anxa 87-B 15069

L'ABBAYE

DE ROSSANO

CONTRIBUTION

L'HISTOIRE DE LA VATICANE

Le sceau byzantin-calabrais ci-contre est extrait du Nicèphore Phocas (Paris, Didot, 1890), de M.Schlumberger.

Baptiste HOGAN

MAG1STRO DESIDERATISSIMO CARISSIMO

/

PRÉFACE

Bobbio et Rossano, je voudrais que ces deux: noms fussent désormais associés comme les noms de deux abbayes qui ont brillamment et presque également marqué dans l'histoire littéraire de l'Italie. Des deux, en effet, il nous est resté de grands souvenirs monastiques se ratta- chant à l'histoire de la civilisation latine en Lombardie et de la civilisation byzantine en Grande-Grèce, comme des deux il nous est parvenu de très anciens et très beaux manuscrits, entrés pour la plupart dans la bibliothèque du Saint-Siège. Mais, moins heureux que Bobbio, si étudié, si connu, Rossano est demeuré jusqu'ici dans un oubli immérité. C'est sa revanche que nous voudrions lui pro- curer. Dans le mémoire que voici, après une rapide esquisse de l'histoire de la civilisation byzantine dans la Grande-Grèce et particulièrement à Rossano, qui est de cette Grande-Grèce médiévale le centre le plus important et le plus littéraire, on trouvera l'histoire de l'abbaye basi- lienne de Rossano, Sainte-Marie du Patir, et de ses rela- tions avec les autres établissements basiliens de l'Italie du midi; à la suite, une reconstitution aussi complète, j'espère, qu'elle pouvait l'être, de la librairie de Sainte-Marie du Patir, et quelques documents sur les diverses librairies basi- liennes des Deux Siciles, de ces librairies dont la part a été

iv PRÉFACE.

si grande clans Ja formation des collections italiennes de la Renaissance; enfin un essai sur les origines de la librairie de Sainte-Marie du Patir, et à ce propos quelques vues nouvelles sur les écoles calligraphiques grecques, vues inspirées des belles découvertes de M. Delisle sur les écoles carolingiennes. Au total, un épisode de cette Histoire de l'hellénisme en Italie, dont on a dit avec raison qu'elle était encore à faire et que c'était un des sujets les plus rémunérateurs que la curiosité contemporaine ait laissés à traiter. C'est tout le plan de ce mémoire.

Et je le livre tel qu'il s'est fait au cours d'un long et beau séjour de plusieurs années en Italie, porté de ville en ville, composé d'étape en étape : telles pages écrites au Vatican, telles autres au Mont-Cassin ou à Grotta Ferra ta, telles autres à Messine, ou à la Laurentienne, ouàl'Ambro- sienne, telles notes crayonnées en voiture sur la route de Bisignano, et ces lignes mêmes à Taormina. Si je le dis, c'est simplement pour exprimer ce que je dois à l'empresse- ment de bibliothécaires comme M. Anziani, M. Ceriani, dom Rocchi, dom Amelli, M. de La Ville sur Yllou, M. le professeur Caracciolo, surtout dom Cozza Luzi dont la bienveillance m'a été si particulièrement précieuse, et, dans celte sauvage, et belle, et lointaine Calabre, à l'amitié de mon compagnon de voyage, M. Edouard Jordan, et à l'accueil si cordial de confrères tels que M. Policastri, primicier de Corigliano, et de M. Lavorato, théologal de Rossano, de deux savants évêques, celui de Catanzaro et celui de Mileto, et de bien d'autres encore, amis d'un jour, que Dieu garde!

Juillet 1889.

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION : LA GRANDE-GRÈCE BYZANTINE.

T. Géographie historique de la Grande-Grèce byzantine du vne au xie siècle, p. i-iii. Que la Grande-Grèce était un pays latin au vi° siècle, p. iv. Que ce ne sont pas des moines qui au vme siècle y ont apporté la culture et les institutions byzantines, p. v. Que la Sicile fut un pays grec et d'une brillante culture au vu6 et au vme siècle, p. vi-vir. Et que les Grecs chassés de Sicile par les Arabes s'établirent en Grande- Grèce et l'ont héllénisée, p. vnr-ix.

II. Institutions byzantines de la Grande-Grèce : centralisation impériale,

franchises municipales, hiérarchie épiscopale ; liturgie, droit, lettres, art, p. x-xit. Etablissements monastiques, combien rares à cette époque, p. xin. Légendes monastiques : SS. Elie, Luc, Vital, Jean le Moissonneur, p. xiv-xv. Saint Nil de Rossano, p. xvi-xvn. Quelles relations il y avait entre notre Italie grecque et l'Italie latine, p. xviii. De l'influence de notre Italie grecque sur la science et les lettres d'Occident, p. xix-\x. De son rôle politique au temps des Otton, p. xxi-x\ii.

III. Conquête de l'Italie grecque par les Normands, p. xxni. Que la société grecque persista, en se transformant, sous le régime normand, p. xxiv-xxv. Influence de nos Grecs sur les Normands, p. xxvi-xxvn.

IV. Quelles sont les localités survécut l'héllénisme, du xi9 au xme siècle, p. xxvii. Tarente, Lecce et la Terre d'Otrante, p. xxviii-xxix. La Basilicatc, p. xxix. Le groupe de la Sila : Rossano et Crotone, p. xxx. Les Maléïnoi etThéophane Cérameus, p. xxxr. Le groupe de lAspromonte : Bova, Oppido, Gerace, Stilo, p. xxxii-xxxiii. Les couvents basiliens des Calabres, p. xxxm-xxxrv.

V. Du renom de nos Grecs en Occident : Roger Bacon et Robert Grosseteste,

p. xxxiv. Contribution de l'Italie grecque à la culture latine du xme siècle, p. xxxv. Barlaam de Seminara et Léon Pilatos : té- moignage de Pétrarque et de Boccace, p. xxxv-xxxvi. Comment l'Italie grecque se fondit dans l'Italie italienne, p. xxxvi. Ce qui sub-

pi TABLE DES MATIÈRES.

sistaitde localités et d'abbayes grecques au xiv" siècle, p. xxxvi-xxxvii.

Protection que leur accordait le Saint-Siège, p. xxxvii. Constantin Lascaris établi à Messine par Bessarion, p. xxxviii. Conclusion,

p. XXXTX.

Bibliographie, p. xxxix-xl.

CHAPITRE Pr : L'ABBAYE DU PATIR.

Sources, p. 1-2.

I. Les moines de Rossano au xi* siècle, p. 3. Commencements de saint

Barthélémy, p. 3-4- Il fonde l'abbaye de Rossano, p. 4- Faveurs qu'il reçoit de la cour normande, p. 4- Réforme par lui inaugurée du monachisme grec des Caîabres, p. 5-6. Quel accueil il reçoit à Rome, puis à Constantinople, p. 6. La madone de YHodtgitria, p. 7.

Protection qu'il reçoit du comte Roger II, p. 8. Fondation du Saint-Sauveur de Messine, p. 9. Mort de saint Barthélémy, p. 9-10.

II. Deux colonies du Patir, p. 10. Saint-Élie de Carbone, p. 11-12.

Le Saint-Sauveur de Messine, p. i3-i5. Ce qui nous reste du cartu- laire de Sainte-Marie du Patir, p. i5-24.. Catalogue des abbés de notre monastère, p. 24. Deux inscriptions grecques provenant du monastère, p. 25. Cens qu'il payait à la Chambre Apostolique, p. 26.

III. Réforme des abbayes basiliennes au xvie siècle, p. 27. Réforme de l'abbaye du Patir par le cardinal Sirleto, p. 27-29. L'abbaye du Patir au xvnie siècle, p. 3o. Elle est incamérée au commencement de ce présent siècle, p. 3o. Ses ruines, état actuel, p. 3i-3?.

Excimsus A : Le chronographe de l'an io33, p. 33-36.

Excursus B : D'une homélie prétendue de Théophane Cérameus, p. 37.

CHAPITRE II : LA LIBRAIRIE DU PATIR.

Des librairies basiliennes d'Italie en général, p. 38.

I. La librairie de notre abbaye fondée par saint Barthélémy lui-même,

p. 38. Le cardinal Sirleto et les manuscrits du Patir, p. 39-40. - Le couvent de Saint-Basile de Urbe, p. 41-42. Dom Pierre Menniti y recueille les manuscrits encore existant dans les abbayes basiliennes à la fin du xvne siècle, p. 4^-43. Ce qu'en possédaient alors ces abbayes, p. 43-44. Ce que fournit le Patir, p. 45. La collection de Menniti réunie à la Vaticane, p. 46.

II. Comment j'ai retrouvé dans la Vaticane les manuscrits du Patir, p. 47

Inventaire sommaire de ces manuscrits, p. 48-68. Du récolement fait au xvi° siècle des manuscrits du Patir, p. 69-70.

Excursus C : Le codex patiricnsls du Nouveau Testament, p. 71-74-

TABLE DES MATIÈRES. vij

Excursus D : Le codex patiriensis de saint Hippolyte et de saint Denys d'A- lexandrie, p. 75-77.

CHAPITRE III : ORIGINES DE LA LIBRAIRIE DU PATIR. Objet et méthode de cette recherche, p. 78.

I. De la calligraphie en nsage dans les écoles de copistes à Constantinople, du xe au xii8 siècle, p. 79. Le style sévère, p. 80. Le style riche, p. 80-81. Patirienses appartenant à ces deux styles, p. 8a. Le style carminé, p. 83. Patirienses de ce style, p. 83. Influence des écoles constantinopolitaines sur les écoles provinciales, p. 83-84- Le sert- ptorium du Patir au xn8 siècle, et manuscrits qui en sortent, p. 84-85.

TI. Théorie de M. Gardthausen sur la minuscule grecque de l'Italie méri- dionale, p. 85-86. Critique de cette théorie, p. 86. Manuscrits copiés au xe siècle à Reggio, Bisignano, Malvito, Capoue, au Mont- Cassin, p. 86-88. Style de ces copistes, p. 89-90. Qu'ils subissent l'influence lombarde ou bénéventine, p. 90-91. L'école gréco-lom- barde du xie au xiii° siècle: manuscrits grecs copiés à Mili, Messine, Reggio, Stilo, Squillace, Mileto. Taberna, Carbone, Rossano, Casole, Nardo, Brindisi, Gallipoli, p. 92-96. Copistes de Messine, de Casole, de Soleto, de Gallipoli, de Galatina, au xive-xve siècle, p. 97. Copistes messinois de la Renaissance, p. 98.

III. Patirienses nous retrouvons la manière de l'école gréco-lombarde, p. 99-102. D'un patiriensis grec copié par un scribe latin, p. 102. De quelques autres patirienses, p. io3-io4. Récapitulation et conclusion, p. io5.

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

I. Liste des monastères basiliens de l'Italie méridionale, xve siècle, p. io5.

II. Etat et liste des monastères basiliens de Calabre, xvie siècle, p. 109.

III. Censier du diocèse de Rossano, xve siècle, p. 117.

IV. Inventaire des manuscrits de Grotta Ferrata, xve siècle, p. 11S.

V. Inventaire des manuscrits de Carbone, xvne siècle, p. 120.

VI. Inventaire des manuscrits de Saint-Pierre d'Arena, xvie siècle, p. 123.

VII. Notice de quelques manuscrits de Saint -Philarète de Seminara,

xv° siècle, p. 124.

VIII. Notice de quelques mauuscrits de Saint-Nicolas de Casole, xive-

\ve siècle, p. 125.

IX. Inventaire des manuscrits du Saint-Sauveur de Palerme, xvii* siècle

p. 126.

viij TABLE DES MATIÈRES.

X. Inventaire des manuscrits du Saint-Sauveur de Messine, xvi* siècle, p. 128.

XL Inventaire des manuscrits de SS.-Pierre-et-Paul d'Itala, xvne siècle, p. i43.

XII. Souscriptions de copistes grecs d'Italie, p. i5i» Index des imunuscrits cités Index des noms propres.

INTRODUCTION1

LA GRANDE-GRÈCE BYZANTINE

L'invasion des Lombards en Italie (568), en brisant l'éphémère unité byzantine réalisée par Justinien (552), avait laissé subsis- ter plusieurs dominia byzantins, qui, enclavés dans le royaume lombard, étaient destinés à lui résister jusqu'à la fin (y5 1) et plusieurs même à lui survivre. Au nombre de ces débris de l'exarchat d'Italie, Ravenne, Gênes, Rome, Naples, dont l'his- toire est si connue, il faut mettre ce qu'on appelait à pareille époque le duché de Calabre, pays presque anonyme alors, dont l'histoire est obscure, le rôle minime, et qui cependant allait sur- vivre non seulement au royaume lombard et au duché de Rome, mais encore à l'hégémonie carolingienne, pour se trouver tout à coup au xc-xi° siècle l'enjeu et le théâtre de la rivalité de l'em- pire d'Orient et de l'empire d'Allemagne, et ne perdre sa qua- lité de terre byzantine qu'à la conquête des Normands (io5o).

Il était arrivé, en effet, à cette Grande-Grèce du temps de Justinien, que les Lombards, ceux de Rénévent, avaient eu au début tous leurs efforts concentrés sur «Naples et sur la Campa- nie, et que plus tard, pour s'attaquer à la Pouille et à la Calabre, il leur avait manqué d'être gens de* mer, ce qu'ils ne furent jamais-. Le duché lombard de Rénévent s'était donc établi dans des limites qui laissaient à l'empire byzantin l'extrême midi de Tltalie. Autharis balayant la « corne droite » de l'Italie jusqu'à

I. 13. Capasso, Le fonti délia storia délie provincie napoletane dal 568 al i5oo [Archiv. stor. napolelan., 1876-77-80). H. Kiepert, Nuova carta générale deW Jtalia méridionale (1882).

ji INTRODUCTION.

Reggio, et, les pieds clans la mer, s'écriant que « jusque-là vien- drait la terre lombarde », n'est qu'une légende chère h Paul Diacre, et la réalité historique est que les Lombards s'étaient montrés seulement aux environs de Tauriano sur la côte tyrrhé- nienne et à Canosa au nord de la Pouille, ceci vers 591-596, et que ce fut à cette époque leur pointe la plus avancée. Constan- tin Porphyrogénète, résumant à grands traits les résultats der- niers de la conquête lombarde , pourra écrire que v les Lom- bards se rendirent maîtres de tout le thème de Langobardie et de Calabre, à l'exception d'Otrante, de Gallipoli et de Ros- sano ».

Rétablissons la suite des faits. A la fin du vie siècle, il ne s'agissait point de « thème de Langobardie et de Calabre », mais de 1' « éparchie de Calabre et de l'éparchie de Bruttium ». Le sort des deux éparchies fut celui-ci. Les Lombards, prenant contact avec l'éparchie de Calabre, se retranchèrent d'abord à Canosa et à Acerenza, sur l'Ofanto et derrière le Bradano, et laissèrent ainsi au basileus Bari, Brindisi, Oria, Lecce, Tarente, Gallipoli et Otrante. Ce ne fut que peu après 663 que le duc de Bénévent entama l'éparchie de Calabre, et que, prenant Bari, Brindisi et Tarente, il ne laissa plus au basileus que Gallipoli et Otrante. Pour ce qui est de l'éparchie de Bruttium, les Lom- bards gagnèrent dès le début la rive gauche du Crati par Poli- castro et Laino, mais ils ne la dépassèrent jamais. Au delà, couverts par l'imprenable Sila, se pressaient les oppida byzan- tins de Tempsa, Vibo, Tropea, Nicotera, Tauriano, Reggio, Locres, Squillace, Crotone, Nicastro, et, en avant de la Sila, Cosenza défendait la haute vallée du Crati, et Rossano la corniche ionienne. A la fin du vne siècle, l'éparchie de Calabre, réduite à deux simples présides, vit son nom transporté à l'éparchie de Bruttium, et ce qui subsistait des deux épar- chies constitué d'abord en un duché, le duché de Calabre, puis en un thème, le thème de Calabre. Au ixe siècle, au moment le duché lombard de Rénévent fut démembré pour former la principauté de Salerne et celle de Bénévent (85 1), le domi- nium impérial continuant d'être en Pouille réduit à Otrante et à Gallipoli, la Calabre byzantine n'avait perdu que Cosenza. La rive droite du Crati lui restait toutefois, défendue maintenant par

INTRODUCTION. m

Bisignano, et, c'est Constantin Porphyrogénète que je cite, tandis que la Sicile était aux mains des « Sarrasins athées », la Calabre restait aux chrétiens avec Reggio, Hagia-Kiriaki (Locres- Gerace), Crotone « et quelques autres villes sous le gouverne- ment de son stratège».

Le dédoublement de ce thème de Calabre en deux thèmes, celui de Calabre et celui de Langobardie ou «Italie», date de la fin du ixe siècle. La Calabre byzantine s'était défendue contre les Sarrasins de Sicile et d'Afrique, mais il n'en était pas allé de même de la Pouille lombarde : Bari, Brindisi, Tarente et toute la plaine avaient été conquises par les Sarrasins et avaient constitué à dater de 853 le territoire du Soudan de Bari. C'est alors qu'intervinrent les expéditions si heureuses de Basile Ier : Bari enlevée aux Sarrasins (870), puis Tarente (880), la Pouille se trouva reconquise par l'empereur tant sur le Soudan de Bari que sur le prince de Bénévent, et devint une province byzantine qui prit le nom de thème de Langobardie. Jusqu'au milieu du xie siècle le thème de Langobardie et le thème de Calabre vont constituer le patrimoine impérial. A la fin du xe siècle, les deux thèmes seront réunis en un gouverne- ment, et les deux stratèges auront au-dessus d'eux une sorte de vice-basUeus, le catopanus Italise et Calabriœ. C'est le moment de la plus grande extension du dominium byzantin dans l'Italie méridionale. La Langobardie comprend, en plus de la Terre d'Otrante et de la Terre de Bari, tout le pays au nord de l'Ofanto, c'est à savoir la cote jusqu'au mont Gargan et la plaine jus- qu'aux premiers gradins de l'Apennin dont les Byzantins com- mandent tous les passages (Troia, Ascoli, Melfi, Acerenza), et les vallées du Basento et du Bradano, c'est-à-dire le pays qui portera le nom de Basilicate, avec .les villes de Gravina, Matera, Tricarico et Tursi. En io5o, les Normands trouveront la Grande-Grèce byzantine établie sur ces larges frontières.

Comment et. dans quelles limites cette province byzantine s'était-elle peuplée de Grecs? Quelle culture ces Grecs y eurent- ils? Comment enfin cette Grèce italienne survécut-elle à la conquête normande pour se perpétuer jusqu'à la Renaissance? Ce sont les questions préalables que je voudrais résoudre dans cette Introduction.

IV

INTRODUCTION.

I

Procope, dans son histoire de la guerre gothique, passant en revue les diverses populations qui « habitent les rivages de ce golfe qui formaient jadis ce que Ton appelait la Grande-Grèce », énumère les Calabrais (Messapie), les Apuliens, les Bruttiens, les Lucaniens; il nous montre, aux deux extrémités opposées de ce « croissant de lune de mille stades de développement », Tarente et Rossano, au-delà Reggio, plus au nord la « forteresse magni- fique que les Romains appellent Acerenza », à l'est Otrante et Brindisi; puis, dit-il, « passé la mer Adriatique, on rencontre pour la première fois les Grecs ». Pour Procope la Grande-Grèce de Justinien est un pays latin au même titre que le pays des Sam- nites. Telle aussi elle nous apparaît au temps de saint Grégoire. Si nous exceptons Reggio, qui est un port où, comme à Catane et Syracuse, on ne doit pas être surpris de trouver des Grecs, toutes les villes de la Calabre sont latines : Tropea, dont les belles inscriptions chrétiennes du ve siècle témoignaient déjà que son Eglise était purement latine; Nicotera, qui est avec Tropea une massa de l'Eglise romaine; Tauriano, Vibo, Locres, Cosenza, dont les évêques se réunissent en synode avec celui de Tropea, et sous la présidence du sous-diacre romain Sabinus, pour juger du différend de l'évêque de Reggio et de son clergé. De même en Terre d'Otrante, Gallipoli est comme Tropea une massa de l'Eglise romaine, l'évêque d'Otrante est chargé de visiter les églises de Gallipoli, de Brindisi et de Lecce (Lupia), l'évêque de Gallipoli est chargé déjuger l'évêque de Tarente, et nous voyons saint Grégoire conjurer le tribun d'Otrante, nouvellement débarqué de Ravenne, de se montrer indulgent pour les rustici que possède dans le diocèse de Gallipoli l'Eglise romaine, locus ecclesiœ nostrœ prop?*ius. Des monastères existent en maint endroit, fondés sous la surveillance de l'autorité romaine comme celui de Tropea, foyers de latinisme comme le monasterium Vwariense de Squillace. Enfin cette société que saint Grégoire fait administrer par des clercs romains est si bien une société latine, que le représentant le meilleur de la

INTRODUCTION. v

latinité, de la « romanité », à cette époque, Cassiodore, lui appartient. Les Aurelii en effet sont une famille calabraise, et Cassiodore est né, il a grandi, il a débuté, il se retirera à Squillace ; clarissime, corrector, moine, il nous révèle tout ensemble l'aristocratie dont il est, le peuple qu'il a eu un instant à administrer, la communauté il achève sa noble vie, et ces trois sociétés, qui sont tout Squillace et tout le pays, nous apparaissent en lui purement latines. On est donc en droit d'affirmer, contre le sentiment des érudits italiens du siècle dernier, que jusqu'aux premières années du vne siècle ce qui demeura à l'empire byzantin de léparchie de Calabre et de l'éparchie de Bruttium était un pays latin d'institutions et latin de langue.

Aquelle époque et à quels événements devrons-nous rattacher l'origine de la colonie grecque de la Grande-Grèce byzantine ?

La seule solution qui ait été donnée à ce problème est celle qui explique l'origine de ces colonies par une émigration de moines grecs chassés d'Orient par la persécution iconoclaste. Fr. Lenormant, qui a fait sienne cette théorie et qui l'a si brillam- ment exposée dans sa Grande-Gi'ècc, ne paraît pas avoir soup- çonné qu'elle reposait uniquement sur Y Ilistoria translationis mirifiese/imaginis B . M. Virginis exurbe Constantinopoli in civi- tatem Barii, nous voyons en effet des moines grecs du temps deLéon Tlsaurien, fuyant de Constantinople avec la sainte image, venir demander asilcà la « République de Bari », mais qui est un texte de fabrication récente, une de ces falsifications du xvme siè- cle si nombreuses dans la basse Italie, et comme Fr. Lenormant lui-même en a si souvent dénoncé ! J'ajoute que, si d'aventure la légende de Bari (légende commune à toutes les madones byzan- tines ou vénitiennes d'Italie) avait quelque fondement, il n'en resterait pas moins indubitable qu'un pays ne saurait êtrepeuplé par des moines, gens œlcma in qua nemo nascitur. C'est à une cause plus générale et plus ancienne quej 'attribuerai l'hellénisa- tion de l'Italie méridionale.

L'Italie du midi, à la fin du vie siècle et au commencement du vne, entretenait avec l'Egypte et avec la Syrie de multiples rela- tions. De même qu'à Rome en £89 on trouvait établi un EQMATION AAEEANAPEQN, confrérie d'Alexandrins sous le vocable de saint

vi INTRODUCTION.

Mennas, de morne on trouvait à Palerme à la même époque des Alexandrins, tels que ce Petrus alexanclrinus negotians linata- rius, dont M. Salinas a publié l'épitaphe datée de Fan vingt de l'empereur Maurice (601), ou tels encore que ces Alexandrins qui, repartant pour Alexandrie après avoir abjuré en Sicile le monophysisme, obtiennent de saint Grégoire des litterœ commendatitiœ auprès du patriarche Euloge (602). Ailleurs nous voyons saint Grégoire recommander au defensor de Sicile un pauvre négociant syrien couvert de dettes. Sur ces entrefaites (6 10-61 4) toute la côte byzantine d'outre-mer avait été boulever- sée par les Perses de Chosroès: Antioche et la Syrie, Alexandrie et le Delta, la Libye enfin, avaient été ravagées et « réduites à l'état de solitudes ». Puis, au lendemain des victoires d'Héraclius, les Arabes avaient apparu: en quelques années ils avaient franchi rOronte, le Nil, les Syrtes, la mer, conquis la Syrie, l'Egypte, la Cyrénaïque et Chypre. Et le résultat de ces invasions avait été de jeter sur les côtes d'Europe, non pas des moines persécutés, mais des foules chassées par la peur et par la famine. Ce fut vers la Sicile et vers Rome qu'elles affluèrent. C'est exactement l'époque apparaît à Rome pour la première fois une colonie orientale de réfugiés: le pape Théodore (642-649) appartient a une famille syrienne, « de civitate Hierusolima », Jean V (685- 686) a une famille syrienne aussi, « de provintia Antiochia» ; nombre ô^egumenarchia, comme les appelle le Liber pontificalis , s'établissent h la même époque, Saint-Sabas (un vocable pales- tinien), Saint-Anastase ad aquas Salvias (un monastère cilicien), d'autres encore comme ce monasterium Bo'ëtianum peuplé de « nestorianitas monachos syros», dont le nombre et la théologie inquiètent le pape Donus (-J-678). Et ce qui se passe à Rome se passe mieux encore en Sicile, car la Sicile est le point naturel de ralliement des Grecs émigrants des provinces byzantines d'outre-mer : nous les voyons arriver de Rarca et de Tripoli (Amaiï, I, io4), d'Alexandrie et de plus loin encore, de Syrie comme les parents du pape Sergius, « natione syrus Antiochire regionis, ortus in Panormo Sicilia? » . Saint Maxime a peint en maint

endroit de ses lettres la désolation de ces émierants dont il était

o

et qu'il semble avoir comme suivis en Egypte, puis en Afrique, finalement en Sicile et à Rome, il arrive pour le concile de

INTRODUCTION. vu

Latran (649), combattant sur toute la route le monothélisme qu'ils apportaient avec eux.

Le concile de Latran s'achevait à peine (65o),. que l'on apprit que les Arabes venaient d'attaquer la Sicile. Aussitôt l'exarque reçoit l'ordre de se porter au secours de l'île, et sa campagne ayant échoué misérablement, l'empereur arrive en personne. Constant II débarque àTarente, en terre impériale; il traverse, armes a la main, le territoire lombard, gagne Rome, et de Rome Naples, Reggio et Syracuse. A Syracuse il s'établit avec la pen- sée, assure-t-on, d'y fixer la capitale de l'empire : du moins il va y fixer pour six ans (il y fut assassiné en 668) le centre poli- tique et militaire du gouvernement et faire de Syracuse le siège d'une partie de la cour et Je quartier général de l'armée. Le premier effet de cet événement fut une sorte d'éviction de la population indigène, tenue en suspicion par l'élément byzantin (n'accusait-on pas le pape Martin d'avoir attiré les Arabes?), et surtout écrasée d'impôts nouveaux, « per diagrapha seu capita atque nauticatione. . . et alia multa perpessi sunt, ut alicui spes vitro non remaneret », dit le Liber pojitîficalîs . Cependant et par conséquent la population grecque devenait prépondérante et maîtresse. Le corps d'armée byzantin donnait naissance à cette aristocratie militaireàlaquelleappartenait le pape Conon (i"68j), « oriundus pâtre thraceseo, educatus apud Siciliam ». Les hautes charges ecclésiastiques passaient à des clercs grecs : le siège de Syracuse à une créature de l'empereur, le grec Georges; le « vénérable monastère ad Baias » à un moine syrien; l'évêché d'Agrigente à saint Grégoire, qui fut un des orateurs grecs en renom de la fin du vne siècle. Et sans transition, comme si elle eût été dès le premier jour une vieille Eglise, l'Eglise grecque de Sicile se trouva étroitement associée à la vie de l'Eglise by- zantine. On vit l'abbé du monastère ad %Baias élu patriarche d'Antioche (681); un diacre de Catane prononcer le sermon de clôture du concile de Nicée (787); la Sicile donner à Rome des papes grecs et à Constantinople un patriarche (Methodius, -[- 846); les patriarches (Tarasius, -j- 806) adresser des encycliques aux évêques de Sicile, et ceux de Syracuse et de Taormina se com- promettre avec Photius et être condamnés à Constantinople par le huitième concile; la Sicile enfin avoir sa part de production et

vin INTRODUCTION.

d'éclat dans l'histoire littéraire de l'Eglise grecque avec des auteurs comme ce Grégoire d'Agrigente, et aussi Pierre de Sicile et Joseph l'Hymnographe.

