dont il s'agissait; de retour à sa section il ne reparut plus au Comilé central, et rentra dans l'obscurité d'où des circonstances indépendantes de sa volonté l'avaient fait sortir.

Ce fut dans la nuit du 30 au 31 mai que retentit le tocsin, ce fut Varlet qui signa l'ordre de le sonner et qui même s'en fit gloire. De grand matin, les Comités révolutionnaires des sections, qui s'attendaient à de graves événements, mis en éveil par le tocsin et la générale, étaient sur pied; dès 3 heures 1/2 du matin, celui de la section de l'Observatoire prit connaissance d'un arrêté de l'Assemblée centrale des sections réunies à l'Evêché, prescrivant de faire garder et fermer les barrières d'Orléans, Saint-Jacques et adjacentes. A 6 heures, le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité déclara qu'ayant entendu de toutes parts sonner le tocsin, « qu'il regardait comme la voix du peuple en courroux », il s'était assemblé sur-le-champ pour assurer le succès d'une insurrection que les ennemis du peuple avait rendue nécessaire, et avait décidé l'envoi de deux de ses membres à l'Assemblée des commissaires qu'il plairait au peuple d'investir de ses pouvoirs suprêmes, pour être tenu au courant des mesures qui seraient prises contre les ennemis de la République. Dans la section de la Réunion, procès-verbal fut dressé à un colporteur de journaux pour avoir crié : grand décret qui condamne à mort tous les gens qui ont sonné le tocsin et fait battre la générale, dont son journal ne soufflait pas mot. Le Comité de surveillance de la section des Amis de la Patrie lança une proclamation à l'efl'et d'annoncer que les commissaires des 43 sections, réunis pour résister à l'oppression d'une partie de la Convention, avaient fait battre la générale et sonner le tocsin, afin de donner l'éveil à tous les bons citoyens et d'opérer une révolution salutaire, destinée à assurer la tranquillité de Paris, calomnié par des mandataires infidèles, et ce Comité invitait en conséquence les compagnies à désarmer tous ceux qui résisteraient au vœu du peuple de cette grande cité, armée pour combattre une oppression ayant pour objet d'allumer dans toute la France les torches de la guerre civile.

Le premier acte d'autorité du Comité des Neuf, dès son entrée en fonctions, fut de déclarer au nom du peuple souverain que le maire de Paris, le procureur de la Commune et ses adjoints, le Conseil général de la Commune et le Corps municipal étaient provisoirement suspendus. Ce fut Dobsen, en qualité de président de l'Assemblée révolutionnaire, qui vint signifier au Conseil général de la Commune la cessation de ses fonctions. Destournelles, vice-président du Conseil, répondit que la magis- trature qui leur avait été confiée par les citoyens de Paris ne pouvait prendre fin que si les commissaires des sections justifiaient d'une majorité

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réelle et légalement obtenue. Après la vérification, séance tenante, des pouvoirs illimités donnés par 33 sections à leurs mandataires, la Munici- palité remit les siens au peuple souverain, mais ce ne fut que pour la forme : tout aussitôt le président de l'Assemblée révolutionnaire déclara que le Maire, le procureur de la Commune et ses substituts ainsi que le Conseil général de la Commune étaient réintégrés dans leurs fonctions pnr le peuple reconnaissant de leur sollicitude constante et vraiment patriotique pour la chose publique; toutefois il fut stipulé que ces autorités constituées prêteraient serment entre les mains des commissaires et resteraient en communication avec le Comité révolutionnaire des Neuf, qui dès 9 heures du matin avait quitté l'Evêché pour s'installer à la Maison Commune, salle de l'Egalité ; par la même occasion, cinq nouveaux membres furent adjoints au Conseil général do la Commune.

A l'ouverture de la séance du Conseil général, le Commandant général, mandé d'urgence, resta introuvable. Le Comité des Neuf, sentant la nécessité de mettre à la tète de la force armée un chef aveuglément dévoué, arrêta son choix sur François Hanriot, commandant du bataillon des Sans-Culottes, prêt à employer les grands moyens, comme en témoi- gnaient les propos sinistres qu'on lui attribuait. Hassenfratz, Boulanger et le commandant de la section armée des Gravilliers (Rocordon) lui furent adjoints. Hanriot reçut l'ordre de s'emparer, au nom du peuple souverain, de l'Arsenal, des parcs d'artillerie do la ci-devant Place Royale et du Pont Neuf, et de faire tirer le canon d'alarme, ce qui fut exécuté dans la matinée. Une note annexée aux instructions données à Hanriot nous apprend que les citoyens Gusman, Deschamps et Hanriot, chargés de s'assurer de la personne du commandant de la force armée destitué, partirent à deux heures moins le quart pour s'acquitter de leur mission. Ce commandant était Claude Mulot d'Auger, chef de la légion, électeur de la section du Marais, domicilié rue du Plâtre -Sainte-Avoye, 18; il fut vraisemblablement arrêté, puisque le Comité des Neuf enjoignit au Comité révolutionnaire de la section de la Cité de le garder sous sa responsabilité jusqu'à nouvel ordre.

Les sections qui n'étaient point représentées dans le Comité central et se trouvaient dans l'ignorance absolue des décisions prises par ce pouvoir insurrectionnel, ne purent voir sans inquiétude ce qui se passait autour d'elles; ainsi, la section de Molière et La Fontaine, instruite que le tocsin avait sonné et la générale avait été battue durant la nuit dans diverses sections, s'émut de mesures qui dans des temps aussi critiques étaient propres à alarmer les amis de l'ordre, et arrêta l'envoi de commis- saires à la Convention nationale, au Département et à la Commune pour

Ixxiv INTKUDUCTION

se concerter avec eux sur les moyens de conserver la tranquillité publique. La môme seciion, informée qu'un rassemblement de citoyens armés se formait autour de la Convention, décida l'envoi de trois commissaires au Conseil général d(! la Commune à l'elfet do s'enquérir si c'était en vertu de ses ordres qu'une force armée venait de se porter à la CiOnvention : pourquoi, dans ce cas la section n'en avait-elle pas été instruite et n'avail-elle reçu aucun avis pour en faire partie? Après le retour do ces commissaires, la section do Molière et La Fontaine en dépêcha trois autres au même Conseil à l'ellut de s'informer comment le citoyen Hanriot avait été nommé commandant provisoire de la force armée parisienne ; par quelle autorité celte nomination avait été faile, si c'était lui qui avait souscrit la lettre remise le matin au commandant en chef de la section, on vertu de quel ordre le tocsin avait-il été sonné, la générale baltue et la fermeture des barrières ordonnée ? enfin pourquoi le canon d'alarme avait-il été tiré? A toutes ces questions posées par les commissaires au Conseil général de la Commune, on se contenta de répondre ('vasivement que c'était le peuple.

Lo premier soin du (Comité central révolutionnaire fut d'enjoindre à toutes les sections armées de voilier attentivement à la garde des bar- rières, en plaçant à chacune d'elles l'un des membres du Comité civil avec mission de protéger le passage des allants et venants et de s'opposer à la sortie de tous ceux qui paraîtraient suspects et qui n'auraient point de passeports en règle ou de laissez-passer délivrés par les Comités révo- lutionnaires des sections. Dès le matin du 31 mai, Hanriot écrivait lui- même à la section dos Piques, l'invitant à donner les ordres les plus prompts pour que, dans l'étendue de cette section, les barrières fussent fermées et qu'aucun citoyen ne pût sortir, même muni de cartes civiques ou do papiers quelconques.

Ce n'était pas assez d'empêcher le départ des suspects, il fallait avant tout s'assurer de leurs personnes; aussi le Comité central révolutionnaire ordonna-t-il en même temps aux Comités révolutionnaires des sections de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces à l'effet do désarmer et de mettre en état d'arrestation tous les individus suspects de leurs sections respectives; des commissaires munis de pleins pouvoirs furent spécialement délégués à cet effet, et, dans le cas on il n'y aurait pas assez de place dans les Comités révolutionnaires des sections pour garder à vue les suspects, on devait les envoyer au couvent des Minimes de la Place des Fédérés.

Au premier rang des personnages visés par le Comité central révolu- tionnaire se trouve Roland, dont l'arrestation immédiate fut décidée.