Je veux en venir à ceci, à savoir que la Calabre, qui ne faisait

qu'un avec la Sicile (r) KaXocêpiaç aTpaf/\y\q ôouxoctov r\v xf\q azpocx-fiyioot;

StxeXîaç), a participé à la révolution politique et sociale qui s'est produite en Sicile au cours du vne siècle. Sans doute le change- ment aura été plus lent : la Calabre n'a point de centras tels que Païenne ou Syracuse ; le voisinage inquiétant des Lombards rend le pays moins sûr ; les ressources économiques enfin y sont moindres qu'en Sicile. C'est ainsi que tous les évêques de Ca- labre sont présents au synode romain de 680, comme ils l'ont été au concile de Latran (65o) : Vibo, Crotone, Tauriano, Tropea, Squillace, Locres, Rossano, ajoutons Tarente et Otrante. Mais déjà pourtant, à cette date, c'est l'évêqne de Reggio qui est choisi pour représenter les membres du synode romain au concile œcu- ménique qui s'ouvre à Constantinople (681), avec le titre « d'apo- crisiairedu siège apostolique» .Acinquante ans delà, les diocèses de Calabre sont assez acquis à l'hellénisme pour que Léon l'Isaurien puisse y confisquer tout ce qui est patrimoine de saint Pierre et mettre les évêques de Calabre sous la juridiction du patriarche de Constantinople, malgré les protestations du Saint- Siège. En 787, au concile de Nicée, l'épiscopat calabrais apparaît en corps : Vibo, Crotone, Tauriano, Tropea, Nicotera, Carina, Gerace (ou Hagia-Kiriaki), Reggio, tandis que Tarente et Cosenza cités lombardes, restent fidèles aux synodes romains (74^). L'Eglise de Calabre est devenue byzantine d'obédience et de langue, et cette transformation a été l'œuvre obscure de la seconde moitié du vne siècle et des premières aminées du viu°.

est, à mes yeux, la première origine de la colonisation byzantine en Calabre : les Grecs y sont venus peu à peu de Sicile à partir de la seconde moitié du vne siècle. Sans doute la vie grecque est en Calabre, pendant tout le vme siècle, sans aucun nom, sans aucun monument qui la révèle : la Sicile attire tout à elle. Mais au ixe siècle l'intense culture grecque de la Sicile s'éteint, et aussi soudainement qu'elle s'y était produite au vne. L'invasion arabe, Palerme prise (83 1), puis Messine (842), puis Syracuse (878), enfin Taormina (902), une résistance longue et

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sanglante suivie d'un écrasement terrible, c'en est assez pour expliquer cette ruine subite et radicale : à la fin du ixe siècle, il n'y a plus en Sicile ni monastères ni sièges épiscopaux, la pro- priété ecclésiastique y a été supprimée, la liberté politique des chrétiens abolie et leur condition civile rendue intolérable par le poids des impôts : ajoutez les courses de pirates et des famines de plu- sieurs années. Que devient alors la population grecque de Sicile ? Chassée par les vicissitudes de la résistance et par le plan même de la conquête arabe, du versant de Païenne sur le versant de Syracuse, nous la voyons se ramasser à l'extrémité orientale de l'île, autour de Taormina, et de émigrer en masse. Le Pélo- ponèse en recueillera une partie : ce sont ces « exilés » que se- court saint Pierre, évêque d'Argos, ainsi que le raconte sa Vie\ ce sont ces émigrés de Catane à Patras, dont est saint Athanase évèque de Méthone. Mais c'est surtout la Calabre qui est le refuge naturel des chrétiens chassés de Sicile : nous retrouverons des Grecs de Castro-Giovanni, de Catane, de Taormina à Reggio, à Hagia-Kiriaki (Gerace) et dans toutes ces petites villes épisco- pales grecques qui apparaissent en Calabre précisément au ixc siècle, Hagia-Severini, Paléocastro, Aysili, Cerenzia, Evriali, Nicastro, Bisignano, Cassano. De cette migration nous trouve- rons la tr/cedans toutes les vies de saints calabrais du ixe siècle et du commencement du xR : je citerai celle de saint Elie le Jeune. Elie est à Castro-Giovanni, en Sicile, et il est tout en- fant lorsque ses parents, prévenant le sac de Castro-Giovanni par les Arabes (809), se réfugient dans un petit port proche de Catane. Elie grandit là, et, s étant fait moine, il émigré. Il a espéré trouver un refuge en Epire, mais les autorités byzantines sur- veillent avec une rigueur extrême les abords de l'empire, et le gouverneur de Buthrotum, prenant Elie et ses compagnons pour des Sarrasins déguisés, les empêche de débarquer. Ils se réfu- gient en Calabre et s'établissent aux environs de Tauriano. Le cas de saint Elie lui est sûrement commun avec mille autres.

Et est la seconde source de riiellénisation de la Grande- Grèce byzantine : je dirai même que c'en est la source principale, car la culture byzantine de la Grande-Grèce n'a quelque éclat qu'à dater du xe siècle, comme si elle n'était que la suite et l'héritage de la culture grecque de la Sicile.

b

X

[NT II ODU CïION.

I [

Dans les deux thèmes que constitue la Grande-Grèce, le gou- vernement impérial est représenté par un nombre très restreint de fonctionnaires. Ils sont pour la plupart étrangers au pays et appartienent à la noblesse aulique. A la tête du thème est le stratège, c'est-à-dire un général faisant fonction de vice-basi- leus et réunissant à ce titre entre ses mains les attributions de gouverneur civil en même temps que de chef du corps d'armée. Au-dessous de lui deux fonctionnaires : le vestiarius imperialis préposé à la êaaiXixrj (ràxeUa, c'est- à -dire au service du fisc et des finances, et le jadex thematis à la tête de l'administration de la justice civile et criminelle, tous deux simples ministres du stratège. Il n'y a pas trace d'appel à Conslantinople. Le stratège n'a. pas de chef-lieu de résidence : il est représenté dans chaque cité par un %o%ox-r\pr\Tf\c, ou lieutenant gouverneur, comme lui offi- cier, soit tourmarque, soit taxiarque : auprès du xor.oxripy]xy]çf les chartularii ou agents inférieurs du fisc et les xpltat ou juges. Mais, tandis que les T07îOTripy]Tat sont le plus souvent des étrangers, les chartularii et les kritœ paraissent avoir été toujours des gens du pays. Le corps d'armée d'occupation, équipé aux frais de l'empire et composé de mercenaires, se recrute pour une part dans le pays même, mais aussi ailleurs, souvent fort loin : les historiens normands décrivent les troupes impériales comme for- mées de Calabrenses, et encore de Vénitiens et d'Arabes, mais surtout de Cappadociens, de Thraces et de Macédoniens. Leur temps fini, ces mercenaires restent souvent dans le pays ils ont servi : on a vu à tort dans ce fait des colonies militaires.

Sous la réserve de cette centralisation administrative et de cette sorte d'état de siège, l'indépendance de chaque castro reste entière, chacun ayant son clergé, sa justice, son fisc, sa milice à lui, et ne relevant d'aucun autre. Le clergé se compose de i'évèque, des clercs de la [xsyâlri éxxXvjo-ia (archiprêtres, prêtres, diacres, sous-diacres, chartophulax ', skeuophulax), et des hatholiki et protopapœ des églises suffraganles. L'existence d'une noblesse

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ou orclo est obscure, on trouve cependant des grecs du pays, riches, se décorant du titre de senator, comme sont les Maléïnoi de Rossano, et exerçant dans chaque Castro une sorte de patronat héréditaire. Le castro a son 6a<riXcxèç vorâptoç, son vopuxoç, son /aptouÀâptoç, la plupart du temps clercs. La législation qui règle les contrats est non pas le droit lombard, comme on Fa dit à tort, mais bien le droit romain, celui des novelles, ainsi qu'il convient à des populations qui n'en ont jamais connu d'autre. Chaque castro est obligé de tenir sur pied un certain effectif d'hommes d'armes pour sa propre défense et à la réquisition du stratège : ces milices portent le doiti de xovuoupot et xovuapaToi, dont les historiens normands ont fait conterait.

La liturgie en usage dans les églises grecques de Calabre est, tant pour le calendrier que pour le rituel, celle de Constantino- ple : à peine si quelques fêtes d'origine locale, comme celle de saint Fan tin ou de saint Elie le Spcléote, s'y introduisent-elles au xic siècle; les fêtes d'origine romaine, comme celle du Corpus Christ i , sont des importations latines postérieures au xme siècle. Mais le rituel de Constantinople n'a pas être à l'origine le rituel exclusif de nos églises de Sicile et de Calabre, et c'est un fait bien remarquable que les seuls manuscrits anciens que nous possédions de la liturgie syrienne et de la liturgie alexan- drine, celle dite de saint Jacques et celle dite de saint Marc, nous viennent l'un de Rossano, l'autre de Messine, comme si en mainte église de Sicile et de Calabre le rituel d'Àntioche et d'Alexandrie avait été un temps en usage. J'en dirai autant de la liturgie dite de saint Pierre, qui est une traduction grecque de Yordo missœ romain tel qu'il était constitué vers la fin du vnc siècle, traduction grecque dont nous n'avons qu'un manu- scrit, lequel vient de Rossano.

Les évèchés de Calabre avaient été rattachés, on l'a vu, par Léon l'isaurien (-[- 74O? à la juridiction du patriarche de Cons- tantinople, mais l'organisation ecclésiastique du thème de Cala- bre et du thème de Langobardie ne datait que de Léon le Philosophe (-j- y 11). La novelle qui réglait Yordo thronorum de la Grande-Grèce distinguait trois provinces ecclésiastiques : Otrante était un archevêché, mais sans suffragants; Reggio était métropole de Vibo, Tauriano, Nicotera , Tropea, Amantea;

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Nicastro, Cosenza, Bisignano, Cassano, Rossano, Crotone et Gcracc; Hâgia-Severini était métropole de Cerenzia, Evriati (Umbrialico), Aysili (Isola), Paléocastro et Gallipoli, cette pro- vince toute nouvelle étant comme une substitution de la province ecclésiastique supprimée de Sicile.

Le clergé calabrais d'alors a peu marqué dans l'histoire litté- raire. On peut citer Marc d'Otrante, qui fut un mélode renommé en son temps assez pour qu'une pièce de lui ait pris place dans le triodion de Constantinople ; et, au commencement du xie siè- cle, Nicolas, archevêque de Reggio, dont nous avons une com- pilation en forme de commentaire des épitres de saint Paul. Tout cela est fort pauvre.

Mais Fart byzantin a laissé en Calabre de plus remarquables vestiges : le baptistère de Hagia-Severini (Santa-Severina), la petite église Saint-Marc à Rossano, la Cattolica de Stilo, la basi- lique ruinée de la Roccelletta [Vêtus Squillacium). A cette der- nière appartenait ce bas-relief représentant la Panagia en costume d'impératrice du vic siècle, que Len or niant a signalé le premier et qui est le plus beau modèle que l'on connaisse de la sculpture byzantine à cette époque : cet adorable bas-relief que j'ai vu en 1889 au bord de la route qui mène de Catanzaro à Squillace, toujours sur la petite fontaine Lenormant l'a vu, est sûre- ment une épave apportée d'un pays plus riche et plus cultivé que n'a jamais été la Calabre. J'en dirai autant du somptueux évangile pourpre à lettres d'argent (vi-vne siècle) que possède le chapitre de Rossano : les miniatures qui le décorent et que j'ai eu la bonne fortune de pouvoir étudier en 1889, appartiennent à la tradition ancienne de l'iconographie biblique traitée avec un art qui n'a rien de provincial. Je ne puis rien dire de l'icône achèropite de la cathédrale de Rossano, cette antique image étant depuis des siècles si parfaitement tournée au noir qu'on n'en saurait reconnaître le moindre trait.

Au total cependant la vie grecque de la Calabre aux xe-xie siè- cles serait bien insignifiante, n'étaient les moines, leurs couvents et leurs légendes.

Les diplômes byzantins nous font connaître quelques mo- nastères : Saint-Mennas, près de Rossano, donné à La Cava en jo86, « sous Alexis Comnène empereur », par une pieuse

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famille de Rossano; Saint-Adrien, donné à La Cava en 1091, par « Romain, moine, humble archevêque de Rossano »; dans l'intérieur de Stilo , Saint-Léonce en faveur duquel un jugement est rendu en 10^9 par « Etienne, vicaire impérial, protospa- thaire, stratège du thème de Calabre »; le couvent fondé par « Mavrozicos, taxiarque », sous le vocable de saint Léon, évêque de Catane, dans l'intérieur de Hagia-Ririaki, « thème de Ca- labre » ; Saint-André, proche de Hagia-Kiriaki, semble-t-il, et donné en io53 à La Cava; Sainte -Marie novuTepàxou (Montis Jratî), dont les privilèges sont confirmés en io34 par Constan- tin Opos, « patrice et catapan d'Italie »; Saint- Ananias , près d'Orioli, dont l'higoumène est mentionné dans une donation a lui faite par« Nicon, moine, et son fils Oursoulos, tourmarque », en ioi5; enfin Saint- Nicolas, fondé par une famille grecque à Monopoli, et en faveur de laquelle nous avons une charte d'Ar- gyros, « duc d'Italie, de Calabre, de Sicile et de Paphlagonie ». Les seuls établissements qui paraissent avoir eu quelque im- portance matérielle, sont l'abbaye de Saint-Pierre à Tarente, fondée vraisemblablement à la fin du ixe siècle, privilégiée par « Constantin, protospatliaire du Chrysotriclinium, stratège de Langobardie », par « Michel, patrice et catapan d'Italie », par « ^lichel , proconsul, patrice et catapan d'Italie », etc.; et, près de Cassano, la riche abbaye de Sainte-Marie de Kur Zosimo. Tous ces diplômes sont du xe et du xie siècle.

Mais, mieux que les diplômes, les légendes nous font pénétrer dans la vie de ces humbles moineries calabraises. Les couvents patronnés et rentés étaient l'exception, en effet. Le moine était alors bien plus souvent ermite, et de en Calabre et en Terre d'Otrante ces grotte Ton relève encore des traces d'inscrip- tions pieuses et d'images peintes à la détrempe : ainsi au cap de Leuca les grotte de Casamiscia, ou de San Cristoforo à la Cala del Orso, d'autres ailleurs, presque toujours dans des falaises ou dans les hauts rochers, comme les laures d'Orient. Le mona- chisme était aussi une fraternité, un tiers ordre, chacun avait un métier et gagnait son pain : la profession de virginité y était toute la religion et la vie commune un accident. S'il arrivait que des frères se groupassent, ce ne pouvait être sans l'agré ment et sans la surveillance de l'évêque : à l'évêque appartenait

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la nomination de l'iirgoumène. Les moines ne pouvaient pré- tendre à posséder de biens immeubles non pins qu'à recevoir aucun ordre sacre. Le droit canonique grec avait multiplié les prescriptions pour tenir la confrérie dans l'infime dépendance et dans la pauvreté. Et c'était justement aussi cette condition qui faisait des moines la partie la plus détachée, la plus mobile, la plus historique de la population. Ils sont toute l'histoire de la Grande-Grèce byzantine et quelle histoire !

Saint Elie (fin du ixe et première moitié du xe siècle) est un moine sicilien « de la montagne de Saint-Nicon » : il a vécu dans la pratique des plus austères' vertus, lorsque les Sarra- sins arrivent et exterminent les moines ses compagnons. Il échappe au massacre 'par miracle, s'embarque sur le premier navire qui fait voile, et arrive à Rome il est recueilli dans un œenodochiiun , puis rapatrié par la charité romaine. Le voici établi aux portes de Reggio, en compagnie d'un vieux moine, Arsène, s'occupant uniquement à prier et à travailler la terre. Un instant ils sont obligés de fuir tous deux, car ils ont appris que les Sarrasins vont débarquer en Calabre, et alors ils gagnent Patras l'évèque les accueille avec charité et les supplie de demeurer; mais ils reviennent bientôt après aux environs de Reggio, que saint Elie ne quittera plus. Arsène mort, Elie ne reste point solitaire, car nombre de moines lui demandent d'être leur père : on s'installe dans d'anciennes carrières, et bientôt autour de saint Elie le Spéléote s'est formée une grande co- lonie monastique. Quand les Sarrasins venaient, raconte son biographe, saint Elie se retirait plus avant dans la montagne, pour rentrer au monastère quand ils s'étaient éloignés; parfois on demandait asile au caslro le plus voisin. Mais un jour on fut surpris, à l'improviste les Sarrasins cernèrent le couvent et ils allaient en forcer l'entrée, lorsqu'une nuée miraculeuse enve- loppa la sainte demeure, et les infidèles épouvantés battirent en retraite. Saint Luc de Corleone est contemporain de saint Elie le Spéléote; comme lui, il quitte la Sicile pour fuir le joug des Sarrasins, et comme lui il va d'abord à Rome prier au tombeau des Apôtres. Au retour il vient demander la robe mona- cale à un higoumène calabrais, Christophe, « in montibus qui vocantur Mulœ (?), » et ensemble ils s'établissent «ad territorium

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Mercuriense » (le mont Mercure), proche de la « Cassiana civitas » (Cassano). Christophe ne tarde pas à mourir, laissant à Luc la direction de ses frères, une communauté de « terrestres angeli », qu'il gouvernera jusqu'à sa mort. Saint Luc d'Ar- mento (mort dans la seconde moitié du xe siècle) est à Cas- tro-Giovanni en Sicile, et lui aussi il quitte la Sicile pour venir demander à la Calabre un asile tranquille. Il s'arrête quelque temps auprès de saint Elie le Spéléote ; mais sachant, dit l'hagio- graphe, que les péchés sans nombre qui se commettent dans la contrée vont attirer sur elle la colère de Dieu et que la Ca- labre va devenir « la proie de chiens dévorants », il quitte Reggio, et s'en vient d'abord à Noa, puis il pousse plus loin. Au bord de l'Agrumento il trouve un monastère abandonné, Saint-Julien ; il le rebâtit, et bientôt la solitude se peuple de moines. De Sicile la sœur du saint le rejoint et fonde tout près un couvent de nonnes. Arrive l'expédition d'Otton et la pacifique colonie est menacée : elle doit se réfugier tout entière à Armento, et c'est que le saint mourra. Il n'aura pas eu à affronter l'armée ger- manique, mais les Sarrasins ne lui auront pas manqué; ils se présentent en effet un jour, et alors le vaillant abbé monte à cheval, prend la tète de son monde, moines et lais, et taille en pièces le^ infidèles. - Saint Vital, comme les autres, est en Sicile, à peu près à la même époque que saint Luc d' Armento qu'il rencontrera un jour sur sa route, et comme lui il est venu demander asile à la Calabre, puis à la Basilicate; chacune de ses étapes, Castro-Roseto , Monte-Raparo , Sant-Angelo de Asprono, Saint-Elie de Massaniello, Armento, Rapolla enfin il meurt, marque un pas de plus dans la marche en avant de riiellénisme calabrais. Lui aussi enfin il se trouve unjour en pré- sence des Sarrasins, et on nous le montre, après qu'il a protégé la fuite de son monde, restant seul pour faire front à l'ennemi: mais Dieu est avec lui, une splendeur l'enveloppe et les Ismaé- lites sont terrassés.

C'est l'âge héroïque des moines batailleurs et thaumaturges; c'est l'âge aussi des moines mendiants et errants, des caloyers en guenille que le clergé des villes tient à distance et que la population regarde de mauvais œil. Saint Jean « le Moisson- neur » rencontre des paysans qui fauchent, et ceux-ci de l'in-

\vi INTRODUCTION.

sultcr, « comme c'est F ordinaire aux moines de l'être », ajoute humblement le biographe. Et la Vie de saint Nil nous apprend qu'à l'époque de la jeunesse du saint on voyait rarement des moines par les villes : « Rare était leur robe, pour ne point dire méprisée » . « Qu'allez-vous faire au milieu de ces animaux sauvages? » disait-on à Nil. Et n'est-ce pas un compagnon de Nil qui, cheminant un jour par le pays, est poursuivi à coups de pierres par une bande d'enfants qui crient : Sus au Bulgare! sus au Franc! sus à l'Arménien! Cette génération a peu con- tribué à la culture. « Parum quasdam litteras novi », disait saint Vital à un catapan de Bari. Le psautier suffisait, encore saint Elie ne voulait-il pas qu'il fût trop bellement écrit : aussi voyons-nous ses moines très occupés à bûcheronner et à faire de la résine, et si dans un passage il est question de la cellule où. a demeuré le « vénérable calligraphe », c'est pour nous apprendre qu'il n'y est plus et qu'elle sert de chai.

Tout autre est la génération qui suit, plus assise, plus con- sidérée aussi, plus cultivée surtout, et dont Nil de Rossano est le plus illustre exemple. S'il appartient à Rome par la fin de sa carrière, il est à nous par sa naissance et par la plus féconde partie de sa vie. à Rossano, et, dès l'enfance, remarqué pour la sagacité de son esprit et la politesse de son caractère, il a eu une jeunesse orageuse : Rossano est une ville si pleine de pièges pour la vertu d'un jeune homme, dit son biographe. Mais Dieu le veut à lui : les amours coupables sont brisées d'un coup, il part sans dire adieu à sa maîtresse ni à l'enfant qu'il a eu d'elle, il part en chantant le psaume Viam mandatorum tuorum cucurri cum dilatasti cor meum, et il va cacher « la fleur de sa jeunesse » dans la communauté du mont Mercure. Nil rencontre les « célestes et admirables pères Joannes le Grand, Fantin l'Illustre, Zacharie l'Angélique... ». Il y rencontre sur- tout des hommes appliqués aux saintes lettres autant qu'à la louange de Dieu. A l'aube on se mettait au travail : de prime à tierce on copiait, c'était du moins l'occupation cle Nil, « qui copiait d'une main rapide et serrée, et qui remplissait un quaternion par jour » ; de tierce à sexte, on récitait le psautier; de sexte à noue, on lisait, « on étudiait la loi de Dieu et les œuvres des maîtres », jusqu'à savoir par cœur des discours entiers de saint

INTRODUCTION. xvn

Grégoire de Nazianze; de none au soir, c'était le temps de la récréation, on se réunissait pour la collatio et on lisait l'Ecriture en commun. Il arrivait alors que ses frères demandaient à Nil de commenter la lecture : avec quelle joie ils recueillaient les paroles pleines de doctrine qui tombaient de ses lèvres. Il leur semblait, reportant leurs regards sur le saint bigoumène Fantnr, qu'ils étaient admis à entendre saint Paul en présence de saint Pierre. On lisait de même saint Grégoire de Nazianze : il était la somme des moines, on discutait les passages difficiles et on rivalisait à les bien entendre. Ajoutez saint Basile, saint Atlia- nase, saint Jean Chrysostome, saint Eplirem, Tliéodoret, Théodore Stoudite, saint Jean Damascène : autant d'auteurs familiers à notre saint. Nil vécut dans ce milieu de moines lettrés, dialecticiens, exégètes ; à son tour, il devint le chef de la communauté du mont Mercure, et lorsque, l'âge venant, il dut songer à prendre un second, il choisit Proclus, dont l'iiagiographe fait ce bel éloge que « c'était un homme d'une science universelle et qui avait fait de son âme un trésor des livres sacrés et des livres profanes ».

Une tradition plus policée apparaît dans les moineries cala- braises du xe et du xie siècle. On est en relation avec l'Athos, le Stoudion et les grandes communautés byzantines. Saint Elie de Tauriano est allé à Jérusalem et au Sinaï, et il meurt à Salo- nique, à mi-chemin de Constantinople il allait quêter. Saint Luc d'Armento a fait de même le pèlerinage des Saints- Lieux. Les moines perdent leur pittoresque sauvagerie, la so- ciété gagne des éléments supérieurs de culture. Et l'influence s'en fera sentir au loin.

Nos Grecs de Calabre et de Langobardie en effet ne vivaient point à part et les yeux tournés vers l'Orient seul : mais ils étaient au contraire en perpétuelles relations d'échanges avec l'Italie lombarde et jusqu'avec Rome. Saint Nil, à l'époque il était encore au mont Mercure, était dépêché à Rome par son bigoumène pour acheter des livres. Et plus tard, lorsque le même saint Nil quitta le mont Mercure pour venir demander asile au Mont-Cassin, il fut reçu comme un compatriote par le prince de Capoue et comme un frère par les Bénédictins, qui l'invitèrent, lui et ses moines, à chanter au chœur, et les éta-

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blirent dans un de leurs prieurés, Saint-Michel in V allelucio. Dans toute l'Italie méridionale lombarde apparaissent les traces de l'influence byzantine et d'établissements byzantins. Bari, toute latine qu'elle fut et rebelle à l'influence grecque, était le siège du catapan d'Italie et de Calabre; les actes publics, ceux même d'Argyros, y étaient rédigés en grec; et le commerce avec l'Orient grec y avait fixé une colonie de familles grecques, riches et puissantes. Longtemps plus tard on trouvera encore à Bari une église de Saint-Nicolas des Grecs. Brindisi, ruinée par les Sarrasins en 977, rebâtie peu après par le catapan Lupus Protospatha, eut des évêques grecs jusqu'à la conquête nor- mande, assure Nil Doxapatri. A Trani, elle aussi rebelle à l'in- fluence grecque, et où, comme à Bari, le rite resta toujours latin, nous trouvons l'église byzantine de Sainte-Marie de Dio- 7iisio, avec la précieuse inscription d'un tourmarque, Deuterios : KE- BOI0II- TON- AOTAON- SOT- AETTEPHON- TOPMAPKH- Naples, grande ville latine gouvernée par un duc byzantin, comptait des paroisses grecques, dont une de Sainte-Marie in Cosniedin, et au moins un monastère grec SS. Sergii et Bacchi. Le lec- tionnaire grec des évangiles 196, aujourd'hui à Saint-Péters- bourg, a été copié à Salerne en 1022, de même que le saint Grégoire de Nazianze Laurentianus XXV, 26, appartenait à pareille époque à des gens d'Amalfi. A Capoue, au xe siècle, nous trouverons des Grecs réfugiés de Sicile et un monastère byzantin; à Gaëte, en 909, un notaire qui signe « Léo greco latinus presbitero et scriva civitatis ujus ». A Bénévent, en 1 195, on mentionnera encore une église de Saint-Nicolas des Grecs. Détail plus significatif peut-être, à partir de la fin du ixe siècle les marchés de l'Italie méridionale se couvrent de monnaies byzantines : Radelgis et Siginulfe, en 85 1, comptent par besants, « bizantei aurei »; et, dès cette époque, les « solidi' beneventani » font place aux « solidi constantiniani », aux « ro- manati », aux « michalati », à peine mêlés de quelques « mara- butini » arabes. Enfin les relations entre Grecs et Lombards sont assez usuelles pour que la lex et consuetudo Romanorum ait force de droit coutumier en pays lombard (c'est le cas de tant de contrats portés au Codex diplomatie as Cavensis), de même que dans des Tipàxeipa vônwv provenant de la Grande-Grèce (tel le

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Parisiniis gr. 1 384) on rencontre des fragments de traduction grecque de la lex Langobardorum au milieu de novelles impé- riales.

Réciproquement les relations de la Latinitas du midi de l'Italie avec la Remania sont constantes. L'illustre et riche famille patricienne d'Amalfi, les Mavro-Pantaleo, possède un palais à Constantinople ; et c'est à elle qu'on doit les portes de bronze du Mont-Cassin (celles-ci datent de 1066), de Saint- Michel au mont Gargau, de la cathédrale d'Amalfi, de la basi- lique de Saint-Paul hors-les-murs, admirables œuvres de repoussé et de nielle exécutées à Constantinople. Didier, abbé du Mont-Cassin [\ 1087), pour « aorner le pavement de la eglize de marmoire entaillié et diverses paintures », fait venir « de Costentinoble et Alixandre homes grex et sarrasins », parce qu'il « non trova in Ytalie homes de cest art », comme s'exprime Aimé. Le même Didier attire et retient au Mont- Cassin ce Constantin l'Africain, le premier qui ait vulgarisé en Occident la médecine grecque et arabe : « Evolutis omnibus bonis medicorum auctoribns, veteribus et niodernis, . . . maxime Grœcis qui adhuc in hac facultale (ut in aliis multis) Latinis prrestant, contraxi in arctum... omnia qua? possunt perfectum medicum/ efficere », dira Constantin dans la préface de son manuel, dédié à l'abbé du Mont-Cassin. Salerne, précisément à la même époque, voit grandir son école, qui ne fait elle aussi que répandre en Occident la médecine grecque : tel le lom- bard Gariopontus, dont le Passionarias est une simple adapta- tion de Galion, tel Alfanus, archevêque de Salerne (-j- io85), et aussi poète et médecin, auteur de la traduclion latine du nepl cpÛCTewç àvOpwuou de Némésius. Je n'oserais ni embrasser ni contre- dire l'opinion émise récemment, et d'après laquelle Irnérius aurait puisé dans l'Italie méridionale la connaissance du droit romain, dont il devait au début du xn° siècle fonder l'enseigne- nffent à Bologne et rapatrier l'usage en Occident. Mais c'est bien décidément en Italie méridionale qu'il faut chercher l'origine d'une bonne part des traductions latines qui ont permis à nos langues romanes de puiser dans la littérature byzantine tant de légendes et de romans devenus peu après si populaires. Léon, archiprêtre de Naples, envoyé à Constantinople par les

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ducs de Naples Jean et Marinus (941-965), « cœpit inquirere libros ad legendum », et rapporte « historiam continentem cer- tamina et viclorias Alexandri régis Macedonire », le pseudo- Callistliène, qu'il met en latin aussitôt : ce sera une des sources des poèmes d'Alexandre. Toute pareille et de la même époque serait, selon M. Gaston Paris, l'origine du roman des Sept sages, de la légende des saints Barlaam et Joasaph, de celle « du magicien Héliodore, devenue celle de Virgile en arrivant à Naples », de celle de saint Alexis, de sainte Catherine d'Alexan- drie, de saint Nicolas, de saint Arétbas, de saint Georges, de saint Chris topbe, sans omettre surtout la légende de sainte Marie l'Egyptienne, la plus ancienne peut-être, mise en latin par un certain Paul, diacre de l'église de Naples, et dédiée à Charles le Chauve (f 877).

C'est qu'aussi la période qui va de l'avènement de Basile Ier à la mort de Nicéphore Phocas (867-968) a été la belle époque de l'influence byzantine en Italie. Le rôle de l'empire franc avait pris fin avec Charles le Chauve, celui de l'empire germa- nique ne devait commencer qu'avec Otton le Grand (-j- 975) : cet interrègne d'un siècle appartint à l'empire byzantin. Maître de la Calabre, de la Pouille, de la Basilicate, de la Capitanate, et (nominalement) de la Sicile, maître d'Amalfi, Sorrente, Naples et Gaè'te, le basileus avait vu le prince de Salerne solliciter la symmachie, ce qu'on pourrait appeler le protectorat de l'Empire (887), et pareil protectorat imposé au prince de Bénévent et au prince de Capoue (892). Guaymar, pour ne citer que cet exemple, avait dès lors porté le double titre de princeps et d' imperialis patrie ius,' et daté ses actes de l'année des « très saints et très pieux empereurs ». Je lis dans une charte de donation faite en 899 par Guaymar au couvent de La Cava, la clause «... ut nullus basilico, nec stratigo, nec pro- tospatharius, aut spatharius candidatus, aut spatharius, aut gastaldus, aut qualiscumque alius reipublicae hactionarius, vel qualiscumque alius servus sanctorum imperatorum habeant potestatem » sur la chose donnée, si bien le reipublicœ hac- tionarius est désormais partout. C'est la prise de Bari sur les Sarrasins (868) qui a décidé de l'hégémonie en Italie, aux dépens de Louis II, au profit de Basile Ier : dorénavant, à

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protéger l'Italie contre les Sarrasins, il n'y aura plus que le basileus, et ses stratèges, et ses drongaires. En 916, le pape Jean X et le roi Bérenger Ier sollicitent l'aide de Constantin Porphyrogénète pour chasser les Arabes du Garigliano. Et plus tard (962) Otton le Grand, à peine aura-t-il ceint à Rome la couronne impériale, ne pensera pas pouvoir l'assurer mieux qu'en sollicitant, pour son fils Otton II, la main de la fille du basileus, la princesse Théophano, si bien le basileus est maître et tuteur de la meilleure partie de l'Italie.

Rome seule y manquait, mais nul doute que de Basile Ier à Nicéphore Phocas le monde byzantin n'eût lentement marché à la reprise de Rome. Il y comptait encore à cette époque tardive, le xe-xie siècle, une colonie, des églises, des couvents : Sainte- Marie in Cosmedin ou in scliola grœca, Saint-Georges au Vélabre, Saint-Mennas, Saint-Boniface, Saint-Césaire in Palatio, Saint-Laurent hors-les-murs, Saint-Anastase ad aquas Sahvias, Saints-Etienne-et-Silvestre, Saint-Erasme. Le fils de Théo- phano, le jour de son couronnement à Rome (mai 996), était acclamé par la foule en grec et en latin, « hebraice, grœce et latine fausta acclamantibus ». Et un moment vint un retour singulier de la politique put faire croire au parti grec qu'il étajt redevenu le maître des destinées de Rome. Otton II, sous prétexte de revendiquer la dot de Théophano, avait envahi F « Italie », enlevé Bari, puis Tarente, et aurait conquis la Calabre à la suite, s'il n'eût eu son armée taillée en pièces à Stilo parle stratège (juillet 982). Il était mort sous le coup de cette défaite (décembre 983). Le basileus n'avait plus devant lui en Italie qu'un enfant, Otton III. Rome, lassée de la domination alle- mande, se constituait en respublica romana, et Crescentius, patrice de cette nouvelle république et chef du parti romain, tournait si bien ses regards vers Constanlinople, qu'en mai 997, expulsant le pape allemand Grégoire V, il faisait élever sur le siège pontifical Jean XVI, lequel était un grec, et un grec de Calabre, et un calabrais de Rossano, et qui revenait à peine d'une ambassade à Constanlinople. Mais ce triomphe du parti romain et du parti grec ne fut que d'un jour, et la revanche d'Otton III immédiate et sanglante. C'est à ce moment que saint Nil, qui, brouillé avec le Mont-Cassin, s'était fixé à Gaëte,

XXII INTRODUCTION.

parut à Rome. Peut-être y venait-il pour suivre la fortune de Jean XVI, lequel s'était ouvert à lui de ses desseins ; mais il ne put qu'intervenir auprès de l'empereur pour sauver la vie de l'infortuné pontife. Et c'est une page d'histoire d'une rare noblesse que le récit de l'entrevue d'Otton III vainqueur et de saint Nil, celui-ci, touché jusqu'aux larmes des paroles du vieillard et lui demandant en grâce de demeurer à Rome, ou seulement ad aquas Salvias, et l'autre, blessé de la duplicité du pape et de l'empereur, refusant tout, et reprenant le chemin de Gaëte en disant fièrement au prince : « Je ne demande qu'une chose à Votre Royauté, qui est le salut de votre âme ! » Saint Nil pourtant allait bientôt après revenir, non point à Rome, mais à Tusculum, au couvent grec de Sainte-Agathe, il devait mourir (iooo), et non sans avoir jeté les fonde- ments de ce qui de\int l'abbaye de Grotta Ferrata, illustre et durable monument de cette ardeur de propagande que la société byzantine portait si vivante en elle.

III

La fin du xe siècle et les premières années du xie virent le succès définitif du Saint-Empire, l'Italie devenir germanique et le basileus réduit à la Grande-Grèce. En Grande-Grèce même bien des causes allaient rendre de plus en plus fragile l'éta- blissement des Byzantins.

D'abord la lutte perpétuelle avec les Sarrasins : les chroni- ques du xc et du xie siècle ne mentionnent que prises de villes par les Sarrasins, Reggio (90 1), Hagia-Agathi (922), Tiriolo (930), Hagia-Kiriaki (986), Cassano (10 1 4 et io3i), Bisignano (1020), et je ne parle pas de la Pouille, où, autour d'Oria notamment, l'alerte ne cesse, pas. Et partout la lutte avec ces corsaires (car ils courent le pays et ne s'y établissent pas) est sanglante et ruineuse : « Fuit excidium Tarent! [a. 927] et perempti sunt omnes viriliter pugnando, reliqui vero deportati

suntin Africam Sarraceni comprehenderunt sanctam Chiriachi

civitatem [a. 986], et dissipaverunt Calabriam. . .. » Et ainsi du

INTRODUCTION. xxui

reste de la chronique de Lupus. L'auteur de la V ie de saint Nil fait gloire à Rossano d'être la première cité de Calabre : Pourquoi? C'est que, et tandis que toutes les autres tombent tour à tour aux mains des Sarrasins, seule elle leur échappe grâce à la protection miraculeuse et toute spéciale de laPanagia. En second lieu, le basileus était dans son propre dominium un souverain étranger et détesté. Les reipublicœ hactionarii étaient d'une cupidité et d'une dureté intolérables : qu'on se rappelle ce jtidex Italiœ et Calabriœ à qui saint Nil refuse de faire aucun présent, et ce qui s'ensuit. En Calabre, la popu- lation est grecque, on voit, en 921, tout le pays se soulever contre le stratège Jean Muzalon, et se donner à Landolphe, prince de Capoue. En Langobardie, tout est latin, les municipes ont gardé leurs gastaldi et leurs bajuli latins, les juges le droit lombard, le clergé le rite latin et l'obédience à Rome, et dont Luitprand pouvait dire à Nicépbore Phocas, « Terram quam impcrii tui esse narras, gens incola et lingua italici regni esse déclarât », l'animosité contre les Grecs était universelle. Pour tout éloge de l'évêque Bizantius (~[ io35), l'Anonyme de Bari disait : « Fuit piissimus pater orfanorum, atque terribilis et sine metu contra omnes Groecos ». De là, au xie siècle, les continuelles insurrections de Conterait ; de l'insurrection de Mélo (-j- 1020), encouragée par le pape Benoît VIII et par l'empereur Henri II; et, lorsque le catapan ne suffisant plus à assurer sa frontière du nord, eut prendre des Normands au service de l'empire et leur confier la garde de Melfi et de Troia, de l'attitude d'Arduin leur chef, lequel, « feignant qu'il estoit dolent de la grévance » que les gens de Langobardie « souffroient de la seignorie de li Grex, lor pro- meltoit de vouloir fatiguier et travailler pour lor délibération».

On sait comment les Normands se mirent, en iozji, à « fatiguier » pour cette bonne œuvre, et comment, en io6r, ils avaient donné congé à la dernière garnison impériale qui tint encore en Grande-Grèce. Je n'ai pas à entrer dans le détail de cette conquête, que l'on trouvera dans Les Normands en Italie de Delarc : je voudrais seulement marquer les consé- quences qu'elle eut pour nos Grecs de la Calabre et de la Terre d'Otrante.

*

XXIY INTRODUCTION.

Les Normands arrivaient avec un droit public nouveau pour le pays, le feudalisme, un droit privé nouveau aussi, la cou- tume normande, et, par-dessus tout, un régime ecclésiastique non moins nouveau, celui de l'investiture par le prince en même temps que de l'obédience au pape. Ce dernier point était parti- culièrement formel et menaçant. Que Ton se rappelle les termes du serment de Melfi (105g) qui faisait du duc de'Pouille et de Calabre le ligius homo du pape, et ce au moment le siège de Constantinople s'appliquait à marquer avec tant d'â- preté et d'éclat sa séparation d'avec celui de Rome, le pa- triarche Michel Cérulaire excommuniait les légats de Léon IX, et l'évêque d'Otrante était des premiers à souscrire à cette sentence, engageant solennellement avec lui tout le clergé grec de Grande-Grèce.

La politique souple et « réelle » des Normands trancha les mille nœuds cette situation. Ils conçurent du premier coup ce que devait être le gouvernement d'un pays qui était, et qu'ils voulurent voir rester lombard, grec et arabe. Normands, ils laissèrent aux uns et aux autres leurs coutumes, et, pour ne citer que cet exemple, les Grecs continuèrent de se marier « alla grichisca ». Féodaux, ils distribuèrent le pays en fiefs; mais les villes ou castra, devenues des communes, gardèrent leurs institutions antérieures, et nous y rencontrerons jus- qu'au xmc siècle les archontes décorés des noms sonores de catapans, d'exarques, de stratèges et de sénateurs, et jusqu'à la persistance du vieux nom de thème. Je ne croirais pas que la propriété et la fortune des Grecs aient souffert du change- ment de régime, et que les barons normands aient été autre- ment durs que les hactionarii impériaux. Les églises furent plus éprouvées : en moins de trente années, Tarente, Otrante, Santa Severina, Reggio, c'est-à-dire les quatre églises métro- politaines, et, parmi les suffragantes, Cassano, Bisignano, Cerenzia, Umbriatico, Isola, Nicastro, Tropea, furent latinisées et de personnel et de rite; sans parler des deux sièges nouveaux et normands de Mileto et de San Marco. Mais cette latinisation rapide, comme elle fut exécutée à coup sur! A Squillace, l'évêque grec Théodore Mesimerios, un bilingue, étant mort (1096), le siège est latinisé, et la charte de Roger s'en exprime

INTRODUCTION.

XXV

ainsi : « Ego Rogerius, Siciliœ cornes et Calabriae, ingemiscens quod in tam nobili civitate, ubi tôt sunt Christicolœ, ubi tanta viget ISormandorum copia, pontificalis et latina nondum extiterat ecclesia..., quoniam in curia nostra Squillacensis ecclesia sic

muta erat, sic inntilis erat..., sic a laudibus divinis tacita »

Et il fonde un chapitre, et il dote l'église, et il installe un évêque. Remarquez bien le considérant ubi tanta viget Norman- dorum copia. Là, en effet, les Grecs étaient en nombre, le clergé resta grec : ainsi à Bova, à Gerace, à Crotone, à Ros- sano, etc. Et même en maint endroit l'évêque était désor- mais latin, on laissa subsister comme des chorévêques grecs, ayant juridiction simplement personnelle : ainsi à Stilo, à Oppido, à Paléocastro. Puis, le nouveau régime définitivement assis, la cour ne mit plus aucune différence entre les prélats de rite grec et les prélats de rite latin. Quant aux moines, le droit féodal, en leur reconnaissant la faculté de posséder, allait modifier profondément leur établissement. On peut avancer que tout ce que le monacbisme détenait de biens-fonds, sous le régime précaire qui était le seul dont il fut capable, tout dis- parut à la conquête normande : au Mont-Cassin échut Saint- Pierre de Tarente; à la Sainte-Trinité de Yenosa, Saint-Nicolas de Morban; à La Cava, Sainte-Marie de Kur-Zosimo, Saint- Georges de Piscopio, Sainte-Marie de Pertusia, Saint-Pierre de Bragalla, Saint-Adrien deRossano. La Sainte-Trinité de Mileto, fondée en 1081 par Roger, fut dotée d'églises et de couvents sis à Gerace, à Paléocastro, à Stilo, à Squillace, autant d'an- ciennes fondations byzantines. Mais, cette « liquidation » une fois ainsi faite au profit du monachisme latin, le patrimoine du monacbisme grec se reforma ; il se reforma sur un base juridique nouvelle, qui allait lui permettre un développement qu'il n'avait jamais connu auparavant; ce sera l'histoire des grandes fondations basiliennes du commencement du xiie siècle. Les Grecs de Calabre et de Pouille purent ainsi continuer à vivre avec leur coutume, leurs franchises, leur culte, leur langue. Restait Rome. Mais tous les griefs de Rome contre les Grecs se renfermaient dans une question d'investiture : ni au concile de Melfi, en io5(), ni même au concile de Bari, en 1099, ni dans les divers séjours de papes en pays normand, nulle part

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xxvi INTRODUCTION.

ne fut soulevée la question des azimes, ou du samedi, ou du célibat ecclésiastique. Au surplus les Grecs ne devaient con- naître de Rome que son légat a latere, et ce légat était Robert Guiscard lui-même, et après lui les Roger.

On vit mieux encore, et une fois de plus Grœcia capta fer uni victorem cœpit. On vit les fils des Hauteville helléniser et le nou- veau dux Apuliœ, Calabriœ et Siciliœse donner pour successeur régulier d'Argyros. Le basileus lui-même (c'était le faible Michel VII) s'y prêta, pensant ressaisir ainsi une ombre de ses anciens droits sur l'Italie méridionale : en 1077, il alla jusqu'à solliciter pour son fils Constantin la main de la fille de Robert Guiscard. Et peu après, Constantin VII détrôné et sa suc- cession ouverte, Robert Guiscard appareilla vers Constanti- nople, « versus Romaniam animum intendens » (le mot est de Geoffroy Malaterra), c'est-à-dire aspirant à monter en personne sur le trône impérial à la façon d'un général byzantin, d'un Nicéphore Botoniate (1078) ou d'un Alexis Comnène (1081). Robert Guiscard mourut en route : Boëmond, son fils, fut du moins prince d'Antioche en même temps que de Tarente ; et le grand-comte Roger, son frère, comme plus tard le roi Roger, son neveu, dans la pompe toute byzantine de la cour de Palerme, ne renoncèrent jamais à l'espoir de conquérir la Romania. La monarchie normande eut une flotte grecque commandée par des amiraux grecs. Elle eut une chancellerie grecque, empruntant à Byzance le protocole de ses actes, Poyéptoç êv Xpcenroi tw 0ew eùtyeêYjç xpaxacoç prjç xal xPt<7Ttav&v êorjOo;, etc. comme aussi le dessin et la légende de ses sceaux et de ses monnaies. Elle eut, à côté même de ses troubadours, des poètes grecs : tel cet Eugène, qui célébrait en vers politiques les vergers fleuris de Palerme :

Eî<r\ 7iap' r\\j.Xv èv IIavop[X(p fî) tcoXsc IlXecaTwv cpuTôiv oévSptov xs xapiu^wv yévv) Ko» TravToSxrcàiv àvOéœv 7to)ar/p6tov.

et le roi Roger, entouré de ses évêques latins, sous le feu des mosaïques byzantines de sa chapelle palatine, put entendre des prélats grecs de son royaume le prêcher en grec, et le saluer du nom d'eùaeê/,; poiGileùç et de « majesté impériale ».

INTRODUCTION.

XXVII

Un moment vint même, c'était vers n43, la cour de Pa- ïenne sembla assez pénétrée par l'esprit grec pour que le patriarche de Constantinople pût espérer obtenir du roi Roger qu'il lui restituerait la juridiction des églises de Sicile, de Calabre et de Pouille. Etait-ce le vœu secret du clergé grec du royaume ? On peut le penser. Une négociation fut entamée, et il nous en reste le mémoire Sur les cinq patriarcats, rédigé par le « protoproèdre des protosyncelles » de Constantinople Nil Doxapatri. Nil, qui était un orateur disert et un légiste, s'appliqua à démontrer que Rome était un siège de même ordre que les quatre autres sièges patriarcaux de la chré- tienté, l'Eglise étant un corps dont le Christ était le chef et les cinq patriarches les cinq sens. Mais quoi! pouvait-il penser que le roi-légat s'accommoderait jamais de ce gallicanisme byzantin?

On comprend maintenant que la conquête normande, loin d'étouffer l'hellénisme de la Grande-Grèce, ait été au contraire pour lui l'occasion d'une renaissance, et lui ait procuré deux siècles d'une vie intense encore et très largement nationale. Il me reste à en déterminer les principaux foyers.

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IV

Tarente est entre toutes une ville latine : le cartulaire du couvent de Saint-Pierre, lequel est devenu un prieuré de La ("a va, enregistre cependant des actes de donation rédigés en grec par des Grecs de Tarente, jusqu'en 1228. A Lecce, ville latine, on trouve des clercs grecs encore en i3i3. A Brindisi, sous Charles II d'Anjou, la municipalité demande l'institution d'un notaire grec, « parce que nombre d'habitants de la ville se servent du grec dans leurs* contrats » ; et en 1369, l'archevêque recourt à la reine Jeanne pour réduire des prêtres grecs établis dans la cité et qu'il accuse d'être « ignorants, de condition vile, de réputation détestable, et uniquement occupés de négoce ». Au sud de Lecce, le pays est tout grec. Citons Soleto que nous retrouverons plus loin, Aradeo l'église gardait encore

xxvm INTRODUCTION.

trace de fresques byzantines au siècle dernier, Nolia à pa- reille date on lisait encore des inscriptions grecques de l'époque normande, Fulciniano, Taurisano et Cerrate Ton en voit encore, Zollino dont nous avons un diplôme grec de i4oi, Galatone Bessarion prit le secrétaire qui raccompagnait au concile de Florence, Altiste, San-Cesario, Calimera, San-Pietro in Galatina, Maglie, etc. San-Stefano enfin (près de Vaste), M. de Simone a relevé Tépitaphe grecque d'un prêtre d'Antio- che. Gallipoli était évêché grec : au xiie siècle, on y comptait au moins trois églises grecques distinctes de la cathédrale, et un monastère grec (Saint-Maur in anaphorario), dont on voit encore l'église décorée de fresques et d'inscriptions byzantines; au xme siècle, les diplômes grecs y parlent d'un exarque, de juges, de notaires, de tabellions, de maîtres d'école, de clercs, tous grecs de langue et de noms; en i32p, l'évêque était un basilien de Saint-Nicolas de Calamizi; en i33i, un basilien du Saint-Sauveur de Messine. Le rite ne devait être latinisé qu'après ce dernier. Nardo avait été à la fin du xic siècle, sem- ble-t-il, siège d'un chorévêque grec; en 1262, un visiteur apostolique envoyé par Clément IV en écrivait « tanta se hilari- tate perfusum, ut in Graeciam transfretasse videretur » ; l'usage du rite grec s'y maintiendra jusqu'au xvie siècle.

En Terre d'Otrante les monastères de saint Basile s'étaient multipliés. Le Liber taxarum cite un monastère à Patù ; deux près de Lecce, Sainte -Marie de Ferrât is et Sainte-Marie de Cantataedri; Sainte-Marie de Lovito, près d'Alessano; Saints- Pierre-et- André de insula , Sainte-Marie de Calzano , San- Vito, pourTarente; Saint-Nicolas de Casole, pour Otrante. San-Vito del Pizzo paraît avoir été à l'origine une colonie de moines venus d'Orient et établis en 11 17 par Raynald arche- vêque de Tarente : c'étaient peut-être des moines venus de Syrie à l'époque de Boëmond II, quand Tarente avait avec Antioche les relations que l'on sait. En 1267, le Saint-Siège fera de San-Vito un prieuré de Casole. De tous les couvents de l'Otrantin, Saint-Nicolas de Casole est de beaucoup le premier. Il date de 1099, et est une fondation de Boëmond : doté et privilégié par les deux Boëmond, puis par le roi Roger, les deux Guillaume et Frédéric II, immédiatement sujet du Saint-Siège,

INTRODUCTION. xxix

Saint-Nicolas est la plus riche abbaye grecque de.; l'Italie méri- dionale (le Saint-Sauveur excepté). Quatre de ses premiers higou- mènes sont saints, Joseph (-J- 1 12 7), Victor (-j- 1 1 53), Nicolas (-[- 1 190), Hilarion (-j- 1201); le septième est un poète, Nectarios (-J-I235). Un poète! Il semble que ce soit le privilège de ce coin de terre de les produire. Nous avions eu Marc d'Otrante au vine siècle. Au xme nous avons Jean d'Otrante, un paatXixèç ypa^aTcxoç, et Georges de Gallipoli, un x«pToçOXa5, qui célébreront en vers politiques les hauts faits de Frédéric II. Pour le xne, voici Nectarios de Casole et Jean Grassos, son disciple. Saint-Nicolas de Casole restera jusqu'à la fin (il fut détruit par les Turcs en 1 48 1 ) une abbaye littéraire, la plus littéraire de toutes les abbayes basiliennes : on y lisait Aristote et Aristophane, on y copiait Callisthène et Quintus de Smyrne. Galateo, qui l'avait vue debout, en faisait cet éloge souvent cité : « Hic monacho- rum magni Basilii turba convivebat : hi omni veneratione digni, omnes literis grœcis et plerique latinis instructi, optimum sui prœbebant spectaculum. Quicumque grœcis literis operam dare cupiebant, iis maxima pars victus, prreceptor, domicilium, sine aliqua mercede donabatur : sic res graeca, quœ quotidie rétro labitur, sustinebatur ».

Enfre la principauté de Tarente et le duché de Calabre, clair- semées et comme égarées au midi de Salerne, voici un groupe de localités grecques. C'est Saint- Jean de Piro, riche abbaye qui possède des grangie à Policastro, à Sapri, à Torraca, à Rivello, à Maratea, à Trecchina, et qui sera un jour commende de Bessa- rion : il est vrai qu'à cette époque moines et tenanciers auront depuis longtemps cessé d'être grecs, « monaci graeci penitus defecerunt ac paucissimi graeci in partibus illis reperiuntur », dit une bulle de Sixte IV ( 1 47^). C'est un peu plus au nord, dans le Valdi Mingara, un prieuré uni à Grotta Ferrata, Sainte-Marie de Rofrano, avec des grangie à Laurino (S. M. de vitis), à Diano, à Montesano, à Campora, à Sanza, à Sassano. C'est, plus à l'est, dans la vallée de l'Agri et sur le versant du golfe de Ta- rente, Carbone dont l'abbaye nous arrêtera plus tard, et autour de Carbone plusieurs localités grecques, Episcopia, par exemple : plus près de la mer, Albidona, Oriolo, Cerchiara; et enfin, plus à l'ouest, Ajcta. La grécité de ces petits bourgs nous est attestée

xxx INTRODUCTION.

par des diplômes du xue siècle et du commencement, du xme, mais il ne paraît pas qu'elle y ait persisté beaucoup au delà de cette période.