INTHUUUCTION Ixxv

Quatre commissaires do la section de k Cité, porteurs d'un ordre exprès d'arrestation, et assistés de deux membres du Comilô révolutionnaire de lu section de Bcaurcpaire, se présentèrent au domicile de Roland qu'ils trouvèrent chez lui avec sa femme. Roland leur fit observer que, comme ancien ministre, il avait des comptes à rendre et qu'il ne pouvait obéir qu'à un décret de la Convention. Pour sortir d'embarras l'un des commissaires se transporta à la Maison Commune pour y cbercher de nouveaux ordres, mais ne revint qu'à 9 heures du soir, sans avoir pu obtenir satisfaction; alors les commissaires qui étaient restés en permanence chez Roland prirent le parti de se retirer. Pendant ce temps Roland, ne se souciant point d'attendre une nouvelle visite domiciliaire, jugea plus prudent do s'esquiver. On pensait d'abord qu'il s'était réfugié chez le citoven La Richardière, ex-préaidont du Tribunal de cassation ; mais l'indication élail inexacte. A la date du l"juin le Comité central révolutionnaire, croyant être sur sa piste, invita le Comité révolutionnaire de la section du Marais à faire une visite chez Angran d'Alleray (ex-lieutenant civil du Chàtelet), cul-de-sac de Pccquay, devait se cacher l'ex-minislre. L'ordre en ques tion est accompagné du signalement de Roland, se trouve ce détail peu ilattour : mal vêtu, dégoûtant. Trois membres du (iOmité do surveillance do la section du Marais, assistés de (]liarles-François de Courtyo, com- missaire de police de la section, procédèrent sans larder à une perquisition en règle, qui demeura infructueuse. Le Comité central révolutionnaire voyant Roland lui échapper, se dédommagea en chargeant l'un de ses membres, Marchand, de faire incarcérer sa femme.

Dès le 31 mai, le Comité central révolutionnaire avait également donné l'ordre au Comité révolutionnaire de la section des Piques de mettre en état d'arrestation Clavière, ministre des Contributions publiques, domi- cilié rue des Capucines, mais les commissaires de ce (Comité ne le ren- contrèrent pas chez lui; Clavière, qui se trouvait probablement à sa maison de campagne de Suresnes, rentra dans la matinée du 1"' juin pour se rendre au Conseil exécutif et fut aussitôt arrêté ; l'on agita la question de savoir s'il serait conduit à la Maison Commune, mais en raison de la surexcitation des esprits, d'après l'avis du Conseil général de la Commune, on jugea plus prudent de le garder à vue chez lui.

Tous ceux qui portaient ombrage au Comité insurrectionnel ou qui favorisaient le parti girondin furent à ce moment l'objet de mesures de rigueur; en voici un exemple caractéristique :

Pierre-Victor Fouruier, ancien officier de bouche de Cypierre, inlen- Jant de la maison d'Orléans, tenait depuis trois ans dans la rue Jean-

Ixxvj INTRODUCTION

Jacques-Rousseau l'hôtel de ce nom; il passait pour entretenir des relations avec les membres de la faction girondine, fut dénoncé par François-Elie GuirauU, membre du Comité révolutionnaire de la section du Contrat- Social, que Gorsas qualifie de scélérat, et convoqué à la Maison Commune par le Comité central révolulionnuire. Fournier se garda bien d'obtem- pérer à celte invitation ; Hanriot requit les commandants de la force armée des sections de prêter main-forte à GuirauU, pour l'exécution de l'ordre du Comité et, par un mot de sa main, prescrivit à Recordon de se mettre à la disposition de GuirauU. Le Comité central révolutionnaire, instruit de la vive résistance opposée par Fournier, qui avait excité les soldats de sa compagnie et failli faire couler le sang des patriotes, enjoignit à Hanriot de ne rien négliger pour assurer la prompte exécution de son ordre. En conséquence le Commandant général envoya deux détache- ments de cavalerie de 20 hommes chacun, qu'on devait renforcer au besoin, pour arrêter « le citoyen Fournier, capitaine de la rue Jean-Jacques-Rous- seau ». D'après le Précis rapide de Gorsas, ce fut la légion de Rosenthal, toute dévouée aux projets de la faction liberticide et prête à agir hosti- lement contre la représentation nationale, qui fut chargée de procéder à cette arrestation arbitraire. Quel était en somme le crime de Fournier? Il logeait deux chefs du parti Girondin, Buzot et Bergoeing. D'après la dépo- sition que fit le 27 brumaire an II Françoise Gagnard, femme de Pierre- 'Victor Fournier, l'infâme Buzot occupait depuis enyiron 3 mois un appar- ment dans son hôtel, il avait même couché dans la nuit du .30 au 31 mai, et s'était échappé entre 3 et 4 heures du matin. Bergoeing, l'un des mem- bres de la Commission des Douze, logeait également dans cet hôtel, comme en fait foi le procès- verbal d'apposition de scellés sur les effets qu'il avait abandonnés lors de son évasion, dressé le 13 août 1793, par Lindet, juge de paix de la section du Contrat-Social. Le dénonciateur de Four- nier, François-Elie GuirauU, à première vue révolutionnaire à tous crins, apparaU sous un jour tout différent dans une dénonciation de Payen- Deslauriers, membre de la Commune, qui fut comme GuirauU, l'un des présidents de la section du Contrat-Social. A l'en croire, GuirauU se serait énergiquement opposé à ce que les citoyens Paly etBalardelle sonnassent le tocsin, quoiqu'ils en eussent reçu l'ordre du Comité centi'al révolu- tionnaire, et se serait même écrié avec emportement : « Si vous êtes ivre de Révolution, moi, je ne le suis pas. » Dans cette même section, le com- missaire de police Nicolas Monvoisiii, ayant entendu sonner le tocsin et battre la générale, s'était rendu à son bureau, il fut arrêté, ainsi que son secrétaire, par des commissaires du Comité de surveillance, qui, ques- tionnés par lui au sujet des décrets en vertu desquels ils opéraient.