Le cœur de la Sila, séduisante retraite pour des moines, avec ses gorges sauvages et ses impénétrables forêts, n'a cependant pas attiré les moines grecs dans ses solitudes. C'est un latin, le bienheureux Joachim (-j- 1202) qui conquerra ce désert, en y fondant San-Giovanni in Fior, et en y instituant Tordre de Flore. Mais sur le revers de la Sila les Grecs sont pour longtemps solidement assis. Santa - Severina , comme elle s'appelle dès lors, siège trop important pour n'être pas donné aux Latins, restera une cité grecque cependant : dans le propre chartrier de Flore on trouve mentionnés, dans des diplômes grecs du xme siècle, primicier de l'église métropolitaine, le grand protopapas, l'exarque, les tabellions, les juges de Santa-Sevf- rina, tous grecs.

Cerenzia, qui eut pour premiers évêques latins des disciples de Joachim de Flore, aura cependant jusqu'au commencement du xnie siècle des notaires et des tabellions grecs. Umbriatico, encore au xme siècle, a au moins une paroisse grecque et des tabellions grecs. A Isola, l'abbaye du Patir possédera un prieuré, Saint-Constantin. Aux environs de Cantazaro, je relève les localités grecques de Tiriolo, Maïda, Amato, Rocca-Felluca, Cropani, Simeri, et à Catanzaro même une communauté grecque assez considérable pour avoir encore au début du xive siècle son tabellion et son protopapas. Le siège de San-Leone, supprimé en 1 571 , avait pour titulaire en i3^g un basilien du couvent de Saint-Nicolas de Flagiario (Nicastro). Taberna était grec, témoin ce « fils du prêtre Basile de Taberna » , qui figure dans un diplôme de 1242. Mais deux villes seront surtout réfractaires à la latinisation : Crotone et Rossano.

Crotone avait, au xmc siècle encore, un chapitre, un évêque grec, des tabellions et des juges grecs, enfin, à la tête du muni- cipe, un catapan. En 12 17, Jean évêque grec de Crotone était envoyé par Honorius III à la cour de Théodore Ange Comnène, en Épire, pour négocier la mise en liberté du légat Jean Co- lonna ; son successeur était par le même pape chargé de visiter et de réformer les abbayes basiliennes des Calabres; et l'évêque

INTRODUCTION. xxxi

qui lui succède (ce sera le dernier évêque grec de Crotone), Nicolas de Durazzo, « in latina et grœca lingua peritus », sera en 1261 envoyé par Alexandre IV comme légat de la cour des Paléologues.

Rossano, élevé seul de tous les sièges grecs subsistants au rang d'archevêché (sans suffragances), était comme la primatiale de tout ce qu'il y avait encore d'églises grecques clans le duché normand de Calabre. Le chapitre y était grec, comme le municipal Les archevêques l'étaient aussi. En iio5, c'est Nicolas Maléinos, un survivant de l'aristocratie byzantine (en 1093 nous trouvons un Maléinos qualifié de protospathaire dans un diplôme de Stilo), et d'une aristocratie encore riche et puissante. En 1167, une donation faite par Jean, archevêque de Rossano, à l'abbaye de Saint-Jean de Calovito, porte la souscription grecque de vingt et un clercs du chapitre, parmi lesquels un Michel Maléinos diacre. En 1193, l'archevêque, Cosmas, sera pris au Patir dont il est abbé, et recevra la visite solennelle de Tancrède venant faire ses dévotions à la Panagia achéropite de la cathédrale ; en 1240, ce sera un basilien de Bordonaro; en ia55, un basilien de Carbone; en i3o7, un basilien de Saint- Adrien. Le dernier titulaire grec siégera de 1 348 à 1 364- Mais de tous ces prélats grecs de race et grecs de rite, un surtout est à retenir, qui se trouve être en même temps l'unique représentant de l'élo- quence grecque au xne siècle, Théophane Cérameus. C'est bien en effet à Rossano qu'il appartient, ce point a été établi par Mgr Lancia di Brolo dans sa remarquable Histoire de V Eglise de Sicile. Nous avons de Théophane un recueil de soixante-deux homélies, d'une grécité élégante, d'une composition habile, d'une éloquence ingénieuse et parfois émue, d'une érudition toute grecque, et d'une clarté toute latine. Dans le nombre il s'en trouve une prononcée dans la Cattolica de Reggio, une dans l'église du Saint-Sauveur de Messine, une à Taormina, d'autres dans la cathédrale de Palerme ou dans l'église Saint- Étienne de Palerme, d'autres dans la chapelle palatine de Pa- lerme, le reste dans la cathédrale de Rossano. Il y en a une bien curieuse (la 55e), pour les compliments qu'il y adresse au roi Roger présent à l'office, et pour la description qu'il y fait de la chapelle palatine et de ses mosaïques. Et je ne veux pas

xxxn INTRODUCTION.

oublier celles (la iie et la nc) Tliéophane mentionne en termes exprès la madone achèropite de sa cathédrale.

Dans la grécité de l'Aspromonte la latinité avait fait brèche de toute part, les Bénédictins étaient à Mileto, saint Bruno i-f i ioi)et ses compagnons dans le diocèse de Squillace. A Reg- gio, en 1090, on avait vu saint Bruno élu archevêque par le chapitre, preuve que le clergé était latin : mais les Grecs y for- maient cependant une communauté assez consistante pour y garder jusqu'au xuie siècle leur prêtres, leurs juges et leurs notaires. Autour de Reggio la grécité était au contraire très compacte: Pentedattilo , Cardeto, Santa-Agata, Leucopetra étaient des localités grecques. Bova était un siège épiscopal grec, et le restera jusqu'au xvie siècle : les actes d'un synode diocésain tenu à Bova à la fin du xvne siècle nous apprennent qu'on y comptait encore cinq grandes paroisses grecques, chacune avec un protopapas. Sur la côte tyrrhénienne, Seminara était peuplée exclusivement de Grecs au xne siècle, et dut le rester longtemps encore. A Nicotera et à Tropea, l'église avait passé, dès la con- quête normande, au rite latin, mais jusqu'au xme siècle nous y trouvons des protopapas et des tabellions grecs. A Vibo, encore en 1283, le clergé et la municipalité étaient grecs. L'abbaye bénédictine de Mileto était obligée d'entretenir un protopapas et un tabellion grec, encore auxine siècle. L'évêque de Squillace (un siège qui avait passé au rite latin, dès le début) était lui aussi tenu d'avoir au xme siècle un tabellion grec, et une partie de son clergé était de rite grec; en ia44? nous y trouvons un « baioul » grec. Puis, au sud de Squillace, toute la côte était grecque : Stilo, qui était ou avait été un temps siège d'un évêque grec ; Oppido, qui l'était encore en i3oi, l'évêque est chargé par Charles II d'Anjou de traduire en latin quelques livres de méde- cine et reçoit quatre once d'or pour sa peine et une pour son copiste; et encore en 1 349» ou ^e titulaire est un basilien de Sainte-Marie de Tireto; tout près d'Oppido, la petite ville de Sainte-Christine; sur la côte, Paléocastro (Caulonia) ; mais surtout Gerace (Hagia-Kiriaki) , qui, au xme siècle encore , avait tout son clergé grec, et sa municipalité présidée par un « stratège ». A Gerace, l'évéché restera aux Grecs jusqu'à la fin du xv(; siècle. Je relève dans le catalogue épiscopal les noms, en

INTRODUCTION.

XXXIM

ia53, d'un basilien de Sainte-Marie de Gala; en 1260, d'un basilien de Saint-Nicodème de Mammola ; en 1279, d'un basilien de Saint-Philarète de Seminara ; en i3i2, d'un basilien de Saint-Philippe de Gerace; en i348, d'un Grec de Constantinople nommé Siméon, et enfin, après plusieurs autres, d'Athanase Chalkéopylos (1472- 1497), dernier évêque grec, lui aussi ori- ginaire de Constantinople et ex-abbé du Patir.

Bova, Oppido, Gerace, Stilo étaient ainsi les quatre grands centres de population grecque dans l'Aspromonte, centres autour desquels s'était développé le groupe le plus nombreux de fondations monastiques grecques que nous rencontrions dans la Grande-Grèce normande. Autour de Bova, c'étaient les abbayes ou prieurés de Sainte-Marie de Tireto, de Saint-Jean de Castaneto, de Saint-Nicolas de Calamizi, de Sainte-Marie de Trapezometa, de Saint-Michel de valle Tuchi, du Saint- Sauveur de Calamano. Autour d'Oppido, Saint-Pancrace de Scilla, Saint-Philarète de Seminara, Saint- Barthélémy de Trigona, Saint- Jean de Lauro , Saint-Pierre d'Arena, Saint- Fantin de Seminara, Saint-Elie de Calatio, Saints-Pierre- et Paul de Ciano, Saint-Onuphre del C/iao, Saint-Laurent d'Arena, Saint-Elie de Melicucca, Sainte-Marie de Rovito, Saint-Nicolas de Droéi. Autour de Gerace, Saint-Philippe de Gerace, Saint- Nicodème de Mammola, Saint-Biaise de Mammola, Sainte- Marie de Popsi. Dans la région de Stilo et de Squillace, Saint- Jean de Stilo, Saint-Grégoire de Staletti, Sainte-Marie de vetere Squillacio, Saint-Nicolas de Magliotis, Sainte-Marie de Carra. Cette liste est bien incomplète. Tous ces monastères étaient loin d'avoir la même importance. Le Liber censuum, à la fin du xnc siècle, ne retient que Sainte-Marie de Carra, qui, décorée du privilège de l'immédiateté par Alexandre II, paie à l'Eglise romaine un cens de « I marabotinum ». Saint-Grégoire de Staletti et Sainte-Marie de vetei^e Squillacio (la Roccelletta) étaient deux humbles couvents ressortissant à l'évêque de Squillace, mais qui revendiquaient l'honneur d'être la survi- vance, qui du monasterium Castellense, qui du monasterium Vivariense de Cassiodore. Saint-Jean de Stilo ne fut immédiatisé que fort tard, mais tenait sans conteste le premier rang des monastères de l'Aspromonte : c'est qu'était vénéré le corps

1?

xxxiv INTRODUCTION.

de saint Jean le Moissonneur, objet d'un pèlerinage célèbre en Calabre au xnc siècle, et cher à la dévotion du roi Roger et de sa mère Adélaïde. Les ruines en sont belles : elles rappelaient à E. Jordan l'art moitié normand, moitié arabe de la Martorana et de San-Cataldo de Païenne.

Communes, églises, couvents, et c'est ce qu'il importe de marquer à la fin de cette statistique, n'étaient point les unités d'une diaspora sans liens : ils formaient au contraire une société, une même langue, un même culte, un même droit consti- tuaient un lien étroit, solide et comme national. C'était ce qu'avaient voulu les Normands, et après eux Frédéric II , voyez le texte grec des Constitutiones regum regni utriusque Siciliœ de Pierre des Vignes ; c'était surtout ce qu'ils avaient réussi à réaliser dans leur royaume cosmopolite des Deux-Si- ciles , et c'était une conception si exceptionnelle pour leur temps, que personne ne sut la maintenir après eux.

V

Roger Bacon écrivait, vers 1271, dans son Conipendium studii philosophiœ adressé à Grégoire X : « Sunt multi in Anglia et Francia qui [grœco] satis instructi sunt, nec multum esset pro tanta utilitate il s'agissait d'interpréter la Bible grecque, ire in Ilaliam in qua clerus et populus sunt pure grseci in multis locis; et episcopatus et archiepiscopatus et divites ac seniorespos- sent ibi mittere pro libris et pro uno vel pro pluribus qui scirent grœcum, sicut D. Robertus Robert Grosseteste (-J- 12 53) sanctus episcopus Lincolnensis solebat facere, quorum aliqui in Anglia usque ad liaec tempora sunt superstites. »

Mais ni Roger Bacon ni Robert Grosseteste n'étaient les pre- miers savants d'Occident à s'adresser à la Grande-Grèce nor- mande pour en avoir des hellénistes. Avant eux, Jean de Salisbury [-\ 11 80) avait cité les traités de dialectique d'Aristote d'après un « grœcus interpres natione Severitanus », et ce grec de Santa-Severina est identifié avec « Enricus Aristippus », archidiacre de Catane, plus tard chancelier de Guillaume Ier.

INTRODUCTION. xxxv

A ce même Aristippe on devait une traduction latine du Ménon et du Phédon de Platon, qui nous est parvenue. Il nous ap- prend dans sa préface au Ménon que, concurremment, le roi Guillaume lui avait demandé de traduire les « opuscules » de saint Grégoire de Nazianze, et Hugues {-[ 1161), archevêque de Palerme, les Vies des philosophes de Diogène Laerce. La cour normande, et plus tard davantage encore la cour souabe, avaient été, si j'ose dire, comme un office de traductions soit de l'arabe, soit du grec en latin. Rien n'est plus connu que la lettre de l'empereur Frédéric II (1232), envoyant à l'université de Bologne les versions latines qu'il a fait faire d'Aristote et de ses commentateurs arabes, « compilationes variée quœ ab Aristotele aliisque philosophis, sub grœcis arabicisque voca- bulis antiquitus eclitre, in sermonialibus et mathematicis disci- plinis..., quas adhuc originalium dictionum ordinatione con- sertas et vetustarum vestium... operimento contextas, vel bominis defectus aut operis ad latinre lingure notitiam non perduxit ». Manfred envoyait à son tour à l'université de Paris la même collection que Frédéric II, son père, avait donnée à Bologne : il v pouvait joindre une traduction de plus, celle des Magna moral ia d'Aristote. Nous l'avons encore, et l'on peut lire en titre j Incipit liber magnornm ethicorum Aristotelis, trans- latas de grseco in latinum a magistro Bartholomeo de Messina, in curia illustrissiini Maynfredi serenissimi régis Sicilie, scientie amatoris, de mandato suo.

C'était la contribution de notre Italie grecque à la culture latine du xme siècle.

Au xivc siècle appartiennent deux noms de Calabrais, les derniers que la Grande-Grèce aient donnés à l'histoire littéraire. Le premier est Barlaam de Seminara, mathématicien et théologien, protégé de l'empereur Jean Cantacuzène, protégé du pape Clément VI,. résidant tantôt a Avignon, tantôt à Constantinople, connu surtout pour ses controverses avec Grégoire de Salonique et Georges Palamas, et pour avoir appris le grec à Pétrarque. Le second est ce Léon Pilatos, que Pétrar- que, qui l'avait connu à Padoue, recommanda à la Seigneurie pour la fondation à Florence d'un cours public de langue grecque (i35()), et auquel il demanda de traduire en latin

xxxvi INTRODUCTION.

l'Iliade et l'Odyssée. Pétrarque écrivait d'eux : « Aliquot graecac linguae doctissimos homines nostra aetate Calabria habuit, in lus duos, Barlaam monachum et Leontem Thessalonicensem ; uterque mihi familiaris , primus etiam et magister fuerat ». Et Boccace, qui les connut lui aussi tous deux, traçait d'eux ce joli portrait : « Leontius quidem aspectu horridus homo est, turpi facie, barba prolixa et capillitio nigro, moribus incultus nec satis urbanus homo ; verum litterarum graecarum doctissi- mus atque fabularum archivum inexhaustum, etsi latinarum non satis adhuc instructus si t. . . Barlaam monachum [novi], Calabrum hominem, corpore pusillum, praegrandem tamen scien- tia, et graecis adeo eruditum ut imperatorum et principum Grae- corum atque doctorum hominum privilégia haberet testimonia nedum his temporibus apud Graecos esse, sed nec a multis saeculis citra fuisse virum tam insigni tamque grandi scientia praeditum ».

Le xive siècle fut pourtant l'époque l'Italie grecque se fondit définitivement dans l'Italie italienne. A la maison de Souabe avait succédé la maison d'Anjou, peu intelligente des choses de l'Orient, toute dévouée aux intérêts du Saint-Siège. En 1 270, je vois Charles d'Anjou donner des lettres à un dominicain, fra Matteo de Castellamare, « inquisitori heretice pravitatis in justitiariatu Calabrie et Vallisgrati et terra Jordani a S. R. E. constituto ». Ce fut toute la politique religieuse des Angevins. Par ailleurs, la quatrième croisade et le démembrement de l'empire byzan- tin qui en avait été pendant un demi-siècle la conséquence, avait rendu formelle la sécession de l'Eglise grecque de la latine, et dès lors avait commencé une période de querelles acariâtres l'accusation d'hérésie avait éclaté de part et d'autre. Les Grecs d'Italie étaient ainsi mis en demeure ou de faire secte à part, comme des Vaudois, ou de passer au romanisme. Or c'était le moment, où, comme pour rendre plus aisée la transition, la langue italienne devenait la langue commune des deux Siciles, preuve que tout le mouvement social entraînait à la fusion des nationalités. Les Grecs italiens devaient devenir franchement et complètement Italiens, et ils le devinrent.

Il ne subsista plus que quelques rares îlots de la population grecque ancienne. Signalons Altamura, qui possédait encore

INTRODUCTION. xxxvn

une église de Saint-Nicolas des Grecs à l'époque du pape Jules III : j'ai sous les jeux an rescrit du cardinal Ranuccio Farnèse, adressé « presbiteris elericis et capitulo collegiatae ecclesia? Sancti-Nicolai Grœcorum », les autorisant à continuer à célébrer en grec, malgré l'opposition de l'archiprêtre latin de la ville. Signalons Soleto, dont on a publié une Visitatio exécutée au nom de l'archevêque d'Otrante en 1607 on J voit que le clergé grec y comptait quatorze prêtres, un diacre et sept clercs, en tout vingt-deux ecclésiastiques, seize ma- riés, quatre veufs, deux célibataires ; mais on y voit aussi que les prêtres savaient à peine lire les oraisons de la messe, que l'arcliiprêtre ne l'avait jamais célébrée, et que le diacre ne pouvait pas dire par qui il avait été ordonné. La pauvreté de l'église passait l'ignorance du clergé ; quant à la malpropreté, il vaut mieux n'en rien dire. Signalons enfin Bova la cathédrale, avec son chapitre et ses clercs, conserva le rite grec jusqu'à la fin du xvie siècle.

Les monastères basiliens avaient partagé la décadençe du clergé séculier, et, comme la plupart des paroisses grecques, ils s'étaient éteints obscurément au cours du xive siècle : leurs dépouilles étaient allées aux Cisterciens, aux Bénédictins, aux Mendian/ts, le plus souvent aux barons. Il n'y avait eu à sur- vivre que les monastères qui jouissaient du privilège de l'immé- diateté : ceux-là, qui étaient en même temps les plus riches, avaient pu, grâce à l'appui du Saint-Siège, défendre leur patri- moine, et, grâce a leur patrimoine, se perpétuer; mais aussi, exempts de l'autorité épiscopale, isolés au milieu de popula- tions qui leur étaient désormais étrangères, ils ne pouvaient manquer de tomber dans l'ignorance et dans le relâchement. Il n'y a pas lieu d'insister sur cette décadence monastique, dont nous trouverons sur notre route trop de traces. Disons seulement que le Saint-Siège s'appliqua à y remédier avec un infini respect pour la discipline grecque, que ces moines ne laissaient pas que de représenter. Il lui eût été aisé, en effet, de réunir ces quelques couvents, une cinquantaine au total, à l'ordre de Saint-Benoît ou à celui de Cîteaux, mais il ne le fit point. En i3^o, nous voyons Urbain V ordonner une visite des couvents grecs, à l'effet « d'expurger leurs missels de quel-

SXXVIH INTRODUCTION.

ques erreurs qui s'y sont, dit-on, introduites » : mais on ne trouve aucune trace de cette réforme liturgique dans les eu- cologes basiliens. En 1 3^3, évidemment à la suite de cette visite, Grégoire XI se borne à faire distribuer dans tous les couvents de Tordre des exemplaires grecs de la règle de saint Basile.

C'est tout jusqu'à Eugène IV, époque à laquelle Bessarion écrivait des moines grecs d'Italie, ces paroles souvent citées : « La plupart, ignorants de la langue grecque, autant qu'Italiens, ne savent pas même lire l'alphabet de saint Basile. D'autres, qui ont appris à lire le grec, ne comprennent pas le sens de ce qu'ils lisent. Un très petit nombre, un peu mieux instruits, l'en- tendent que bien que mal ». Un chapitre général de l'ordre de Saint-Basile, le premier qu'on eût vu se réunir, fut convoqué par les soins de Bessarion et d'Eugène IV, en i446 : il y fut décrété l'institution de visiteurs ordinaires, chargés de l'inspec- tion périodique et de la réforme des couvents. Le pape et le cardinal, qui comprenaient que la portion italienne de l'ordre de Saint-Basile était le meilleur des arguments à faire valoir pour réfuter les schismatiques, s'appliquaient à faire revivre dans cet ordre la pure tradition grecque. Et c'est dans cette pensée aussi que Bessarion obtenait, en i^6i, du pape Pie II, qu'on établît à Messine « gymnasia grœca pro monachis graecis seu calogeris, constituta prœceptori annua mercede aureorum 80 1. camer., solvenda a monasteriis basilianis ».

Nous touchons ici à l'extrême limite de notre sujet, au moment l'hellénisme monastique de la Grande-Grèce mé- diévale et l'humanisme de la Renaissance se rencontrent. Le « praeceptor », en effet, choisi pour enseigner au gymnase basilien de Messine, après avoir été au début un moine émigré de Constantinople, Andronic Gallinoto, était, dès i^6y, remplacé par le maître helléniste de la Renaissance, Constantin Lascaris. Désigné par Bessarion, stipendié par les couvents basiliens de Calabre et de Sicile, Lascaris allait enseignertrente années durant à Messine, et faire de Messine, pendant cette courte période, l'heureuse rivale de Venise : c'était le dernier éclat que jetait avant de s'éteindre l'hellénisme italiote. A Messine, Lascaris rédigea la première grammaire grecque des temps modernes.

INTRODUCTION. xxxix

A Messine, il forma sa bibliothèque. A Messine enfin, il ensei- gna, je ne disjpas aux caloyers pour qui Bessarion l'avait appelé, mais du moins à d'illustres élèves, dont fut le cardinal Bembo, un Vénitien. « Siciliam tetigimus », écrivait Pierre Bembo à son père (1492), lui confiant les mille regrets que Y « aëris mira temperies » de Messine ne parvenait pas a consoler, « sed abstersit nobis omnera molestiam Constantini Lascaris huma- nissima congressio, qui nos excepit libentissime. ... Erudimur mira ipsius diligentia, tu m amore prope paterno. Omnino nihil il I o sene humanius, nihil sanctius... »

Arrêtons-nous sur ce bel éloge du grand humaniste qui était venu demander à la Grande-Grèce basilienne du pain et une patrie, en lui rappelant à elle-même ses propres origines, et ces émigrés qui sept siècles auparavant lui avaient donné cette langue, cette nationalité, cette culture, bien finies dès lors et dont le xvi° siècle ne pourra que recueillir pieusement les reliques.

Le mémoire magistral de M. Capasso, signalé en tête, suffit à indiquer les sources auxquelles j'ai puisé les faits classés ci-dessus. Il ne me reste qu'à signaler quelques livres ou dissertations modernes que j'ai utilisés, - en outre du traité si estimable de Rodotà {DeW origine, progresso e stato présente del rito greco in Italia, 1758), des beaux livres de M. Amari [Storia dei Musulmani in Sicilia, 1 854-7*), T-<î>ncia Brolo [Storia délia Chiesa

in Sicilia, 1880), et de F. Lenormaut [La Grande-Grèce, 1881), enfin de la précieuse collection de l'Institut archéologique du Capkole, la « Biblio- theca Platneriana », et sans oublier les deux très vieux livres de Barrius et de Galateus.

H. W. Schulz, Denkmàler der Kunst des Mittelalters in Unteritalien, Dresde, 1860

F. Hirsch, De Italioe inferioris annalibus seec. X et XI, Berlin, 1864. V. Rose, Die Liike im Dio gènes Laertius und der al te ZJberselzer [Aristippus], dans le Hernies, 1866.

D. Comparetti, / dialetti greci delC Italia méridionale, Pise, 1866.

A. Salinas, Di un antica iscrizione cristiana rinvenuta in Palermo, Palerme, 1869. (Un exemplaire à la bibliothèque de l'Ecole française de Rome.)

F. Hirsch, Das Herzogthum Benevent bis zum Untergange des Longobardischen Reichs, Leipzig, 1871.

« Homunculus », Paralipomeni délia storia délia denominazione di Basili- cata, Rome, 1875.

XL INTRODUCTION.

G. Beltrani, Document i longobardi e grcci per la storia delV Iialia méridio- nale nel medio evo, Rome, 1877.

A. Rolando, Geograjia politica deW Ilalia impériale nei secoli IX e X, dans Y Archivio storico italiano, 1880.

O. von Gebhardt et Ad. Harnack, Evangeliorum codex grsecus purpureus rossanensis, Leipzig, 1880.

A. Engel, Recherches sur la numismatique et la sigillographie des Normands de Sicile et d'Italie, Paris, 1882.

G. Beltrani, Due reliquie del bizantinismo in Puglia, dans Y Archivio storico napoletano, 188-2.

F. Brandi! eone, // diritto romano nelle leggi normanne e sveve del regno di Sicilia, Turin, 1884.

O. Hartwig, Die Uhersetzungs Literatur Unteritaliens in der normann/sch- staufiwhen Epoche, dans le Centralblatt fur Bihliotliekswesen, 1886.

F. Brandileone, // diritto bizantino neW Italia méridionale dalV VIII al XII secolo, Bologne, 1886.

C. Diehl, Le monastère de Saint-JSicolas de Casole, dans les Mélanges de V École fi •ançaise de Rome, 1886.

M. Schipa, Storia del principato longobardo in Salerno, dans Y drchiyio storico napoletano, 1887.

P. Batiffol, Inscriptions byzantines de Saint-Georges au Vélabre, dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome, 1887.

P. Batiffol, Das Archiv des Griechischen Collegs in Rom, dans la Rômische Quartalschrift, 1888.

P. Batiffol, Ungedruckte Papstund Kaiserurhunden ans basilianischen Ar- chivai. Ibid.

G. Mandalari, Fra Barlaamo Calabrese maestro del Petrarca, Rome, 1888.

L. G. de Simone (pseudonyme : H. Aar), Gli studi in Terra d'Otranto, Florence, 1888 (en partie extrait de Y Archivio storico italiano).

N. Parisio, Due documenti greci inediti délia certosa di San-Stefano del Bosco, Naples, 1889.

Th. Gsell-Fells, Unter-Italien (des Reiscbûcher de Meyer), Leipzig, 188g.

E. Jordan, Monuments byzantins de Calabre, dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome, 1889.

P. Batiffol, Chartes byzantines inédites de Grande-Grèce, dans les Mélanges de l'École française de Rome, 1890. (J'ai dressé en tête de ce mémoire la bibliographie diplomatique de la Grande-Grèce.)