INTRODUCTION ' Ixxvij

répondirent qu'une loi de cette n\iit autorisait à s'assurer des malfaiteurs et des suspects.

Quelques sections apportèrent un soin tout particulier à l'exécution des ordres du Comité central révolutionnaire pour la recherche et la mise en état d'arrestation de tous les citoyens dont le civisme laissait à désirer; ainsi le Comité révolutionnaire de la section du Faubourg-Montmartre décida le désarmement d'un certain nombre de suspects qui, en cas de résistance, devaient être arrêtés et enfermés dans la maison de force des citoyennes Douay, rue de Bellefonds, 218, provisoirement convertie en maison de sûreté et gardée par un poste de 23 hommes ; les citoyens de Boulainvilliers et d'Origny y furent immédiatement incarcérés. Dans la section dos Droits-de-l'Homme, le Comité de surveillance jugea à propos de s'adjoindre quelques patriotes connus par leur civisme et procéda à l'arrestation et à l'envoi aux Minimes de divers suspects, entr'autres du citoyen André Dion, qui s'était porté au clocher de l'égliso de Saint-François à l'instant l'on y sonnait le tocsin et avait voulu exiger du sonneur des pouvoirs écrits, d'un domestique, qui avait trouvé mauvais qu'on vînt le requérir, parce qu'il ne s'était pas rendu à son poste au bruit de la générale.

Pourtant, sur plus d'un point, il y eut certaines hésitations; des scru- pules se manifestèrent et vinrent entraver la prompte et immédiate exécution des ordres du Comité central révolutionnaire, au point que le Comité crut devoir adresser aux Comités de surveillance des communes et sections du département de Paris une circulaire il exprima le regret que des ménagements et des considérations particulières eussent empêché le désarmement des suspects et l'arrestation de ceux dont les principes avaient toujours été contraires au gouvernement libre que le peuple entendait se donner; il déclara ces Comités responsables de la tranquillité publique, laquelle ne pouvait être obtenue qu'en désarmant les ennemis intérieurs, rappela que le peuple avait remis à ses commissaires le pouvoir de désarmer les premiers, tandis que ses frères combattaient les ennemis de l'extérieur, que le peuple était debout et ne voulait se rasseoir que lorsque tous ses adversaires seraient anéantis.

Le président de la section des Lombards ayant demandé quelques explications au sujet du mode d'arrestation des suspects, le Comité central révolutionnaire l'invita à retenir ceux-ci dans la section jusqu'à ce qu'on eût recueilli sur leur compte des renseignements certains, et dans le cas contraire, à les faire conduire aux Minimes de la Place des Fédérés

Comme les ouvriers, dans maints ateliers, continuaient leurs travaux et qu'il était nécessaire, dans ces instants critiques, de s'assurer du con- cours de ces fermes défenseurs de la liberté, il fallut songer au moyen de

Ixxviij ^ INTRODUCTION

les retenir sous les armes et de les dédommager de la perte de leur temps ; le Comité central révolutionnaire, sur la motion d'un de ses membres (Loys), qui écrivit de sa main le projet d'arrêté, décida que l'armée révolutionnaire, destinée à proléger les patriotes de Paris contre les ennemis extérieurs, serait incessamment formée et payée à raison de 40 sols par jour, tant que durerait l'insurrection; que celle armée, forte de 24,000 hommes, serait réduite à 12,000, du jour le peuple ne serait plus sur pied; que, dès le lendemain, celle armée serait organisée et portée