DE

L'ABBAYE

ROSSANO

CHAPITRE PREMIER

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE

L'histoire de l'abbaye de Rossano a fait l'objet d'un petit livre publié à Naples, en 1 7 1 7, sous le titre de Cronistoria del monistero e chiesa di Scuila-Maria del Patire, et qui a pour auteur un basilien, dom Mariano Rende, abbé du Patir dans les premières années du siècle dernier. Rende a mis en œuvre la vie grecque de saint Barthélémy de Simeri, que nous possédons dans le texte original ; il y ajoute quelques détails de son propre fonds, une description du couvent et des alentours, le récit de plusieurs miracles opérés par la Vierge Marie en ce saint lieu ; il a eu en main (assure-t-il) quelques diplômes, dont il cite deux (l'un est apocryphe). Beaucoup de rhétorique dans le mauvais goût italien gâte l'ensemble du livre, qui est au total de peu de valeur, sans cependant être négligeable1. L'histoire de l'abbaye de Rossano reste ainsi une œuvre à faire : mais les documents

I . Cronistoria \ del monistero, e chiesa | di S. Maria | del Patire | delV ordine di S. Basilio magno \ scritta dal P. Maestro | D. Mariano | Rende | abate del medesimo monistero\. Naples, 1 71 7, in-12, 117 pages (Rarissime).

1

2

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE.

qui nous restent sont si rares, et ils laissent subsister de si énormes lacunes ! Pour les origines nous avons cette vie de saint Barthélémy de Simeri, que je viens de citer ; mais, pour la suite, le cartulaire du couvent, cartulaire Ughelli a puisé largement, n'existe plus ; nous n'avons que les diplômes copiés et publiés par Ughelli, et quelques autres venus à nous par accident ; la correspondance inédite du cardinal Sirleto fournit quelques détails sur la fin du xvie siècle1. Pour la fin du xviii0, on pourrait trouver quelques pièces dans les cartons du municipe et des notaires de Rossano même ; on me les avait offertes, je les avais acceptées, je les attends encore. Si peu qu'il y ait d'éléments pour écrire une histoire, je vais essayer cependant de reconstituer et d' « illustrer » de mon mieux celle de Sainte-Marie du Patir.

I

Il n'y a sur l'origine de l'abbaye du Patir qu'un document de valeur2 : c'est la vie (en grec) du fondateur et premier higou- mène du couvent, saint Barthélémy. On n'en connaît qu'un seul manuscrit, daté de l'année i3o8, le Messanensis 29; une version latine de ce texte grec avait été donnée par le Père Gaëtano, en 1657, dans ses Vitse sanctorum siculorum\ les Bollandistes ont depuis publié le texte original, mais d'après une copie faite pour

1. Bolland., Acta sanctorum septembris, VIII, 810 et suiv. Ughelli, Italia sacra (Rome, 1644-1662, tom. IX). Sur la correspondance inédite du cardi- nal Sirleto, que l'on me permette de renvoyer à mon petit livre, La Vati- cane de Paul III à Paul ^(1890), lequel est presque entièrement extrait de ladite correspondance.

2. Ughelli ^IX, 382) a publié une autre pièce concernant l'origine du sanctuaire du Patir; c'est, dit-il, un document « ex grœcis codicibus in la- tinum versum, mihique a nobili viro eruditoque Carolo Blasco canonico rossanensi transmissum ». Mais cette pièce renferme des erreurs si énormes (un saint Nil, inconnu d'ailleurs, vivant jusqu'après 1080; Roger envoyé en Calabre par son frère Robert qui vient d'être fait duc de Pouille, en 1090), que je n'y veux voir qu'une forgery de basse époque et sans la moindre autorité. Elle a été reproduite par les Bollandistes {op. cit., p. 802), qui pensent que Nil y est mis pour Barthélémy, et que la pièce tout entière dépend de la vie grecque de Barthélémy. Je le croirais volontiers.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE.

3

eux au xviie siècle et assez fautive. Je citerai d'après le texte même du Messanensis, que j'ai collationné en 1889. Quant à l'époque précise cette vie a été rédigée, on ne peut la déterminer que par conjecture : je croirais l'auteur de la fin du xne siècle et postérieur d'une cinquantaine d'années à la mort du saint (1 i3o) dont il est l'historiographe. Je le résumerai brièvement.

Au moment les Normands mirent la main sur Rossano (1060), les montagnes qui avoisinent la ville et que la ville pro- tégeait, étaient, comme au temps du grand saint Nil, remplies de Jaurès monastiques qui en faisaient un véritable aytov opoç. On voit encore dans la terre d'Otrante de ces sortes de laures : cellules éparses, toutes du même plan, creusées dans les bancs de tuf calcaire : chacune de ces cellules était l'habitation d'un moine; souvent on y retrouve des restes des peintures dont elles étaient à l'origine entièrement revêtues1. Et dans la montagne du Patir on montre encore et j'ai visité la Grutta de santi padri : dans un pli raviné de la montagne, au plus épais du maquis, auprès d'une mince cascade, un creux de rocher abrité par un petit mur, une tradition locale, au moins antérieure au xviie siècle, voit la propre laure de saint Nil.

Dans une laure de la montagne de Rossano vivait, vers les dernières années du xic siècle, un moine nommé Barthélémy. Il y était venu de Simeri, qui est dans le voisinage de Catanzaro, attiré sans doute, après beaucoup d'autres, par la renommée de l'aytov ôpoç rossanien, et il habitait avec quelques autres saints per- sonnages au bord d'un torrent, Tipô; ttvt x£tWP<î> ™o MsXityjvou Xsyo- pivw : nous verrons un Militinum figurer encore dans un censier du diocèse de Rossano au xve siècle2. C'est que Barthélémy fut formé à la vie ascétique, qu'il reçut « l'habit angélique », et c'est de qu'il partit pour se retirer en un lieu plus solitaire encore de la Sila, il prétendait vivre la parfaite vie érémitique. Cependant le renom de sa vertu, éclatant malgré lui, attira auprès du saint ermite nombre de jeunes hommes désireux de l'imiter, et, comme Barthélémy était tenté de leur donner congé pour rester fidèle à la solitude, il fut détourné de ce dessein par

, 1. F. Lenormant, Gazette archéologique, 1882, p. isî3; et i883, p. 204. 2. Pièces justificatives, p. 117.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE.

une apparition de la Mère de Dieu, qui lui dit : « Cesse de rêver de solitude, je veux te voir demeurer ici et y établir une école d'âmes, ^xG>v 9povrtcrTrip:ov. » Il s'agissait de bâtir un monastère.

Le cas de Barthélémy, jusque-là assez banal, va se caractériser à dater de ce moment. Le droit canonique byzantin, en effet, ne reconnaissait pas aux moines la faculté de posséder : ils n'avaient que l'usufruit de leurs monastères, la nue propriété appartenant au particulier, au patron, qui les avait établis ou à l'évêque1. Il était assez naturel que des réguliers préférassent le patronat d'un riche laïque à celui de l'ordinaire. C'est ainsi que Barthélémy eut recours, non point à l'archevêque de Rossano, mais h un « homme puissant auprès des rois de la terre, Christodule Àm- miras ». Ce « Christodule Ammiras », vraisemblablement de race grecque, était un des grands officiers de la cour du comte Roger, 1' « amiral Christodule » : son nom figure avec ce titre parmi les souscriptions d'une charte du couvent du Saint-Sauveur de Palerme, Christodulus iustitiarius et admiraldus , servus domini mei magni comitis Rogerii, et il est mentionné dans la plus ancienne charte du Patir, fidelem meum admiratum domi- num Christodulum , comme l'appelle Roger2. Le biographe ajoute à ce sujet un mot fort important : c'est que ce fut par l'intermédiaire de Christodule que Barthélémy entra en rela- tions avec Roger, disons mieux, avec la comtesse Adélaïde. Je crois entrevoir une suite curieuse de la politique nor- mande.

Prise en 1060, Rossano, qui était une cité l'aristocratie grecque était nombreuse et solidement assise, ubi Grseci maxima ex parte principabantur , Rossano avait accepté avec peine la suzeraineté normande. En 1093, l'archevêque grec étant mort et le comte Roger ayant voulu donner le siège vacant à un latin, le mécontentement de la cité grecque s'était traduit en une rébellion : Guillaume de Grantménil s'était présenté alors et la ville s'était donnée à lui; Roger avait marcher contre cité rebelle, et il ne l'avait recouvrée qu'en lui promettant un arche-

1. Photius, Syntagma canonum, tit. XI (Migne, Patrol. gr., CIV, 835).

2. O. Caietan., Vitœ sanctorum siculorum (Palerme, 1667), animadv. p, 49» Ughelli, IX, 387. Cf. Montfaucon, Paleeographia grxca, p.38i.

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vêque grec1. C'est dire si le parti grec de Rossano était encore un élément à ménager. Or à ce moment (ce devait être entre iioi et no4) le comte Roger venait de mourir (juillet 11.01), laissant deux fils en bas âge et la régence aux mains de leur mère, Adélaïde; l'autorité de la comtesse, assurée en Sicile, était précaire en Calabre, que le duc de Pouille ambitionnait de rattacher à son duché. Les barons normands de Calabre étaient fort sollicités en ce sens, mais il n'en pouvait aller de même des Grecs, La politique de la régence devait dès lors travailler surtout pour ces derniers ; et de une orientation assez nouvelle dans la politique normande à leur égard : au lieu de réduire ou de négliger les Grecs, on va les combler pour les mieux attacher à la suzeraineté comtale. Les fondations faites par la cour nor- mande en faveur des Grecs de Calabre datent toutes de ces pre- mières années du xuc siècle, et n'ont pas, je crois, d'autre sens. A Rossano donc on ne se contenta pas de maintenir et de doter l'archevêché grec, importante concession faite à l'aristocratie grecque de la cité ; mais encore toute cette population à demi errante de moines et d'ermites grecs, dont on ne s'était point soucié jusque-là, on résolut de la gagner, elle aussi. Barthélémy fut l'instrument de cette politique.

Il 'fut de plus l'instrument d'une notable réforme dans le régime canonique du monachisme grec. Je l'ai dit déjà, le droit canonique byzantin ne reconnaissait pas aux monastères la faculté de posséder ; mais il n'en allait pas de même dans le droit normand, aux yeux duquel un abbé était à cet égard assimilé à un évêque ; c'était le régime des abbayes bénédictines établies par le comte Roger à Santa-Eufemia, à Mileto, etc. La cour normande entendait fonder et doter selon ce régime les abbayes grecques qu'elle établirait, et voir ces abbayes baroniser comme les autres. L'amiral Christodule, dit notre biographe, fit con- naître Barthélémy à Roger et aux siens, auxquels le Seigneur inspira de pourvoir libéralement à la fondation du monastère : c'était le premier pas. Le monastère une fois bâti, Barthélémy, sur l'ordre de la cour, reçut la prêtrise et fut fait abbé du mo-

i. Gaufr. Malaterr., Historia sicula, IV, 21 et 22 (Migne, Patrol. lat., CXLIX, 1199).

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nastère : le passage du droit monastique grec au droit latin était accompli. Et pour le consacrer, le monastère (chose inouïe dans le droit byzantin *) fut déclaré exempt de la juridiction épisco- pale : à telles enseignes que Barthélémy reçut la prêtrise des mains de l'évêque de Belcastro, sufFragant de Santa-Severina2. L'archevêque de Rossano, Nicolas Maléïnos, lequel appartenait à une famille grecque très nombreuse et très redoutée, fit vai- nement à cette nouveauté une opposition acharnée ; mais Bar- thélémy, poussant à bout l'avantage du droit nouveau, partit pour Rome et sollicita de la cour romaine le privilège de l'im- médiateté. Le pape, Pascal II, y consentit sans peine, et l'im- munité du Patir fut consacrée par une bulle datée de uo55. L'abbaye grecque de Rossano était fondée ainsi par les Nor- mands, sur le type des abbayes bénédictines, sous l'immédiate juridiction de la cour romaine, et, cela fait, Barthélémy partit pour Constantinople.

Car, poursuit notre hagiographe, les moines de l'abbaye avaient besoin de manuscrits pour l'interprétation de la Sainte- Ecriture, étant, à l'exemple de Barthélémy, très appliqués et très exercés à cette étude. De plus, l'église élevée par Barthé- lémy sous le vocable de la Mère de Dieu avait besoin de vases sacrés et d'icones. Barthélémy, accompagné de quelques moines de son couvent, partit pour la Nouvelle Rome, « la reine des villes, » et s'en vint trouver les très religieux princes Alexis (1081-1117) et Irène, lesquels tenaient alors avec une grande gloire les rênes de l'empire. Il fut reçu par eux et par tout le sénat avec une haute vénération, et il recueillit des dons nom- breux et magnifiques, icônes, manuscrits, vases sacrés4.

1. Voy. cependant Millier, Historlsche Denkmdler in den Klostem des Atkos (ap. Miklosich, Slavische Bibliothek, I, Vienne, 1859), p. i5i, l'indépen- dance spirituelle des moines de l'Athos est reconnue par l'empereur Constantin Doukas, et l'évêque de Hierissos évincé de sa juridiction sur la Sainte-Montagne (1060).

2. ruvaixô«o).tç, dit la vie de saint Barthélémy : j'identifie ce nom avec le Gcnecocastrum du provincial d'Albinus et le Geneocastrum du Liber censuum ( éd. Paul Fabre, p. 24).

3. Voy. plus loin, page 16.

4. Le récit du voyage de Barthélémy au mont Athos, tel que le rapporte notre hagiographe, me paraît très inconsistant : je ne m'y suis donc pas arrêté. Il y est question d'un riche patricien de Constantinople, Basile Ka-

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Je conjecture que c'est k cet épisode qu'il convient de ratta- cher l'origine du culte rendu au Patir à la Mère de Dieu sous le vocable de Nêa-Hodigitria. La cathédrale de Rossano avait une icône miraculeuse, une image achéropite de la Vierge; l'abbaye eut aussi la sienne, et ce fut une image de la madone constanti- nopolitaine connue sous le nom de X Hodigitria, Notre-Dame la conductrice, chère aux gens qui courent le péril de mer1. Au xvie siècle , on vénérera encore au Patir une icône de YHodigitria, et je l'ai vue moi-même dans l'église de Saint- Pierre à Corigliano elle est aujourd'hui, mais ce ne saurait être celle de saint Barthélémy : c'est un panneau à fond d'or peint sur ses deux côtés, portant au revers le Christ en croix entouré de la Vierge et de saint Jean, de face la Théotokos à l'Enfant Jésus sur ses bras (comme les madones de saint Luc) avec l'exergue :

mp er

II NEA OAHrHTPIA

En bordure, au bas, une élégante inscription en lettres d'or nous apprend que cette icône fut faite par ordre d'Athanase Chalkéo- pylo^, archimandrite du Patir, lequel mourut en 1 497 2.

L'abbaye était donc fondée, dotée, privilégiée, meublée, et n'avait plus qu'à se développer en paix. Elle devint vite une communauté florissante et considérée. Notre hagiographe relève avec complaisance que nombre d'higoumènes de laures du pays et d'au delà demandèrent à y être admis comme simples moines, et que la communauté fournit en peu de temps plu-

limeris, qui s'étant pris d'une grande affection pour saint Barthélémy, lui aurait donné le couvent de Saint-Basile qu'il possédait au mont Athos. Saint Barthélémy aurait réformé ce monastère (pu6[xc'(raç), et « c'est pourquoi [j-é-^pt rr,ç <77j[j.spov, <x>; cpa<7c, t"o (J-ovaarrjptov xou KaXaêpou Ttapà toÎç eY^wpîoiç èuovo- y-âÇETîu». Aucune trace de saint Barthélémy, ni de B. Kalimeris, ni du cou- vent de Saint-Basile, dans l'histoire de l'Athos (voy. Langlois, Le mont Jthos [introd. au Ptolémée photolithogr. de Didot], 1667).

1. Sur cette madone, voy. Jeta sanctorum octoèris,Yl\ï , 298, et G. Schlum- berger, Mémoires de la Soc. des antiquaires de France, XLIV (i883), p. 22.

2. AQANASIOU <I>IAiniIOY XAAKEOI1TAOS APXIMANAP1THS* THI MHTPI TOT 0EOT SQTHPIAS TÛN IIPOSEPXOMENQN XAPIN Cf. Amato, Crono-istoria di Corigliano Calabro (Corigliano, 1884), p. 89

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sieurs évêques aux églises grecques de Calabre. Il cite « Cos- mas et Isaac, hommes très excellents et très saints, qui vinrent se mettre sous la direction de Barthélémy, et firent tant avec lui pour l'accroissement du monastère... » Il parle des étran- gers et des pèlerins qui recevaient journellement l'hospitalité au couvent. Il rapporte comment les pauvres y trouvaient tou- jours porte ouverte, et comme, en un temps de grande famine, Barthélémy nourrit par miracle toute la population du pays. L'abondance régnait avec la vertu, et la main de Dieu était sur le monastère, témoin le jour Barthélémy sauva par ses prières un de ses navires sur le point d'être capturé corps et biens par des pirates sarrasins, car le monastère possédait jus- qu'à des navires, et les prières du saint abbé avaient une telle efficace. Un événement imprévu allait même produire la vertu de Barthélémy sur un plus grand théâtre.

Il était revenu de Constantinople à Rossano, lorsque « deux moines d'un couvent de Saint-Michel de Mileto », j'ai montré ailleurs qu'il s'agit proprement de l'abbaye béné- dictine de Mileto1, prenant ombrage de la prospérité de l'abbaye grecque de Rossano, conspirèrent la perte de l'abbé ; ils l'accusèrent près du roi Roger de concussion et d'hérésie. Je ne vois pas bien ce que la concussion vient faire ici; mais le chef d'hérésie est bien autrement significatif. Remarquez en effet comme jusqu'ici aucune exception de doctrine n'a été soulevée par personne ; Barthélémy est allé à Constantinople et à Rome, il est l'obligé delà cour byzantine et le sujet de la cour romaine, sans que, ni l'une ni l'autre, surtout l'autre, lui aient demandé de répudier quoi que ce soit. Et notez que cette attitude de la cour romaine à l'égard des Grecs, soit moines, soit clercs, de l'Italie méridionale persistera jusqu'au delà du xme siècle; abbés et évêques, alors même qu'ils seront sous l'immédiate juridiction du Saint-Siège, ne seront inquiétés par lui ni pour leur symbole, ni pour leur rituel. C'est un cas unique que cette accusation d'hérésie portée au xne siècle par ces moines de Mileto contre l'abbé de Rossano; et j'ai hâte d'ajouter que l'abbé de Rossano en sortit indemne. La cause, en effet, fut

i. P. B., Chartes byzantines inédites de Grande— Grèce (ubi supra).

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portée devant le roi Roger et Barthélémy mandé à Messine pour y comparaître devant une sorte d'inquisition; mais le procès tourna si parfaitement à la justification de Barthélémy, que Roger lui offrit incontinent de fonder à Messine un monastère grec sur le modèle de celui de Rossano.

Ce fut l'origine de l'abbaye du Saint-Sauveur de Messine, établie à l'endroit même l'on avait pensé, dit-on, dresser le bûcher de Barthélémy, c'est-à-dire à cette pointe de l'isthme qui entoure de son croissant l'admirable port de Messine, une langue de terre terminée par un phare, lingua fari. Au Patir Barthélémy prit douze moines, qui, sous la conduite d'un autre religieux du Patir, nommé Luc, établirent la première abbaye grecque de Sicile. Le Saint-Sauveur, en effet, était un des tout premiers monastères grecs que la monarchie normande insti- tuait en Sicile; Barthélémy obtint qu'il aurait juridiction sur tous ceux qui seraient fondés à l'avenir, assurant ainsi au mona- chisme grec tel qu'il l'avait réformé comme un monopole et privilège royal1.

Le Saint-Sauveur établi, Barthélémy rentra à Rossano pour y attendre sa fin qui approchait. Il choisit pour lui succéder dans la charge d'higoumène de Sainte-Marie un de ses religieux, qui/ comme le premier archimandrite de Messine, portait le nom de Luc ; il lui imposa les mains « ainsi que Moïse avait fait au fils de Nun », et à quelque temps de là, le 17 août n3o, il mourut. On l'enterra dans l'église même de l'abbaye, qui en mémoire de lui ne devait plus s'appeler désormais que l'abbaye du Père.

De saint Barthélémy de Rossano il ne restera point de souve- nir littéraire comme de l'archevêque Théophane ou de Nec- tarios de Casole: il n'aura été ni un orateur, ni un mélode. Et sa physionomie de saint n'aura pas davantage le caractère singulier et presque romanesque de celle de saint Nil. Barthélémy a été un organisateur, il l'a été éminemment, mais rien de plus: il est l'homme de la réorganisation monastique qui suit en Grande- Grèce la conquête normande. Ce rôle lui marque sa place dans

1 . R. Pirri, Sicilia sacra (1647), ^1 4 et suiv. La date exacte de la fondation du Saint-Sauveur n'est pas connue : on doit, je crois, la placer un peu avant 1129. Cf. Bolland., Acla sanctorum septembvis, VIII, 806.

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l'histoire religieuse du moyen âge grec tout à côté de saint Athanase et de saint Christodule, les deux initiateurs de la réforme monastique au xe siècle.

II

Si nous voulons voir de près ce qu'est l'histoire d'une abbaye basilienne du xnc au xve siècle, ce n'est pas au Patir qu'il la faut chercher : Barthélémy en effet une fois disparu, la source des renseignements est tarie. C'est a Messine et à Carbone que l'on doit aller pour avoir quelques clartés sur cette période.

Carbone est, comme Messine, une colonie du Patir, non plus en Sicile, mais en Basilicate *. C'est, dans une vallée ouverte au midi, sur un affluent du Sinni, le Serrapotamo, une terre fertile etgiboyeusede chênaies, de vignes et de châtaigneraies. Dès 1069 , nous y constatons l'existence d'un centre monastique : on nous parle d'un higoumène, « le bienheureux Luc », qui, partant en pèlerinage pour la Terre-Sainte, témoigne par écrit que son cou- vent est une fondation de saint Luc d'Armento, lequel a eu pour successeur le bienheureux Biaise, puis Mennas « qui fut fait esclave », puis « Etienne surnommé Théodule ». A peine les Nor-

1. Sources : P. E. Santorio, Historia monasterii carbonensis (Rome, 1601); P. Menniti, Chronicon carbonense (inédit), Archiv. Vatican., dossier Basiliani; Ughelli, Italia sacra, VII, 108 et suiv. ; P. B., Ungedr. Papst-und Kaiser urk. aus basilianischen Archivait (Rômische Quartalschrift, 1888, p. 36 et suiv.). Sous le titre de dossier Basiliani, je désigne une layette de pièces du xvie au xvme siè- cle provenant du couvent de Saint-Basile de Urbe, procès-verbaux des cha- pitres, actes de visites, registres de lettres et autres pièces concernant le gouvernement de l'ordre, enfin plusieurs manuscrits et brouillons de Men- niti. Je ne saurais dire comment ce paquet est parvenu aux Archives du Vatican. Voy. cependant quelques détails sur les archives romaines en 1798- 1799 dans le Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France pour 1889, p. io6-n3. Les pièces du dossier Basiliani ne sont ni classées ni numérotées.

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mands sont-ils établis, que nous voyons une famille normande, les Chiaramonti, prendre le patronat d'un couvent grec à Carbone. Puis interviennent dans un patronat tout semblable Robert Guiscard, Boëmond, Robert le Sénéchal, finalement (ii 3g) le roi Roger. Tout cela est très confus. Ce qui est net, c'est que, le couvent grec de Carbone ayant perdu son abbé, Vital successeur d'Etienne surnommé Théodule, les moines a grand" istanze e preghiere obtiennent pour abbé un moine de Rossano nommé Nil.

Qui est ce Nil de Rossano ? Je le trouve mentionné comme abbé de Carbone dans deux diplômes de Boëmond II, prince d'Antioclie (1120 et 1126), dans un diplôme d'Alexandre Chiaramonte (1126), dans un contrat daté de n 29, dans un diplôme du roi Roger (1 132) ; il dut mourir entre 1 i36et 1 139. C'est tout ce que l'on sait de lui, ajouté à ce fait qu'il était de Rossano. Mais ce fait nous autorise, je crois, à voir en lui un disciple de saint Barthélémy, mandé a Carbone pour réunir en une com- munauté régulière sur le modèle de celle du Patir la population monastique des montagnes de Raparo, et à voir dans l'abbaye de Saint-Élie de Carbone une colonie issue de l'aycov 6po; rossa- nien, selon ce que nous dit le biographe de saint Barthélémy, ut muita ex hoc uno domicilia monachorum derwarint*.

Nil de Rossano, premier abbé de Saint-Elie de Carbone, a pour successeurs les abbés Hilarion, Euthymius, Luc, Cyrille, Barthé- lémy, Hilarion II : c'est la belle époque de l'abbaye, comme en fait foi son cartulaire. J'y relève la charte (n45) par laquelle l'abbé obtient justice contre le « catapan de la vallée duSinni»; la charte (1 i5g) par laquelle l'abbé obtient gain de cause contre l'évêque deMarsico par-devant l'archevêque de Palerme et l'abbé de La Cava; la charte (1 167) par laquelle l'abbé est chargé parle roi Guillaume II « de la réforme des monastères de Calabre, de Pouille, de Sicile, et de la province de Salerne jusqu'au Lao » ; la charte (1 172) par laquelle l'abbé obtient gain de cause par-devant le roi Guillaume II, contre l'évêque d'Anglona ; la charte (1 1^3) par laquelle l'archevêque de Bari reconnaît à l'abbaye la pro- priété de l'église de Saint-Siméon sise à Bari et donnée par Robert

1. Bolland., Acta sanctorwn septembris, VIII, 818.

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Guiscard. Les faveurs de la cour normande, non plus que celles de la cour souabe, ne manqueront pas à l'abbaye : tous les princes normands figurent dans son cartulaire ou dans ses diptyques à titre de bienfaiteurs insignes : Robert Guiscard, Boëmond, le roi Roger, les deux Guillaume, Tancrède, ajoutons Constance et Frédéric II. Carbone paraît avoir incorporé à sa mense toutes les propriétés basiliennes de Basilicate et au delà : les monastères de Sainte-Marie à Scanzano, de Saint-Nicolas à Pertoso, de Saint- Nicolas à Senise, de Saint- André à Rotondo, de SS. Philippe et Jacques à San-Chirico, de Saint-Michel à Castronuovo, de Santi- Quaranta et de Sainte-Marie de Schiavoni à Cerchiara, de Saint- Barthélemy à Tarente, de Saint-Michel à Raparo, de Saint-Phi- lippe à Teana, etc., les églises de SS. Philippe et Jacques à Sarcori, de Saint-Philippe de Palatiis à Senise, de Saint-Philippe de Beniamino à Teana, de Saint-Siméon àBari, de Saint-Pierre <i<? Guarino à Policoro, etc. *. La prospérité de notre riche abbaye se maintient jusque vers le milieu du xme siècle.

Mais à dater de cette époque le déclin commence et il va se précipiter. A la chute de la maison de Souabe, Saint-Élie a beau passer sous la protection immédiate du Saint-Siège, les brèches se multiplieront dans sa fortune : le cartulaire ne marquera plus de donations princières, mais quelques legs insignifiants de par- ticuliers, beaucoup de contrats de vente et trop de procès : les barons du voisinage usurperont les terres abbatiales, et les uassali ne payeront plus ni dîmes ni fermages. Les seigneurs de Bisignano achèveront la ruine du couvent : c'est en 1477? l'abbé part pour Naples pensant obtenir justice contre les Bisignani, mais ceux-ci le dénoncent à Rome comme un « fauteur de rixes et un démo- niaque » ; il est, sur un rescrit de Sixte IV, cité à comparaître devant Tofficialité diocésaine d'Anglona, qui lui donne tort, le déclare déchu de l'administration de l'abbaye, le jette en pri- son, et la cour romaine sanctionnant l'arrêt met l'abbaye en commencle. Saint-Élie de Carbone, qui ne comptait plus à ce moment que cinq moines, n'aura désormais pas plus d'histoire qu'une ferme.

i. Voy., à la fin du Chronicon carbonense, une liste, dressée par Menniti, des propriétés et juridictions de l'abbaye de Carbone.

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r3

Autre est la fortune du Saint-Sauveur de Messine1.

Le bâtiment de style espagnol, flanqué d'une église de ce même style pompeux, que Ton rencontre sur la gauche au sortir de Messine par la route du Phare, San-Sah>atore de Grec/', n'est point le couvent primitif, celui de saint Barthélémy. Le Saint- Sauveur n'est que depuis i54o, Charles-Quint détruisit le vieux couvent de llngua fari pour élever à la place le forte del San-Salvatore qui commande encore aujourd'hui le port et le détroit. Situé à l'origine ad apicem isthmi, au milieu du mouve- ment des navires et des flots et comme entre la Sicile et la Calabre, la grande abbaye grecque de Messine était dans une situation incomparable, qui à elle seule l'eut désignée à être le premier des monastères basiliens du royaume normand.

Ici encore, comme à Saint-Elie de Carbone, deux périodes exactement coïncidentes : l'une de prospérité jusqu'au milieu du xme siècle, l'autre de déclin implacable jusqu'au xve. Il suffit de parcourir le cartulaire du Saint-Sauveur pour s'en rendre compte.

Voici d'abord une série de bulles pontificales consacrant Fim- médiateté et les privilèges de l'abbaye, délivrées par Alexan- dre III, Célestin III, Innocent III, Honorius III, Grégoire IX, Alexandre IV, Clément IV, Martin IV, Nicolas IV, Boniface VIII, Clément V, Jean XXII, Clément VI, Urbain VI, Calixte III, Sixte IV, etc. Les bulles consacrent et protègent les droits ecclésiastiques : voici qui les crée. La monarchie normande est représentée par une longue série de chartes grecques : du roi Roger, instituant, dotant et protégeant l'abbaye (n3o et suiv.); lui conférant ( 1 1 36) la propriété de l'église de la Théotokos tîjç pfvaç sise au mont Etua, ou (1140) du couvent de Saint-

1. Sources : Cartularium Sancti-Salvatoris Messanensis (inédit) dans le Vatican, lat. 8201; R. Pirri, Sicilia sacra, III, i-5o; P. B., V archive du Saint-Sauveur de Messine [Revue des questions historiques, 1887, p. 555 et suiv.); R. Starrabba, Di un codice vaticano contenente i privilegi delï1 archimandritato di Messina (Archivio storico siciliano, 1887, p. 4^5 et suiv.).

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Georges de Siacca élevé par le comte Roger en souvenir des chrétiens qui furent massacrés là, vnep py-fair^ twv ènéïos âvaipeGsvcwv XptffTiavôv ; exemptant (1146) de toute douane les bateaux de l'abbaye, soit qu'ils viennent de Calabre, soit qu'ils viennent de Sicile; confirmant (1148) à l'abbaye la propriété de la terre d'Agro, que lui conteste « Amuras » et quelques autres ôç<pixiàXtoi. Puis voici (1 167) un diplôme du roi Guillaume II et de sa mère Marguerite confirmant au Saint-Sauveur la propriété de Saint- Nicolas de Drosi; un autre, de l'empereur Henri VI (1195) renouvelant tous ceux de Roger, de Guillaume Ier et de Guil- laume II; autant (1196-1197) de l'impératrice Constance ; autant (1200) de l'empereur Frédéric II, et du même (1210) la dona- tion d'une terre en Calabre en payement des vingt-deux mille trois cent cinquante florins d'or fournis par l'abbaye au chance- lier du royaume de Sicile, cum pro exequendis servitiis nostris apud Messanam pecunia plurimum indigeret.

Normands et Souabes ont fait du Saint-Sauveur une abbaye opulente et puissante. Elle possède : en Sicile, l'église Saint-Léon et l'église Saint-Etienne à Messine, Saint-Nicolas de Yse, Saint- Jean de Psichro, Saint-Nicolas de Pellera (alias naXépcç), Saint- Mercure de Traîna, Saint-Nicolas de Canne to (al. too KaXanîtÇou), Saint-Nicandre de sancto Nico (too àyîou Ncxwvo;), Saint-Rarbaros de Demenna, Saint-Pierre de Deca, Saint-Elie de Scala-Oliveri, Saint Jacques de Calo, Sainte-Marie de Mallimachi, Saint-Pierre de largo flumine (™a itXatù %oza\io^ , Santa- Venere de Venella (ày. Ilapa<7xeu7) toS BsvéXou), Saint-Théodore de Milazzo (al. tov MuXwv), Sainte-Anne et Saint-Nicolas de Monforte, Saint-Georges de Troclo (tfflv TpôxXwv). En Calabre, elle possède Saint-Pancrace d'Umbriatico, Saint-Nicolas de Drosi, Saint-Vit de Buzaiw, Saint-Théodore de Nicotera, Sainte-Jérusalem, Saint-Conon, Saint-Jean de Frulizano, Catona, Kerufulli, Tuchi. L'abbaye a juridiction en Sicile sur Saint-Nicandre de Messine, le Saint- Sauveur too 7ip£aêuTépou SxoXaplou5 Sainte-Marie de Massa, Saint- Pierre d'Agro, Saint-Philippe de Messine, Saint-Pierre d'Itala, le Saint-Sauveur de Plaga (t^ç rcXaxàç), Saint-Elie de Embola, Saint-Rasile de Traîna, Saint-Philippe de Demenna (al. de Fra- galà), Saint-Michel de Rrolo, Sainte-Marie de Gala, Saint-Gré- goire de Gesso. En Calabre sur Saint-Phil arête de Seminara,

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Saint-Jean de lauro, Saint-Fantin, Saint-Pancrace de Scilla *. L'abbé du Saint-Sauveur a ainsi juridiction sur presque tous les établissements basiliens de Sicile. Il a seul le titre d'archi- mandrite. Dans ses terres et obédiences il a banc de justice au civil et « juridiction quasi épiscopale » au canonique. Il a les insignes pontificaux et le droit de faire porter la croix devant lui comme un métropolitain. Il est sûrement, avec l'abbé béné- dictin de Montreale, le plus grand seigneur régulier du royaume.

Avec l'arrivée des Angevins le déclin commence. Aucune trace de la maison d'Anjou dans le cartulaire de Messine, non plus que dans celui de Carbone. Il faut descendre jusqu'au roi Martin (1397) et *l Alphonse Ier (i422) pour rencontrer une in- tervention de la cour de Naples en faveur de l'archimandritat, pendant que nombre de ses droits sont envahis, que les bulles pontificales fulminent en vain l'excommunication contre les usur- pateurs de ses biens, et que le cartulaire s'emplit de sentences de procès. Nous arrivons ainsi péniblement à la Renaissance et à la date de i456, le cartulaire enregistre une sentence du cardinal camerlingue de la S. E. R., excommuniant les déten- teurs de biens du Saint-Sauveur, à la requête de Pierre Balbo, procureur du « Révérendissime cardinal de Nicée » : l'abbaye vienj. d'être mise en commende et c'est à Bessarion qu'elle a été dévolue.

Telles sont, pour ces deux abbayes issues de celle de Rossano, les lignes générales de leur chronique du xn° au xve siècle : il importait de les marquer pour suppléer aux énormes lacunes que présente le cartulaire rossanien. Ce cartulaire en effet,

1. J'ai suivi rémunération de la bulle d'Alexandre III, Ier novembre 1175 (Jaffe, Regesta pontificum romanorum, 11S10). Notez cependant que Saint- Nicolas de Calamizi était en Calabre, diocèse de Reggio, et non en Sicile. Saint-Nicandre, diocèse de Messine, avait été fondé en iog4 par Roger : voy. le diplôme de fondation délivré au « moine Biaise » dans le Vatican, lat. 8201, fol 92. De Saint-Nicolas de Drosi le même ms. nous fournit plu- sieurs chartes intéressantes, la plus ancienne est de ni3 et délivrée par Roger [II] à 1' « abbé Méthodius » (//>/*/., fol. 97). La terre de Tucbi est

L'A BBAYE DE SAINTE - MARIE.

Ughelli l'a connu et utilisé : Plura et pêne innumera monumenta in membranis tum grsecc tum latine scripta propriis libuit oculis usurpare, nous dit-il1. Mais il y a fait trop peu d'emprunts à notre gré, pauca exscripsimus : et aujourd'hui toute trace de ce riche chartrier a disparu. Je vais dresser l'inventaire sommaire des pièces que nous en connaissons.

1105. Roger, comte de Calabre et de Sicile, à Barthélémy, abbé du monastère de la Sainte-Mère de Dieu ocligitria : il lui confirme la propriété de la terre de Saint-Pierre de Corigliano, de la terre de Saint-Maur de Rossano, laquelle comprend elle- même les casalia de Cefalino, San-Giorgio et La Cona. Mes- sine, septembre 6612 (MCIII), indiction 12. Charte grecque, authentiquée d'une bulle d'or, souscrite par l'évêque de Messine, Goffridus, et quelques barons2.

1105. Pascal II, souverain pontife, à Barthélémy : il exempte le monastère de la juridiction du siège de Rossano, et le met sous l'immédiate protection de saint Pierre. Cette bulle est mentionnée dans la bulle d'Innocent III, que l'on trouvera plus loin, et avec sa date dans [la souscription du Vatieanus 2o5o5. Elle manque aux Regesta de JafFé (20 édit.).

1111. La comtesse Berthe de Loritello à l'amiral et protono- taire Christodule : elle lui cède Saint- Apollinaire de Cojichili\le Coscile], ci-devant propriété de 'Asxyiytivou ÏIopT^sXXYjç, pour que donation en soit faite au monastère de la vswBYiYTjTpiaç Tousiavou et au très chaste vieillard l'higoumène Barthélémy et à ses succes- seurs.Fait à Messine, novembre 6620 (MCXI), indiction 5. Charte grecque, authentiquée d'une bulle de cire, souscrite de huit noms4.

mentionnée dans un diplôme de Frédéric II, daté de 1202 (ibid., fol. i5); le lazaret de Catona dans une bulle d'Innocent III, 23 juin I2i5 (ibid., fol. 44) ; Saint-Pancrace de Scilla dans un acte de son prieur, Néophite, daté de 1829 (ibid., fol. 364). Sur ce dernier monastère, voy. Minieri- Riccio, Saggio di codice diplom. (1878), suppl., I, 6, et A. Salinas, Di un di- ploma grcco del mon. di San Pancrazio di Scilla dans YArchiv. stor. siciL, 1882.

1. Ughelli, IX, 385.

2. Ughelli, IX, 386: version latine ancienne. Incipit : Bonum et optimum ante Deum est omnes benefacientcs.

3. Pièces justificatives, p. i54-

4. Montfaucon, Palxographia, p. 396 : en grec d'après l'original apparte- nant alors à l'archive de Saint-Basile de Urbe. Incipit. : SiycXXcov yeva(ji.evov -rcap' è|xoO BépTY)ç. Sur les Loritelli, voy. A. Engel, Numismatique, p. 46.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. 17

1412. Hugues de Chiaramonte, fils d'Alexandre de Chiara- monte, et ses frères, à Barthélémy, abbé du monastère de la Sainte-Mère de Dieu néaodigitria : fis confirment à l'abbé et à ses successeurs la terre de Saint-Apollinaire donnée « ecclesise Patiri » par « Fulco de Balbeuerig Cbristodulo Ammiral » . Fait li..., mars 11 12, indiction 5. Charte souscrite par Henri, évêque de Nicastro, et quelques autres. Apocryphe1.

lifl 2. Fulco de Basugerio, à la requête de Christodule Am- miratus, confirme la donation faite par ce dernier de la terre de Saint-Apollinaire à l'abbaye de la Sainte-Mère de Dieu. Fait à. .., novembre 11 12, indiction 5. Charte..., souscrite par Fulco de Basugerio et quelques autres. Rende dit de ce diplôme : « E l'originale autentico in carta membrana, suggellata col sug- gello del comte Ruggerio : conservasi nell' archivio del mo- nistero, insieme colli stromenti2 ». Apocryphe.

1122. Mabilia [fille de Robert Guiscard] et Guillaume de Grantménil [mari de Mabilia] à Barthélémy, abbé du mona- stère de la Sainte-Mère de Dieu de néa odygitrea : ils lui font donation de tout ce qu'ils possèdent entre les deux fleuves Crati et Conchili [le Coscile, affluent de la rive gauche du Crati]. Suit la délimitation du domaine. Fait à..., août 663o (MCXX1I),

1. Ughelli, IX, 559 : en latin « ex Patiri tabulario ». Incipit : Ego Hugo de Claramonte films Alexandri. Le diplôme ci-après du roi Roger (n3o) men- tionne l'église de Saint-Apollinaire comme appartenant dès cette époque à l'abbaye, et un Hugues de Chiaramonte comme ayant fait des donations à l'abbaye. 11 n'y aurait donc pas lieu de s'étonner de voir au cartulaire figurer à cette date des diplômes mentionnant et Saint-Apollinaire et Hugues de Chiaramonte. Malheureusement pour notre diplôme, il appert du cartulaire de Saint-Elie de Carbone que Hugues de Chiaramonte vivait vers 1074- 1077, et qu'il eut pour fils Alexandre et Richard de Chiaramonte, lesquels vivaient encore vers 11 26- n 45 : d'où la difficulté d'admettre en 11 12 un Hugues fils d'Alexandre. Ajoutez que l'abbaye n'a commencé de porter le titre de Patir qu'après n3o. Ajoutez l'expression inouïe : « Fulco de Bal- beurig. Christodul. Ammiral ». Autant de raisons de soupçonner ce diplôme d'être de fabrication tardive. Voy. plus loin, pag. 35.

2. Rende, Cronistoria, p. 89, en latin. Incipit : Ego Fulco de Basugerio notum facio. Impossible d'admettre que cette pièce latine soit un diplôme original du xne siècle, et que, émanant d'un particulier, Foulques de Basu- gerio (inconnu d'ailleurs), elle soit authentiquée du sceau de Roger. Cette pièce a pu être fabriquée à l'occasion du procès de l'abbaye du Patir contre les Bisignani, en i5io. Rapprochez-la delà pièce apocryphe ci-dessus, attri- buée à Hugues de Chiaramonte.

18 CHAPITRE PREMIER.

indiction i5. Charte grecque, souscrite par... (les noms man- quent)1.

1128. Mabilia, « fille du bienheureux Robert Guiscarcl », à Luc, abbé du monastère de pâtre et matris id est norœ odi- gytrea : elle lui confirme les propriétés et droits énumérés par la bulle de N. S. P. le pape, c'est à savoir le droit de pacage au printemps et en été sur les terres de la couronne à Isola, plus la propriété de l'église de Saint-Constantin donnée à l'abbaye par Jean, évêque dTsola, y compris les terres dépendantes de ladite église et le moulin de Céramida, propriété à laquelle la princesse ajoute la donation d'un groupe de terres attenantes à celles de l'évêque d'Isola. Fait à..., février 6636 (MCXXVIII), indiction 10. Charte authentiquée d'une bulle de cire, souscrite du nom de Mabilia2. Apocryphe.

1150. Le roi Roger à Luc, abbé du monastère de la Sainte- Mère de Dieu et véaç ôôyiyiTpîaç tou %axp6c, : il confirme à l'abbé, qui vient d'être investi par « notre domination » de la charge abba- tiale, toutes les propriétés que le couvent a reçues des princes ses prédécesseurs, de lui ou d'autres donateurs : c'est à savoir, dans le Val di Crati, la terre toO 'Actxyitttqvou Uop^èllriç, comprenant l'église de Saint- Apollinaire, donation de l'amiral Christodule; le couvent de Sainte-Marie ^xaXbwVj au diocèse de Mileto; l'église de Saint-Constantin à Isola ; la terre de Saint-Maur, donation de l'amiral Christodule; la terre de Rocca di Santa- Severina, donation de Guillaume de Grantménil, et toutes autres dépendances sises à Rossano, à Saint-Maur et dans le Val di Crati ; sont confirmés tous les diplômes délivrés au monastère par Hugues de Chiaramonte et Guillaume de Grantménil. Fait à Messine, mai 6638 (MCXXX), indiction 8. Charte grecque, authentiquée d'une bulle d'or, souscrite par le roi Roger5.

1. Ughelli, IX, 387 : version latine. Incipit : Qui in religioso et honesto seu venerabili consentit persévérant. Sur Mabilia et Guillaume de Grantménil, voy. A.. Engel, Numismatique, p. 2-3.

2. Ughelli, IX, 680: en latin. Incipit : Quoniam ego Mabilia de providentia. Dans ce diplôme la date est fausse, car à l'année 6636 correspond l'indic- tion 7; l'adresse est fausse, car Luc n'était pas abbé en 1129 et le mona- stère ne portait pas le nom de Patir [de pâtre) avant n3o; enfin, en 1222, lors du procès de l'abbé du Patir et du prieur d'Isola, aucune mention ne sera faite de ce diplôme.

3. Montfaucon, Palseographia, p. 397 : en grec, d'après une copie de l'ar-

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. 19

1164. Robert, évêque d'Umbriatico, confirme les privilèges du prieuré de Saint-Étienne, fondé et doté par les rois Roger et Guillaume, au profit de l'abbaye de Sainte-Marie du Patir, à condition que, le 7 août de chaque année, le prieur donnera à la cathédrale d'Umbriatico une mesure d'huile et trois cierges, l'évêque s'engageant en retour à fournir au prieur les saintes huiles. Fait à..., Ier décembre 6673 (MCLXIV), incfietion i3. Charte grecque, dressée par Filotetto (?), moine abbé Sanctœ-M 'ci- vilise (?), souscrite par l'évêque Robert1. Très suspect.

1189. Roger de Durci, commissaire royal, rend un arrêt dans le procès pendant entre Nestorius, abbé du Patir, et un sieur Gérard, au sujet d'un tenimentum aliéné illicitement, quarante ans auparavant, par Cosmas, depuis archevêque de Rossano, alors abbé du Patir. Fait à..., juillet 1189, indiction

1198. On lit dans le Liber censuum : « In archepiscopatu Rosa- nensi qui nullum habet suffraganeum. . . , monasterium Sancte Marie de Patiro imam unciam auri annis singulis, ratione exem- ptionis per felicis recordationis dominum Innocentium III, anno domini MCXCVIII, septimo kalenclas maii, pontificatus eius anno primo concesse, prout constat per bullam eius que registrata est libro secundo diversorum domini Paulipape II, fol. CCXVIIP. » Cette bulle du a5 avril 1198 manque aux Regesta de Potthast. Le texte qu'en donne le recueil manuscrit des Dwersn de Paul II, collât., y est-il dit, origiualibus aiitiquissimis bullis et con- cordat, signé Gaspar Blondus, ce texte est le même que celui de la bulle d'Honorius III ci-après*.

chive de Saint-Basile de Urbe. Trinchera, Sjllobus grxcarwn membranarum (i865), p. i38 : en grec, d'après une copie de l'archive de Naples. Incipit : Eùaeëou; ôiavoéaç xoù (3a<nXcx-?îç <piXo<ppo<rvvï)ç. C'est une copie ancienne vidi- mée par « Cosmas, humble moine et archevêque de Rossano » et quelques autres, dont un auvà-uop MaXévoç.

1. Grotta Ferrata ms. Z, ô, XXXII : copie du xvir2 siècle. Incipit : Toi ôe/eaSpicov {Jlyjv. Trjç ivôcx. iy' Etç ty]V npiôx-qv èyo) PoTcépxoç èXéco 6eou è'iziaY.oizoç e'jpcaç.. A noter que ce prieuré de Saint-Etienne n'est mentionné dans au- cune autre de nos chartes, non plus que celui de Sanctse—Marinœ .

1. Ughelli, IX, 389 : « Cosmas... cujus prima mentio in cartulario Patiri habetur anno 11 87 et clarius in veteri membrana eiusdem scripta anno 11 89, mense iulii, ind. 7, continente exemplar iudicii Rogerii de Durci, etc. » Ughelli analyse seulement le document.

3. Liber censuum (éd. Paul Fabre), p. 23.

4. Archiv. Vatican., Paul '. Il '. Diver. cam. 1467 adi^o, lib. II, fol. 2i8'-220.

20

CHAPITRE PREMIER.

12IG. Honorius III à Nicodème, archimandrite du monastère de la B. V. Marie de Patirio : à l'exemple de Pascal II, le pape prend sous sa protection et celle de saint Pierre le monastère du Patir et tout ce qu'il possède de biens, dont l'énumération suit. C'est à savoir : la terre même s'élève le monastère et tout ce qui en dépend; l'église de Sainte-Marie de Orsino, celle de Saint- Nicolas de Lista (y compris les ecclésioles de Saint-Biaise et de Sainte-Marie de Câbla), celle du Saint-Sauveur à Brindisi, celle de Saint- Apollinaire de Conchili, celle de Sainte-Marie de Scalito, celle de Saint-Pancrace de Grœca, celle de Saint-Onufre in Ca- lonati, celle de Saint-Nicolas de Peniga, celle de Sainte-Hélène de..., celle de Saint-Constantin de Otece, celle de Sainte-Marie de Alimento, celle de Saint-Nicolas de Donna, celle de Saint- Denys de Casubono; les « casalia » de Crepacore, de Labonia, de San-Giorgio, de Cefalino, de Lilacconi; un « casale apud Cassanum », un autre « apud Rossanum ». L'abbaye aura le pri- vilège du for pour tous clercs ou laïques qui dépendent d'elle ; plus l'exemption de la juridiction de l'ordinaire, à charge toute- fois de recourir à lui pour les saintes huiles, les ordinations et les consécrations d'autels ou d'églises; enfin le droit d'instituer notaires, protopapas et autres officiers dans ses « casalia » et églises. Fait à Spolète, le 27 août, l'an Ier du pontificat, indic- tion 4 1

1222. Luc, archevêque de Cosenza, désigné par le Saint- Siège pour connaître du différend qui se débat entre l'abbaye du Patir et le couvent de Saint-Julien d'Isola. au sujet d'un tenimentum sis à Isola, se déclare incompétent, et envoie les par- ties se pourvoir à leur choix devant la cour royale ou à Rome. Fait à Cosenza, le 27 juin 1222, indiction 10, Charte latine, authentiquée du sceau archiépiscopal, souscrite par l'archevêque et trois de ses chanoines. Dans cette sentence de l'archevêque de Cosenza sont citées : « . . . Quasdam literas impériales apertas cum setacera bullatas, quibus mandabatur justitiariis et camerario Calabrise, ut non molestarent monasterium Patiri in possessioni- bus... et omnibus quœ in eisdem literis apertis ipsi monasterio

1 . Ughelli, IX, 392. Potthast, Regesta pontificum romanorum, 35y. Incipit : Regularem vitam eligentibus.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE.

2 I

imperialis auctoritas confirmabat » ; il s'agit vraisemblablement d'un diplôme de Frédéric II, empereur depuis 1220; 20 une sentence de Michel de Rossano, camerarius Calabriœ, confir- mant au Patir la propriété du tenimentum de Saint- Julien d'Isola, et tout ce que l'abbaye y tient des donations du comte Raynerius Marchîsottus et du comte Etienne, son fils, laquelle sentence est dite être rédigée en grec1.

1225. Frédéric II, empereur des Romains et roi de Sicile, désigne Luc, archevêque de Cosenza, et Terrisius, évêque de Cassano, à procurer un accord entre l'abbé de Saint*Jean de Flore et l'abbé du Patir, au sujet de pâturages de la Sila que les deux abbayes revendiquent chacune pour soi. Fait à Crotone, le 1 8 mai 1 223, indiction 11. Ce diplôme est textuellement inséré dans le suivant.

1225. Luc, archevêque de Cosenza, et Terrisius, évêque de Cassano, font consentir les deux parties à reconnaître à Flore la propriété des pâturages en question, au Patir le droit de pacage sur les pâturages susdits, mais à charge au Patir de payer à Flore le jour de Noël cinq mesures d'huile pure et de bonne qualité. Fait à Cosenza, le 23 août 1223, indiction 11. Charte latine, authentiquée du sceau des deux évêques, souscrite par eux, déli- vrée e# deux expéditions, l'une souscrite par l'abbé et douze moines du Patir, l'autre par l'abbé et d©uze moines de Flore2.

1246. Guillaume, évêque de Strongoli, juge du différend qui se débat entre l'abbaye du Patir et l'abbaye de Flore, au sujet de l'aqueduc d'un moulin de l'abbaye de Flore, auquel le Patir prétend avoir le droit de faire une prise d'eau pour le service d'un moulin d'une de ses fermes, Sainte-Hélène, condamne Flore à reconnaître le droit du Patir sur l'aqueduc, et le Patir à payer un droit de mouture à Flore. Fait à Strongoli, mars 1246, indiction 4, la 49e année du règne de Frédéric II. Charte latine, dressée par Pierre, notaire public de Strongoli, souscrite par Guillaume, évêque de Strongoli et quelques notables. Y inclus la requête de Flore et celle du Patir, cette dernière au nom de l'archimandrite Nimphus, et souscrite par Barlaam, prêtre, moine et ecclésiarque

1. Ughelli, IX, 5o7 : en latin, « ex tabulario Patiri ». Incipit : Prsesenti scripto notum facimus.

2. Ughelli, IX, 290. Incipit : Nos Lucas Dei gratta cusentinus.

22 CHAPITRE PREMIER.

du Patir, par Romain, Nicodème, Miletus (?), «Laurent, Germain, Néophyte, Nectarios, prêtres et moines, par Nil et Sacca (?), dia- cres, par Adrien et Jacques, moines du Patir1.

1275. Grégoire X, souverain pontife, « literas dirigit... ad favorem monasterii de Paûrio contra detentores bonorum ejus- dem... dat. Lugduni id. mardi2». Cette bulle était insérée dans la pièce qui suit. Elle manque aux Regesta de Potthast.

1275. Roger, archevêque de Santa-Severina, publie la bulle ci-dessus de Grégoire X. Fait à Santa-Severina, le 5 juillet 1275, indiction, 35.

1281. Charles Ier, roi de Naples, à la demande d'Ambroise, abbé du Patir, confirme les propriétés et privilèges de l'abbaye. Fait à Naples, novembre 1281, indiction 9. Charte latine, vidi- mée par Ange, archevêque de Rossano, et onze autres personnes4. Analysant cette pièce, Ughelli note que les donations, « mo- nasterio ab regibus Siciliae aliisque principibus viris elargitae » qu'elle confirme, ont été, avant d'être confirmées, traduites en latin : « Donationes vero confirmatœ translata? dicuntur e grœco in latinum. »

1285. Ange, archevêque de Rossano, donne a Paul, abbé du Patir, l'église et le couvent de Saint-Nicolas de Calopezzato, à charge de réparer et de desservir ladite église, d'y reconnaître la juridiction de l'ordinaire et de payer à l'archevêque un cens annuel de douze tarins d'or. Fait à Rossano, le 19 janvier 1285, indiction 1 3, la 4e année de pontificat de Martin IV s.

1294. Charles II, roi de Naples, pourvoit à ce que les habitants du casale de Crepacore, dépendance du Patir, lesquels ont été chassés de leurs habitations « a guerre turbine », et se sont réfu-

1. Ughelli, IX, 728. Incipit : Rationis ordo requirit.

2. Ughelli, IX, 683.

3. Ughelli, IX, 683. « Subscripsit in fine in hœc verba : Nos Rogerius Dei gratia Sanctse-Severinœ archiepiscopus, additis quibusdam groecis litteris manus ejusdem, quemadraodum et alii testes eodem modo se subscripse- runt, ut in exemplari ejusdem tabularii Patiri observavimus. »

4- Ughelli, IX, 400, donne une simple analyse de cette pièce, qui, dit-il, « in sœpe citato Patiri tabulario extat ». Le vidimus de l'archevêque est donné textuellement par Ughelli : « Ego Angélus Rossanensis, archiepisco- pus grœcus, visis et perlectis authenticis priviîegiis et instrumeutis, hiis [sic] translatis capitulis [sic] fideliter transumptis, propria manu suscripsi. »

5. Ughelli, IX, 401. Incipit : Humanarum rerum auctoritas.

L'ABBAYE DE SAINTE- MARIE. 23

giés à Corigliano, puissent revenir habiter Crepacore, et mande au « justitiarius Vallis Gratis » d'y tenir la main. Fait à Foggia, le 2 juin 1294? indietion 71.

1204. Charles II, roi de Naples, fait restituera l'abbaye du Patir la barque de bac « ad passagium hominum et animalium pra?tereuntium », que l'abbaye entretenait dans sa «borga» de Racanello, et qu'avait fait supprimer Guillaume de Jlneto, sous prétexte que la dite « borga » était sise sur ses terres de Cassano. Le roi mande à Roger de Sangineto, « justitiarius Vallis Gratis », de faire exécuter cette ordonnance. Fait à Barletta,le 5 juin 1294, indiction

1359. Théodore, archimandrite de l'abbaye zfiq NsoôiyiTpsfaç too àyîou TCarpôç, cède en emphytéose au sieur ïoucppiôoç OOpaéAXoç, de Corigliano, les bois d'oliviers sis au lieu appelé Pavoç sur le terri- toire de Corigliano, et la terre dite twv /.aXâjjiwv, sise sur le terri- toire de Rossano, pour vingt-neuf ans et contre une redevance annuelle de huit tarins d'argent. Fait au Patir, septembre [1309] , la 8e année du pontificat d Innocent VI, « pape de Rome », sous le règne de Louis [de Tarente, le mari de la reine de Naples, Jeanne Irc], « roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Pouille, prince de Capoue, comte d'Anjou, de Provence, de Forcalquier et de Piémont ». Charte grecque, dressée par Denys, yapxouXàptoç de l'abbaye, souscrite par Nil, ecclésiarque , Jacques, Nicéphore, Laurent, Gabriel, Paul, Romain, Nicodème, moines de l'abbaye3. Il ne paraît pas que ces six derniers religieux sussent écrire.

1560. Gautier Nani, secretus du duché de Calabre, juge du différend qui se débat entre l'abbaye de Sainte-Marie de Patirio et le municipe de Rossano, au sujet de la délimitation de leurs terres respectives : suit la délimitation des dites terres. Fait à Rossano, l'an 18 du règne de Jeanne Ire, l'an i3 du règne de Louis [son mari], « roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Pouille,

1. Archiv. de Njiples, Reg. ang. 1294. M, LXXI, fol. 3-27. Incipît : Scri- ptum est capitaneo et justiciario vallis gratis... Pro parte religiosoram. Inédit.

1. Ibid. Incipît : Scriptuin est Rogerio de Sangineto militi capitaneo et justi- ciario vallis gratis... Habet religiosoram. Inédit.

3. Archivio storico italiano, 1868, p. 12-20 : publiée par J. Mûller, d'après une copie du xvne siècle conservée à Grotta Ferrata. Les nombreuses erreurs du commentaire de Mûller sont relevées par H. Aaar [Luigi deSimoneJ dans le même Archivio, 1882, p. 238. Incipit : "Etsi ano x^ç èvo-apxou oWovoyAa.;.

24 CHAPITRE PREMIER.

prince de Capoue, comte de Provence, de Forcalquier et de Piémont », en présence de Grégoire, archevêque de Rossano, d'Aquinos, juge royal de Rossano, et de Léon Malenus, notaire roval pour le duché de Calabre, etc. Charte latine, authentiquée du sceau du notaire royal, souscrite en grec par l'archevêque et par le juge de Rossano, en latin par les autres *.

1510. Ferdinand [V, roi de Castille], d'Aragon, de Sicile, de Naples et de Jérusalem, et, en son nom, Raymond de Cadorna, vice-roi des deux Siciles, confirme à l'abbaye du Patir la propriété du casale de Saint- Apollinaire, que lui contestait Bernardin de San-Severino, prince de Bisignano. Fait à Naples, le 12 mars ioio2.

Au total vingt-cinq diplômes, dont trois apocryphes.

La liste des successeurs de saint Barthélémy, que Ton peut tirer des chartes ci-dessus, est loin d'être complète ; nous rele- vons les noms et les dates que voici :

Luc (i i3o). Cosmas (i 1 49)- Nestorius (i 189). Nicodème (1246). Nimphus (12 16). Ambroise (1281). Paul (ia85). Théodore (1359).

Il faut ajouter à ces noms celui de Biaise, que nous aurons à relever plus loin, et qui doit être attribué, je crois, au xive siècle, enfin celui d'Athanase Chalkéopylos, dont nous avons vu le nom inscrit sur l'icône de Corigliano. Ughelli, qui le mentionne comme étant mort en 1487 évèque de Gerace, nous apprend en outre qu'il était originaire de Constantinople. Il était en effet de ces nombreux Grecs réfugiés à Messine après la prise de Constantinople3, et nous avons même, composée par lui à

1. Ughelli, IX, 402 : « e veteri documente) tabularii Patiri ».

2. Rende, Cvonistoria, p. 92, donne le texte intégral du document « di cui conservasi l'originale nell' archivio del Monistero ». Cf. Rodotà, Rito greco, II, 193.

3. Voj. au British Muséum le ms. Harley 5662, copié à Messine, en i4?3,

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. 25

l'époque il était évêque de Gerace, et dédiée à Antoine Pe- trucci, secretarius maior du roi Ferdinand V, une version latine du livre de Lucien Sur la danse1.

C'est tout ce qui nous est venu de littéraire de l'abbaye de Rossano. On y joindra deux inscriptions en vers politiques, contemporaines de l'abbé Luc, chacune d'elles gravée « in marmoreo vase », vraisemblablement deux bénitiers ou fonts baptismaux :

a\

PHrOC KPATAIOT TOIG XPONOIG POrEPIOT TOT 1IANOCIOT AOTKA TQN MONOTPOIIQN APXEIN AAKONTOC CKEYOC EIPrAGTAI TOAE riEMLITIi CAPAKOGTH nPOG E3AK0CIQ EKTH TE XIAIAAI IIAPOAQ XPONQN

b\

TH KEAEYGEI TOY AriQTATOY HMQN IIATPOC KAI MErAAOT APXIMANAPITOY KYPOY AOYKA MHNI MAPTIQ INAIKTIQNOC ir ETOYC TXMr

/ TON KOIAANANTA THN KOAYMBH0PAN AOTE CQZOIC TANAOYA^ON TAIC iIPO$HTQN IIPECBIAIG

ÏG XG NI KA

Ces deux inscriptions, relevées au Patir au siècle dernier, ont disparu depuis.

par Léon Clialkéopylos. Le ms. Harley 5694 et le ms. Sloane 746 portent en ex libris : a Libro Jo. Chalceopylus Constantiuopolitanus. »

1. Dans le ms. Parisinus gr. 3oi3. « Athanasii episcopi Hieracensis et Oppidensis », porte la préface (fol. 1).

2. Placentini, De siglis veterum Grœcorum (Rome, 1757), p. 1 54 (cf. Boeckli, C. I. G., 8727) : « In marmoreo vase, quod in templo nostri cœnobii, vulgo Patiro nuncupati, servatur Régis potentis temporibus Rogerii, S. Lucamona- chorum prxfecturam habente, pas hoc effectuai est , anno 6645 [MCXXXV1-IIJ.»

3. Placentini, op. cit., p. 116 : « In urna marmorea histralis aquae pro in- fantibus baptizandis Jussu S. P. N. et magni archimandritm Lucœ, mense marlio, ii/d. i3, anno 6643 [MCXXXV] : qui excavavit piscinam, o Verbum^ salva Gandulphum prophetarum precibus. J.-C. vincit. »

26

CHAPITRE PREMIER.

Il faut renoncer à dresser d'une façon satisfaisante le terrier de l'abbaye ; du moins nous savons ce qu'elle paye de cens à la Chambre Apostolique. Elle est taxée dans le Liber censuum à une once d'or par an, le Saint-Sauveur à un florin d'or. Dans le Liber taxarum camerse apostolicse (xve siècle) elle est portée pour 80 florins, le Saint-Sauveur pour 5oo, Carbone pour 66. Ajoutons que dans le censier inédit cité plus haut du diocèse de Rossano, censier daté de 1 4^7, l'abbaye est portée pour un cens de quatre onces : « Archimandrita Ste Marie de Patiro tenetur soluere untias quatuor1 ».

C'est dans ces quelques faits que se résume la courte histoire de l'abbaye de Sainte-Marie du Patir du xiie au xve siècle. Remarquez comment ici, de même qu'à Messine et de même qu'à Carbone, la période de prospérité est close au milieu du xme siècle, et comment la fin du xme siècle et le xive constituent une période d'obscur déclin. Ce qui reste, après ce siècle et demi de décadence continue, de la religion basîlienne du temps de saint Barthélémy, lorsque le concile de Florence et le zèle de Bessarion rappellent l'attention du Saint-Siège sur les mona- stères grecs de l'Italie méridionale, nous le savons déjà; nous allons le voir mieux encore dans les efforts faits au x\e et sur- tout au xvie siècle pour réformer l'abbaye du Patir.

III

L'abbé du Saint-Sauveur de Messine écrivait, en i58i, les lignes suivantes sur la culture et sur la vie des religieux grecs de l'Italie méridionale : « Quanto alla lingua sono tutti cosi ignoranti che dicendo io a un monaco, priore vechio e dei piu principali, che mi déclinasse il nominativo rcaxyip, per esser il primo nome del Pater Noster, non ne sepe dir niente, e, vedendo che io ne conosceva la verità, mi confessarono tutti i monaci che non sanno gramatica. Ma che dico io di gramatica ? Monaci ho trovato cbe dicendo missa, quando arrivavano alla epistola et ail' evangelio, bisognava accostarsi ail1 altare uno degli altri che

1. Pièces justificatives, p. 117.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. ?9

sapesse légère manco maie et recitasse la epistola e l'evange- lio, per ch' il resto délia missa, corne erano monaci vechi, lo dicevano di memoria cosi difituosamente corne V. S. I. puo giu- dicare. Quanto alla vita poi sono cosi cattivi che non mi par clie si debbano numerar fra monaci mali, ma fra laici pessimi : e per dir in somma particolarmente délia dishonestà, ho trovato in un monasterio tre diaconi fîgli di tre monaci di questa reli-

gione, et ho trovato tanto peggio » Il vaut mieux laisser le

reste inédit1.

Le chapitre général de Tordre tenu par Bessarion en 1466, celui de i5o4 réuni à Saint-Nicolas de Calamizi par le cardinal D. Grimani, avaient été impuissants à ranimer la ferveur dans ces communautés isolées, restreintes, immobiles, à donner quelque autorité aux abbés conventuels délégués des commendataires, non plus qu'à inspirer aux religieux le respect d'une règle qui ne les assurait point contre la famine : et le scandale en deve- nait si public que Philippe II parlait de supprimer l'ordre. La cour romaine pensa qu'il valait mieux le réformer, et commit le soin de cette réforme au cardinal G. Sirleto.

Calabrais de naissance (il était à Guardavalle près de Stilo), grec d'éducation (il avait été élevé par un grec de Ta- rente)^ helléniste de carrière, pourvu de l'évêché de San-Marco, puis de l'évêché de Squillace et de l'abbaye basilienne de Sainte- Marie de Carra, préfet de la congrégation dite de la Réforme des Grecs, laquelle embrassait le service de l'Orient grec catho- lique, le cardinal Sirleto connaissait de toute façon à fond les conditions de la réforme qu'on lui confiait, et il s'y appliqua avec une suite et une fermeté qui aboutirent. Mais ce ne fut pas sans peine, et je dois dire que c'est du Patir que vinrent à Sirleto les plus grands ennuis.

« J'avais toujours pensé, lui écrivait en 1667 le vicaire géné- ral de Rossano, que Votre Eminence viendrait en personne visiter l'abbaye ; j'aurais alors exprimé à V. S. Rme le désir de l'archevêque et de tout son clergé, qui est de voir ces moines rester dans leur couvent, nous n'aurions cure de savoir ce qu'ils font, au lieu qu'ils se répandent à Corigliano et ailleurs et

1. Àrchim. de Messine à Sirleto, 22 mai i58i (Vatican, lat. 6ig5. fol. 821).

28

CHAPITRE PREMIER.

s'y comportent disonestamente, tenendo le concubine, fando tante sorte de industrie et mercantie, committendo molti eccessi et delitti, senza super iore che le correga ». En i5^2, c'était au tour des syndics de Rossano d'écrire à Sirleto pour le conjurer de châtier les moines du Patir et de « mettre en leur place des gens de bonne vie ». En 1 574, c'était l'archevêque (Lancelotti) qui dénonçait à Sirleto l'abbaye comme « un asile d'hommes dyscoles », et lui assurait qu'un brigand, un foruscito, pendu naguère à Bisignano, avait avoué qu'il avait pour complices les moines du Patir; et n'étaient-ce pas eux qui naguère s'étaient jetés sur les troupeaux de l'archevêque en criant « Tue, tue ! » et avaient roué de coups les deux clercs qui les menaient paître1 ?

Certes Sirleto n'entendait pas tolérer de tels abus, mais il se heurtait au mauvais vouloir du commendataire, Fiescho, évêque de Savone, toujours prêt à parler d'exemption quand Lancelotti parlait de scandale. « Avec l'aide de Dieu, écrivait Sirleto au cardinal Charles Borromée, le saint archevêque de Milan, nous ferons ce qu'il faut faire ; mais puisque Mgr de Savone est abbé commendataire de Sainte-Marie du Patir, je souhaiterais que V. S. le persuadât de nous aider2. » Puis, lorsqu'une visite générale des monastères grecs de l'Italie méridionale eut été exécutée et un chapitre tenu à Saint-Philarète de Seminara pour accepter la réforme (1679), réforme qui faisait désormais de l'ordre de saint Basile une congrégation ayant à sa tête un général, élu par tout l'ordre, avec juridiction sur tout l'ordre et droit de nomination et de déplacement des prieurs et digni- taires de tout l'ordre, réforme qui, maintenant l'exemption de l'ordinaire, évinçait en outre les commendataires du spirituel, la mense du couvent devant être distincte de la merise du com- mendataire et fixée parle général; et lorsque cette réforme, confirmée par Grégoire XIII (i58o)3, eut été reçue partout sans

1. D. Francesco à Sirleto, 2 5 avril 1567 [Vatican, lat. 6184, fol. 262). Syndics de Rossano an même, 10 septembre 1 568 et 14 juillet 1672 [Vatican, lat. 6184, fol. 189, et 6i85, fol. 78). Lancelotti au même, 27 août 1574 et 18 février 1675 [Vatican, lat. 6ig3, fol. 84 et 21 5).

1. Fiescho à Sirleto, 18 mars 1674 [Vatican, lat. 6192, fol. 36). Sirleto à Borromée, 2 mai 1576 [Vatican, lat. 6946, fol. 209).

3. Dullarium romanum (i638), II, 326.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. 29

résistance1, il n'y eut qu'au Patir que commendataire et com- munauté parurent conjurés pour lui faire échec.

En entendant parler de réforme, les moines se répandirent en plaintes bruyantes, dont tout Corigliano retentit. Le prieur, mandé à Rossano par le vicaire général, déclara « con multa furia » qu'il ne reconnaîtrait jamais le général de l'ordre et qu'il n'y aurait au Patir d'autre autorité que celle du prieur, « che in tal loco fa corne esso vole et che non ha superiore nessuno ». 11 fallut recourir au bras séculier pour purger le couvent de cet énerçumène et d'un sien confrère, ensemble une redoutable paire de Tsxvoiuotoi. Fiescho, qui ne voyait en eux que des hommes d'affaires « intelligenti délie cose pertinenti ail' abbatia », exigea qu'ils fussent réintégrés au couvent : la cause dut être portée à Rome, et finalement le prieur, convaincu en outre d'escroqueries, fut mis en prison avec ordre de l'y tenir sous bonne garde. Entretemps Fiescho opposait mille chicanes à la séparation de la mense de la communauté et de la mense de la commende : ici encore on dut en appeler à Rome, et Sirleto fut délégué pour vider la querelle de l'évêque de Savone et du général". Dieu sait pourtant si Fiescho était un commendataire tendre pour ses moines! En i58o, la portion congrue qu'il leur faisait pétait loin de suffire à la subsistance des plus mortifiés; quant aux bâtiments, c'est à peine s'ils comptaient six cellules habitables, et les réparations, décidées quelque temps aupara- vant pour remettre en état cinq nouvelles cellules et faire un réfectoire et une cuisine, avaient été interrompues à peine après avoir été commencées3.

La régularité rentra au Patir, et avec la régularité le silence

1. Ruflb (abbé général) à Sirleto, 20 août et 20 octobre i58o {Vatican, lat. 6193, fol. 593 et 614). Cf. Sirleto à Mendoza, fin février 15^6 [Vatican, lat. 6946, fol/ 209).

2. Sirleto à RufFo, 26 novembre i58oet 6 janvier i58i [Vatican, lat. 6946, fol. 299 et 3o2). Le même à l'archevêque de Rossano, 20 mai i58i [ibid., fol. 3io). Toscani à Sirleto, 20 juin i58i [Vatican, lat. 6194, fol. 89). Vi- caire général de Rossano au même, 22 juin et 17 août i58i [ibid., fol. 92 et 118). Archevêque de Rossano au même, 25 septembre i58i [ibid., fol. i46)- Jugement de Sirleto entre Ruffo et Fiescho, i58o [Vatican, lat. 6792, fol. 3).

3. RufFo à Sirleto, 20 août i58o [Vatican, lat. 6ig3, fol. 593). Sirleto à Fiescho, Ier novembre 1576 [Vatican, lat. 7093, fol. 309).

CHAPITRE PREMIER.

qu'elle porte toujours avec elle : l'abbaye grecque de saint Barthélémy vécut deux siècles encore de cette demi-vie des institutions vieilles au point de n'avoir pas la force de mourir. Dans le dossier Basiliani de l'Archive Vatican je ne retrouve rien d'elle, sinon un bref du 29 juillet 1702, accordant à l'abbaye l'indulgence de l'autel privilégié pour le « suntuoso altare di marmo », nouvellement restauré, sur lequel est placée 1' « anti- chissima e miracolosa imagine délia Santissima Vergine». Ajou- tons-y un contrat, daté de 1754, par lequel le Patir vend aux Franciscains « una grangia nella terra di Scaliti, diocesi di Mileto1 ». La communauté finit, partagée entre les travaux des champs et les exercices de dévotion : chaque samedi, au temps deMariano Rende, les gens des environs y venaient en nombre, accomplir des vœux ou se confesser, et le i5 août, fête de la Vierge, la foule y était si grande à gagner l'indulgence plé- nière, que l'église ne la pouvait contenir2.

Aujourd'hui, de couvent ni de sanctuaire il n'y en a plus sur la sainte montagne de Y Hodigitria. Supprimé à la suppression générale des ordres religieux qui suivit de près l'arrivée au trône de Naples de Joseph Bonaparte (1806), il est devenu dès lors une simple ferme. Nous y sommes montés, le 29 avril 1889, mon ami Edouard Jordan et moi, à cheval, par des sentiers extraordinaires, car les routes existent à peine sur ces hauts lieux. Nous traversâmes des bois d'oliviers, pour remonter ensuite le lit d'un fiumare desséché, le Cino, puis pour gravir la pente abrupte et ravinée de la montagne à travers un maquis de chênes, de buis, d'oliviers francs, fourré de myrtes en fleur et de fougères, et pour atteindre après deux heures de marche le petit plateau s'élevait l'abbaye. Il est plus vrai de dire qu'elle subsiste encore, mais dans quel état! A gauche de l'entrée est l'église, que le baron Compagna, propriétaire de la terre, a fait naguère recouvrir et badigeonner : une abside flanquée de deux absidioles en cul de four forme le chevet; la nef (plus récente), partagée en trois par deux rangs de piliers reliés par

1. Registre de dom Sciommari, procureur de l'ordre, p. 48 et 83 (Archiv. Vatican., dossier Basiliani).

2. Rende, Cronistoria, p. 104.

L'ABBAYE DE SAINTE-MARIE. 3i

des arcs en tiers-point, n'a jamais en de voûte; le chevet et le portail latéral de droite sont romans, le portail de la façade est ogival ; les murs de la nef ont être recouverts de fresques, mais tout a disparu sous le badigeon; le pavé est de mosaïque grossière, noire et blanche, et au bas de la nef on lit, en une large inscription de mosaïque (xive siècle?) :

BLASIVS VENERA BILIS ABBAS HOC TOTVM IVSSIT FIERI

Après avoir longtemps servi de grange, l'humble église abba- tiale a à un vœu du propriétaire d'être nettoyée et cou- verte : cependant, à l'époque nous l'avons visitée on n'y avait point encore relevé l'autel ni rétabli le culte, et ce veuvage avait bien grand air. La porte latérale de gauche de l'église s'ouvre sur un cloître carré, sur les trois côtés duquel s'aligne un étage de bâtiments, cloître et bâtiment en bonne bâtisse du x.vne siècle, et dont une inscription nous apprend qu'elle est due au cardinal Ch. Barberini, commendataire, et qu'elle date de Mais depuis le cardinal Barberini, pas un maçon, j'en ai peur, 1/ a passé par le couvent, à en juger par ce que l'on y voit de toitures et de voûtes éventrées et de brèches aux murailles. Quatre ou cinq familles de tenanciers ont niché dans les quel- ques cellules qui tenaient encore. Braves gens! ils nous ont donné pour une heure une hospitalité aussi cordiale que simple : j'ai béni le pétrin et les petits enfants; puis, pour nous faire honneur, un gars ayant accordé une mandoline et attaqué une chanson (ce n'était pas un Iwjitakiojil), tout ce que le Patir comptait de jeunesses s'est mis a danser une ballata. Cela se passait dans un angle ébréché du corridor abbatial, et j'aurais en demander pardon à saint Barthélémy et à saint Basile..., comme aussi d'avoir contemplé avec tant de complaisance l'admirable horizon du Patir, qui m'en rappelait d'autres de

I. Eminentissiml principis | Karoli card. Barberini abb. commend. | pietate ac munificentia \ templum fatiscens atriumque collapsum | instawata | anno Domini 1672.

32 CHAPITRE PREMIER.

la Grèce propre : la sombre Sila, la claire vallée du Crati, la courbe si élégante du rivage de Sibari, puis, au delà, les lignes neigeuses du Pollino, et à perte de vue, à nos pieds, la mer Ionienne, dans l'exquise tiédeur et dans la fine lumière d'un matin d'avril.

EXCURSUS A

LE CHRONOGRAPHE DE L'AN io33

A la date du 12 septembre 1890, on trouvera dans les Comptes rendus des séances de ï Académie des inscriptions et belles -lettres une notice de moi sur les sources de la Chronique de Cambridge. Cette chronique arabe anonyme, dont nous ne possédons qu'un manuscrit, lequel appartient à la bibliothèque de l'Université de Cambridge (de son nom), cette chronique a été éditée par M. Amari, après Caruso (1720) etDi Gregorio (1790) *. M. Amari la tient pour un « vero gio- eillo», et c'est eu effet un document de première valeur pour l'his- toire de la Sicile au ixe et au xe siècle : j'en aurai dit tout le prix en disant que c'est une chronique de même forme et de même valeur que celle de l'Anonyme de Bari et celle de Lupus Protospatha.

J'ai démontré dans la notice en question que la Chronique de Cam- bridge était une adaptation arabe non chrétienne d'une chronique grecque chrétienne, et de cette source grecque j'ai donné un frag- ment retrouvé par moi dans les marges d'un manuscrit grec de la Bibliothèque Nationale.

Je n'ai pas à revenir sur cette démonstration et sur cette publi- cation. /

Mais il importe de signaler un autre fragment de cette même chro- nique grecque, fragment plus étendu et plus complet que mon frag- ment de Paris. Il a été utilisé pour la première fois par Mgr Lancia di Brolo2, à qui il avait été signalé par dom Cozza-Luzi II appartient à la bibliothèque du Vatican, Vatican, gr. 191 2, recueil de fragments divers mis ensemble au xvne siècle. Notre chronique grecque tient un cahier de cinq feuillets, dont je conjecture qu'ils ont former anciennement les gardes d'un manuscrit plus volumineux. L'écriture est de bonne cursive gréco-lombarde du xie siècle.

En titre on lit :

-j- Xpovoypàçrjv <îùv Gw xocô&ç 01 k6ôo\Lr\v.ovza. e!a8e|ôcoxaaiv ip^^veutat xac 0? lomoi êiyiyrjTat àito 'AôàjA....

Suit, sur le type de la Chronographia brevis de Nicéphore, une chronique commençant à Adam et se poursuivant jusqu'à l'empereur Michel et l'an du monde 6542 : Le basileus Romain régna cinq années et il mourut : en sa place règne le basileus Michel. An 6S42. Cet expli-

1. M. Amari, Biblioteca Arabo-Sicula (1880), , 276-293. Cf. Préface, p. yn.

2. Lancia di Brolo dans sa Storia délia Chiesa in Sicilia.

3

34 EXCURSUS A.

cit de la première partie delà chronique marque exactement l'époque a été arrêtée et par conséquent composée cette chronique, l'an- née io33.

La seconde partie de la chronique, complètement distincte de la première, porte en titre :

•j* 'Acp' ou eî<7v}>.8ov ot Sapocxtvot eîç StxsXtav.

Nous retrouvons à partir de le texte du fragment de Paris, et quelque chose de plus. Je n'en donnerai pas une ligne, voulant lais- ser à dom Cozza-Luzi, qui me l'a communiqué, tout l'honneur de le publier. Je ne retiens que les cinq notes marginales de seconde main qui accompagnent le document.

Dans le manuscrit de Paris, il n'y a aucun détail qui nous puisse permettre de déterminer l'origine de notre fragment chrono- graphique. Mais il n'en est heureusement pas de même du manuscrit du Vatican. Là, en effet, en marge du texte de notre chronographe, une main de bien peu postérieure à celle du copiste a ajouté quel- ques notes singulièrement précieuses, l'une (fol. 7') est ainsi con- çue : « L'an 6633 [=1 125], ind. 3,*par la miséricorde du Christ notre Dieu vrai, j'ai reçu, moi Jean, prêtre de l'Invisible, la prêtrise en la fête de Pâques ».

-J- to0 Itouç fiylo' tyjç ô' cvô. euôoxt|a yy aXy]6tvou 6u 7]|J.. e|ôei;a}j.. syà> tw. îtpeç. tou aoJpaxoO [sic] ttjv lepcoauv/iv elç t. ewpx. j tou Ttao-ya.

Une autre (fol. 6') s'exprime ainsi : « L'an [6638=1129], ind. 8, je suis devenu, moi Jean humble prêtre de l'Invisible, protopapas de la cité de Gassano, au mois de septembre, le 3, un mardi ».

•j* Iv ïi. fîykr\ tvô. r\ lysvàp.. | lyw ca>. èltxyiaxoç, 7rpeç. tou | àopaTOU upto- TOTiaTiàç affTSWç xaercavou ii.y). [ getz. eîç Tàç ô' r\\).kpa o' .

D'où il appert que notre chronographe était en n 29 aux mains d'un protopapas de Cassano, à l'entrée du Val di Crati, à six lieues de Rossano.

Une troisième note (fol. 6) nous donne les détails suivants : « L'an 6639 [=ii3i], indiction 9, au mois de février, un mardi, le 10 du mois, s'est reposé dans le Seigneur le bienheureux arche- vêque de R..., le seigneur Nicolas ».

-j- tou Itouç jTxhft' tvô. 6' tw <pe. [J.7) . rjfx. y' eîç t. s' p.Y] . J àvercauaaTO iv xto ô [xaxaptwTaTOç âpyiZ'Kiay.o'KOç po J|]||||||||||||| J x. vtxo^aoç.

Qui est cet archevêque ? Ce siège archiépiscopal de R.. . ne peut être que Reggio ou Rossano. Or à Reggio l'archevêque s'appelait, préci- sément en 1 1 3 i , Guillaume1. Reste Rossano, où, à la date de no5, nous avons trouvé mentionné l'archevêque Nicolas Maléinos (voy*

1. Ughelli, IX, 436.

EXCURSUS A.

35

page 6) : serait-ce le même Nicolas dont on fixe ici la mort à l'an ii3i ? La liste épiscopale de Rossano étant ici en déficit, l'identifica- tion des deux Nicolas ne souffre pas difficulté1.

Une quatrième note (même fol.) ajoute : « L'an 6638 [= n3o], ind. 9, au mois d'août, un mardi, le 29 du mois, s'est reposé dans le Seigneur le très saint seigneur Rarthélemy notre père ».

-j- xoO Itouç f\y^kr\' ivô. r\ t&> \lt[. aùyoûffT. vjtcç 7)|j.é. y' | elq t. t6' tou ccùtou evearto. \iy\. àvexocûatxxo ev xa> ô àyiwTaTOç | 7CY]p Yifx&v x. 6ap0oXto|jt.aïoç.

Et ce Rarthélemy ne saurait être autre que le fondateur de notre abbaye. l'on voit que notre protopapas de Cassano s'intéressait à l'archevêque grec de Rossano et à l'abbé de Sainte-Marie. Pourquoi ? L'évêque de Cassano étant latin, le protopapas avait peut-être été ordonné par l'archevêque grec de Rossano. Quanta l'abbé de Sainte- Marie, il lui donne le titre de « notre père », titre qu'il n'a point donné à l'archevêque. Serait-ce qu'il était attaché au service d'une ecclésiole sise sur un cr.sale de l'abbaye et à la nomination de l'abbé? Ne savons-nous pas, en effet, que l'abbaye possédait « un casale apud Cassanum » (ainsi s'exprime Honorius III dans la bulle de 12 16) ? Remarquez que ce casale n'est pas énuméré par le roi Roger dans la charte de ii3o, ce qui permet de croire qu'il était une acquisition postérieure à ii3o. Or une cinquième et dernière note (fol. 7) est ainsi conçue : « Au mois de juillet, le 27 du mois, un lundi, l'an 6639 [= 1 1 3 1 ] , a été donnée cette terre de Cassano par le seigneur Alexan- dre de Chiaramonte <fidéle> du très orthodoxe roi Roger. »

xa|crtavou rcapà xoù x. àXeîjàvôpou | toO xXspep.T. tou ôpOoôo^wTocTou pcyoç | pw- yeptou.

« Terre de Cassano » n'est pas synonyme de « cité de Cassano » : il s'agit là, non d'une ville, mais d'une terre, d'un casale. Est-ce le « casale apud Cassanum » de la bulle d'Honorius III?

C'est une simple conjecture que je ne crois pas pouvoir affirmer davantage. Il reste acquis que le Chronographe de io33 était en 1129- 1 1 3 1 aux mains d'un protopapas domicilié à Cassano et en relations avec notre abbaye du Patir, dont il appelle l'abbé « notre père ».

1. La suite archiépiscopale de Rossano, en tenant compte des observa- tions de Mgr Lancia di Brolo, serait ainsi restituée : 1091, Ro[main?] (-j- ioo,3). no5, Nicolas (f ii3i). 1 i3i(?)-i 144, Théophane. 1 145 sqq. Deuys.

m

EXCURSUS B

D'UNE HOMÉLIE PRÉTENDUE DE THÉOPHANE CÉRAMEUS J'ai dit [Introd., p. XXI) que l'on connaissait de Théophane Céra-

Migne (Paris, 1864) dans le tome CXXXII de sa Patrolog. gr. Mais il en existe un certain nombre d'inédites, notamment dans un manu- scrit grec de Madrid décrit par Iriarte1; et, au nombre des homélies inédites décrites par Iriarte, il s'en trouve une, la soixante-cinquième [Cod. Madritemis, XVI, fol. 176), intitulée : cO[xi)aa pvjôeïffa xoi[j.7]8évToç tou àocôi^ou itaTpoç BapÔoXopiacou xai jjiepixT] ôi7\fr\aiç toO filou gcùtoO. Incipit : IlaTptxrjÇ jj.v^jjl7jç éopT7]V ayofJLSV ari\i.epov.

Cette même homélie, mais sans nom d'auteur, se retrouve en grec dans le Messanensis 29 (le même manuscrit qui nous a fourni le texte de la vie de saint Barthélémy), fol. 11 1 , et c'est dans ce manuscrit que je L'ai lue. Mgr Lancia di Brolo s'appuie sur cette homélie qu'il croit authen- tique pour fixer la date la plus haute de la vie de Théophane2. Mon sentiment diffère ici de celui du savant archevêque de Montreale.

Cette txepixr] ôt7fyy)crcç dépend de la vie grecque de saint Barthélémy de Simeri : elle ne renferme pas un fait qui ne se retrouve dans ladite vie. Si donc cette vie est de la fin du xne siècle, comme je l'ai conjecturé, cette homélie devrait être reportée au moins au xme. L'auteur de cette homélie déclare d'ailleurs parler, non aux funérailles, mais à un anniversaire de la mort de saint Barthélémy, anniversaire qui est une fête liturgique. Et nous avons son nom : il s'appelle Philagathus, il est moine, moine grec et « disciple de saint Barthélémy ». Com- ment a-t-on pu le prendre pour un prélat et le confondre avec l'ar- chevêque Théophane ?

Mon impression est, en outre, que ce Philagathus, « moine et phi- losophe », est l'auteur d'une bonne part des homélies attribuées à l'archevêque Théophane. Le départ entre les discours du moine cala- brais (ne serait-il pas de l'abbaye de Saint-Barthélemy de Trigona?) et les discours de l'archevêque de Rossano serait aisé à faire, et peut-être le tenterai-je un jour.

1. Reg. biblioth. madrit. codd. gr. (1769), p. 54-70. 2 Archivio storico napoletario, 1876, p. 4°8-4IO«

CHAPITRE 11

LA LIBRAIRIE DE SAINTE-MARIE

La découverte faite, il y a quelques années, dans le trésor de la cathédrale de Rossano, du manuscrit des Évangiles connu aujourd'hui sous le nom de Codex rossanensis, n'a pas peu contri- bué à appeler l'attention sur les librairies grecques de l'Italie mé- ridionale. On s'est souvenu, à ce propos, en quelle estime elles avaient été auprès des érudits et des collectionneurs du xvie siècle, et ce qu'en écrivait don Paëz de Castro au roi Philippe II, dans son mémoire Sur l'utilité de fonder une bonne bibliothèque : « H y a dans les couvents de la Sicile et de la Calabre de vieux et pré- cieux manuscrits grecs, qui n'y servent plus à rien et se détério- rent chaque jour sans profit pour personne : les prieurs viennent parfois à Rome en offrir comme cadeaux aux cardinaux ou leur

proposer d'en acheter. Il faudrait visiter ces couvents1 » On a

relevé aussi comme Janus Lascaris, envoyé en Orient par Laurent de Médicis pour y acheter des manuscrits grecs, n'avait eu garde de manquer à passer par la Terre d'Otrante pour chercher aussi ce qu'il allait chercher au mont Athos, en Crète et à Constantinople, et que ce détour n'avait pas peu répondu à son attente 9.

Ce que sont devenues ces librairies basiliennes de la Grande-

1. Ch. Graux, Essai sur les origines du fonds grec de VEscurial (i 880), p. 28.

2. K. K. Mùller, Nette Mittheilttngen ùber Janos Lascaris und die Mediceische Bibliolhek dans le Centralblatt fur Bibliothekswcsen, 1884, 4°3 et suiv. Lascaris traverse la Pouille en i4{Pi et J recueille : à Corigliano, « chez le prêtre Georges », un exemplaire de Y Etymologicum magnum, des commen- taires de Nicétas de Serres, du Ilpbç "EXXrjvaç de Macarius Magnès,de l'Enlè-

38 CHAPITRE II.

Grèce, depuis le xvi° siècle, je vais essayer de le dire à propos de la plus remarquable d'entre elles, celle de Sainte-Marie, et comment je suis arrivé à retrouver, au moins en partie, cette librairie elle-même.

I

La plus ancienne mention que nous rencontrions de la librai- rie de Sainte-Marie est dans la vie de saint Barthélémy. J'ai cité déjà le passage il est rapporté que, les disciples de Barthélémy ayant besoin de manuscrits pour l'étude de la sainte Écriture à laquelle, à l'exemple de leur maître, ils étaient très appliqués, l'abbé partit pour Constantinople et en rapporta des manu- scrits : 'Eiceiô/j xai (3t6Xwv îepwv o\ xoùxov auvàa-xyjTat eîç \ielèxY\v twv ôetwv ypatpôv xai àvàXy]<piv TtpocsôéovTO. . . , Ttpoç ttjv... véav cPw[X7]v ônzccipei, xai... tîoXXoïç xz Tcapà Tcâvuwv xai rcXoucrioiç toïç %apia\i.oiGi oeZtovxai Iv xe <7£6a<7|juaiç

eixoàt xai ptéXoc;. *. Plus tard Barthélémy fonda l'abbaye du Saint- Sauveur de Messine, et son biographe nous rapporte qu'il par- tagea avec le nouveau couvent le trésor de l'abbaye mère : ... ôoùç

aÙToïç y][j.icru ^cêXïa, xai Ta y)[u<n> eîxovocfuàcrta, xai ixepcc xei|xr|Xta Le biographe qui présente ainsi Barthélémy, si j'ose dire, comme un bibliophile, ne nous dit pas qu'il ait été aussi un copiste, mais un manuscrit provenant de la librairie du Patir a quelque appa- rence d'avoir été écrit par le saint lui-même : nous aurons à y revenir.

Voilà donc la librairie de l'abbaye fondée avec l'abbaye elle-

vement d'Hélène de Coluthus, de la Prise de Troie de Tryphiodore, de Chœroboscus, des commentaires de Nicétas le Paphlagonien ; à Monte- sardo, un prieuré dépendant de Casole, « chez l'abbé », un exemplaire encore du Hpb; "EXXvjvaç de Macarius Magnès, un Héphestion, un Ara tus, un saint Grégoire de Nysse (in canticum), un saint Jean Chrysostome (epi- stolse), un commentaire anonyme de la Logique d'Aristote, un Galien.

1. Bolland., ActaSanctorum septembrisYHl, 821. Cod. messanensis 29, fol. 219.

2. Op. cit. p. 825. Cod. cit. fol. 221. Cf. (pour mémoire) F. Matranga, II monastero dei Greci del SS. Saïvatore delV Acroterio di Messina e San Luca primo archimandrita autore del Cartofilacio o sia délia raccolta dei codici greci di quel monastero, Messine, 1887. (Tiré à part des comptes rendus de l'Ac- cademia Peloritana de ladite année.)

LA LIBRAIRIE DE SAINTE-MARIE. 39

même au début du xne siècle : nous la retrouvons au xvi° et c'est Sirleto qui nous la découvre.

Sirleto, en effet, n'avait pas eu avec le Patir que les relations que l'on a vues. Le cardinal "chargé de la réforme de l'ordre de saint Basile était un théologien, un érudit, un helléniste, et j'ai dit ailleurs comment il s'était appliqué de longue date à l'étude des monuments de l'antiquité ecclésiastique, dont l'intérêt gran- dissait alors si singulièrement au feu des controverses contempo- raines: la théologie avait fait de lui un collectionneur de manu- scrits grecs1. C'était lui, à Rome, qui expédiait Antoine Eparque en Grèce à la découverte, qui confiait des listes de desiderata aux missionnaires qui partaient pour Candie ou pour Rhodes : aucune nouveauté n'arrivait à Rome sans passer par ses mains. Il savait, mieux que don Paèz de Castro, ce que les couvents grecs de l'Italie méridionale pouvaient posséder encore de manuscrits : ordonnant la visite canonique desdits couvents, il ne pouvait manquer d'avoir la main à faire noter ce qui s'y trou- verait de précieux.

Il n'avait même pas attendu à i58o pour le faire. Dans une lettre du 16 avril i582 il écrit : « Il y a quelques années, dans l'abbaye de Sainte-Marie Hodigitria, vulgairement de lo Patire, qui est jin très antique monastère de moines de saint Basile, on a découvert un manuscrit de la liturgie de saint Marc, des caté- chèses de saint Cyrille de Jérusalem, du traité de saint Denys d'Alexandrie contre les disciples de Noè't, d'Hippolyte martyr contre l'hérésie de Noët et contre Paul de Samosate : je m'occu- perai de les faire copier, pour qu'ils puissent servir au bien pu- blic2. » C'était en i58a que le cardinal écrivait ces lignes au chanoine de Saint- André. Dès i56i François Torres écrivait à Sirleto : « J'ai trouvé à Venise une homélie de Sophronius sur saint Pierre et saint Paul, Catini manu scripta. Il me semble que

1. La Vaticane de Paul III à Paul p. 3j et suiv.

2. Joann. a S. Andréa, Divina liturgia sanctï apostoli et evangelistee ISlarci (Paris, i583), préface. Le ch. de Saint-André était entré en relations avec Sirleto six ans auparavant; il lui écrivait, le 12 juin 1576 : «... Occurrit mihi. . . fr. Claudius de Sainctes, Parisiensis theologus, nunc Ebroicensis episcopus, qui nobis... liturgiam D. Marci evangel. in tuae abbatiœ Sanctœ Marias Patir prope Neapolim bibJiotheca haberi renunciavit » {Vatican, lat. 6192, fol. 5o6).

40 CHAPITRE IL

j'en ai vu un exemplaire grec, et, si je me souviens bien, il est porté au catalogue du Patir : regardez-y, je vous prie : Et si bene mi ricordo sta in quello indice del Patir, guardatelo di gratia »*. Kn d'autres termes, dès i56i le cardinal Sirleto pos- sédait par-devers lui un index des manuscrits du Pâlir2.

Il y a plus, car Sirleto obtint de la communauté du Patir, non seulement cet index, mais même des manuscrits. Le petit traité « Hippolyti martyris adversus Noëtii baeresim », par exemple, qui en i582, on vient de le voir, était encore au Patir, fut apporté à Rome à Sirleto (-J- 1 585) : ce petit traité fait partie d'une collection canonique, aujourd'hui Vaticanus i43i . Et en même temps que je constate dans la collection de Sirleto la présence de ce manuscrit envoyé par la communauté du Patir, je constate dans la collection de Grotta Ferrata l'entrée, posté- rieure à i5^5, de manuscrits provenant eux aussi du Patir : c'était une époque de renouveau pour Grotta Ferrata que celle le cardinal Sirleto était protecteur de l'ordre, et son ami le cardi- nal Alexandre Farnèse commendataire de l'abbaye de saint Nil : et c'est à leur érudite complicité que j'attribuerais volontiers l'arrivée à Grotta Ferrata de ces manuscrits du Patir3. Ce fut le seul bénéfice que Sirleto retira de la réforme de l'ordre de Saint-Basile : le Patir y gagnait d'être pillé, mais c'était par de doctes mains, et la science n'y a pas perdu.

La science perdit moins encore à ce que fit Pierre Menniti au Patir : mais c'est une matière plus large, toutes les librai- ries basiliennes furent embrassées en même temps que celle du Patir, et qui demande quelque développement.

A dater de 1 63 1 Rome posséda un couvent basilien, Saint-

1. Fr. Torres à Sirleto, 17 oct. i56i [Vatican, lal. 6189, fol. 671). Plus loiu Torres ajoute : « Desidero sapere se e venuto il mio Cirillo di Cala- bria ». Je conjecture qu'il s'agit du ms. des catéchèses de saint Cyrille que nous retrouverons plus loin dans la collection du Patir.

2. Je n'ai malheureusement pas trouvé trace de ce précieux index dans les papiers du cardinal que possède la Bibliothèque Vaticane, et dont j'ai dépouillé le volumineux dossier avec le plus grand soin.

3. La Vaticane de Paul III à Paul V, p. H2-n3. '

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Basile de Urbe : c'était un noviciat, et aussi la résidence du pro- cureur de la congrégation, et enfin partir de la fin du xvne siè- cle) la résidence du général, bien modeste fondation, installée d'abord dans le quartier des Monts, à San-Giovanni inMercatello, puis (car l'on n'avait pas pu réunir 1 5 3oo écus pour payer l'immeu- ble!) réfugiée dans un casin de iooo écus, à l'ombre du palais Barberini, au bord d'une ruelle qui s'appelle aujourd'hui encore via di San Basilio. L'humble couvent de Saint-Basile de Urbe ne laissa pas que d'avoir quelque éclata ses débuts. Rome était à ce moment toute aux Barberini, qui étaient tous gens de lettres, de- puis Mathieu (Urbain VIII), qui faisaitdes vers grecs, jusqu'à Fran- cesco, le secrétaire d'Etat, qui traduira Marc-Aurèle (1667) et fera imprimer Georges Pachymère (1666- 1669) : ils furent à Rome, le cardinal Francesco surtout, les promoteurs d'une re- naissance d'arrière-saison, dans laquelle Saint-Basile a sa place. Francesco institua une Accademia basilia/ia, qui devait être une sorte de Grœcia orthodoxa en action, Allatius, Holstenius, Arcudi et d'autres, tous théologiens et hellénistes, devaient traiter des points de controverse gréco-romaine. Et ce fut Saint-Basile de Urbe qui donna l'hospitalité à cette réunion de savantes gens (1 635- 1640). Le début était bon pour l'humble couvent, mais cet éclat dura peu, l'académie mourut en 1640, et, les Barberin tombés en disgrâce, les temps devinrent durs pour leurs clients. Ajoutez qu'à Rome un peu de faste n'a jamais nui à la considération de la vertu, et que les Basiliens étaient beso- gneux1.

Tous les couvents de l'ordre dans l'Italie méridionale criaient maintenant misère. Et lorsque, en 1682- 1690, le chapitre eut décidé de faire imprimer un missel et un bréviaire grecs, car tous ceux de la religion étaient « rotti e laceri » , il se trouva des religieux pour accuser le général auprès d'Innocent XI « d'avoir durement extorqué leur pécule à de pauvres couvents » sans pain. Le général était à ce moment Apollinaire Agresta (•J* 1695), dont la vie, remplie d'extraordinaires histoires de bri- gands, est capable de donner quelque idée de ce qu'était la

1. Sur Saint-Basile de Urbe, voyez pour plus de détails Rodotà, II, 180 et suiv., et Revue des questions historiques, 1889, p. ig3-2o8.

/t2 CHAPITRE M.

Calabre basilienne au xvnc siècle1. Il eul pour successeur daus sa charge de général Pierre Menniti.

Pierre Menniti était un religieux mal exercé aux choses de la science 2, et qui cependant, en ne pensant qu'être soucieux du bon ordre de sa congrégation, rendit à la science un service exceptionnel. Elu général (16 mai 1696), il avait entrepris aussitôt la visite des abbayes basiliennes, et au retour il écri- vait : « C'a été pour notre cœur une grande affliction que de voir, dans les maisons de nos provinces italiennes, à commencer par Saint-Basile de Urbe, tout ce qu'elles possèdent de chartes de papes, d'empereurs, de rois, de princes, abandonné par l'in- curie des religieux aux injures de la poussière et de la pourri- ture, alors que ce sont les titres mêmes de notre ordre! Aussi avons-nous décidé de réunir ces restes et de les tirer des ténèbres. » Il avait résolu en effet de centraliser en deux dépôts toutes les archives basiliennes, l'un au Saint-Sauveur de Messine pour la province de Sicile, l'autre à Saint-Basile de Urbe pour les provinces d'Italie : j'ignore ce qu'il en advint pour la Sicile, mais il es't sûr que Menniti réunit à Rome un fonds important de bulles et de diplômes, recueillis à Grotta Ferra ta, à Rossano, à Carbone, à Saint-Pierre d'Arena, à Saint-Jean de Piro, etc.5. Puis, ce qu'il avait fait pour les chartes et pièces d'archives, il l'entreprit pour les manuscrits. Il ne savait que trop quels risques courait le peu qui restait de volumes anciens dans les librairies basiliennes : au cours même du siècle on avait vu nombre des manuscrits de Grotta Ferrata passer chez

1 . Voy. la si curieuse Vita del Rmo P. M. D. Apollinare Agresta, descritta dal P. M. D. Giuseppe Sirgivanni (inédite, Archiv. Vatican. , dossier Basiliani).

2. Voy. de Menniti le petit livre intitulé Vantica e pia Iradizione délia sagra lettera délia gran madré di Dio sempre virgine Maria scrilta alla nobile ed esem- plare clttà di Messhia, Rome, 17 18.

3. Menniti rêvait d'entreprendre le codex diplomaticus de l'ordre de saint Basile. Voyez ce qu'il en dit dans la préface, p. XIV, de son Didatterio basïliano (Rome, 1710). L'œuvre n'aboutit pas : il nous en est parvenu cepen- dant en manuscrit un cahier rédigé par Menniti et intitulé Summa bullarum et constitutionum apostolicarum pro ordine S. P. N . Basilii magni, aliorumque colle et aneorum eumdem ordinem spectantium, anno MDCCVIl (Archiv. Vatican., dossier Basiliani). Pour tout ce qui est des archives basiliennes je ne puis que renvoyer à mes Ungedruckte Papst- und Kaiserurkunden ans basilianisclien Archiven.

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les Barberini, de Saint-Jean de Stilo chez les Corsini, du Saint- Sauveur chez Barocci : il n'était que temps d'assurer contre l'incurie et contre la pauvreté des religieux ce qu'ils possédaient encore de vieux livres. Donc, de même qu'on l'avait fait pour les archives, on commencerait par inventorier \aroba manoscritta de chaque couvent; on ferait plus, on créerait quatre dépôts, aa Saint-Sauveur et à Saint-Pierre d'Itala d'une part, à Grotta Ferra ta et à Saint-Basile de Urbe de l'autre, l'on centralise- rait tous les manuscrits des couvents basiliens soit de Sicile, soit desCalabres. Le projet fut exécuté au cours des années 1697- 1699.

La collection de manuscrits grecs du couvent de Saint-Basile de Urbe fut ainsi la création propre de Menniti, et elle fut le dé- pôt de tout ce que les couvents des Calabres possédaient encore de manuscrits littéraires à la fin du xvne siècle. Je dis littéraires, car Menniti voulut former une collection surtout littéraire, et il abandonna à Grotta Ferrata la plupart des manuscrits de chœur recueillis dans les couvents calabrais : ainsi s'explique le tout petit nombre des livres liturgiques qui se rencontrent à Saint- Basile, au regard de leur anormale abondance à Grotta Ferrata; ainsi s'explique la présence a Grotta Ferrata de la collection des menœa aisément reconnaissables de Saint-Elie de Carbone, comme/ aussi de plusieurs manuscrits liturgiques dont nous sommes assurés qu'ils étaient encore au Patir en 1664- 1693.

A la collection de Saint-Basile de Urbe, les dix-sept couvents qui formaient à cette date la province de Calabre contribuèrent fort inégalement. Sainte-Marie de Scalito (Mileto) était une simple ferme du Patir, tenue par un moine et un lai; Sainte-Marie de Melicucca et l'Hôpital d'Amantea n'étaient rien de plus considérable; de même Sainte-Marie de Trapezometa1, Saint- Onuphre et Sainte-Marie de Rovito2. Saint-Philarète de Seminara

1. On lit dans le Laurentianus IX, 6 (fol. 358), en marge de l'homélie sur SS. Pierre et Paul 'Eyéveto [xeià to è£eX6eîv, la note anonyme (xviie siècle) que voici : « Hsec homelia habetur etiam in codice ms. monasterii Grœcorum S. Salvatoris in urbe Messana inter opéra S. Joannis Chrjsostomi. Item fuit reperta in Calabria in monasterio Stae Mariœ dicto a Trapizometa et in latinum versa a Dno Constautino Lascares viro eruditissimo. »

2. Acta dietœ generalis o. 1701. (Archiv. Vatican., dossier Basilianï) : on y trouvera un état des couvents de Calabre et de Sicile à cette date. Tout le présent paragraphe dépend de cette pièce.

44 CHAPITRE II.

était en 1700 une commende de 225 écus et une communauté de quatre moines et deux lais, mais la librairie du couvent, très pauvre dès la fin du siècle précédent, avait été souvent visitée par des trafiquants de manuscrits1. Saint-Basile délia Torre, qui comptait quatre moines et trois lais, est un couvent dont je n'ai rien trouvé. Saint-Nicodème de Mammola (cinq moines et trois lais), qui avait eu pour commendataire le cardinal Antoine Carafa en 1 586, est dans le même cas. Enfin Saint-Adrien de Rossano (six moines et deux lais) possédait bien une petite collection de livres tant grecs que latins : mais toute trace en est perdue2. Saint-Pierre d'Arena au contraire, dont nous connaissons la librairie telle qu'elle existait en 1579, et dont nous savons qu'il possédait à cette date environ quatre-vingt-dix volumes manu- scrits, dut fournir plusieurs pièces àMenniti : j'en reconnais cer- tainement une dans la collection de Saint-Basile, peut-être deux (Vaticani 2048 et 2082). De Saint-Jean de Stilo, qui avait être transféré peu auparavant (1662) à Stilo même pour se dé- fendre contre les brigands qui volaient aux moines jusqu'à leurs chemises, Menniti reçut au moins deux volumes, et vraisembla- blement davantage (Vaticani 1963 et 2008). A Saint-Barthélemy de Trigona, Menniti trouva quelques livres de chœur (Vaticani 2o5i-2o52). Mais ce furent surtout Saint-Elie de Carbone et le Patir qui constituèrent la collection de Saint-Basile de Urbe, et Menniti lui-même en fait foi, quand en tête du catalogue de sa collection il fait mettre que les manuscrits en venaient « e plu- ribus Calabriae et Lucaniœ monasteriis, praesertim Carbonensi et Pateriensi ».

Nous possédons ce catalogue de la collection de Saint-Basile, dont la rédaction avait été confiée par Menniti à un de ses reli- gieux, dom Jean-Chrysostome Scarfô, savant homme dont Mu- ratori faisait cas3 : ce catalogue, très détaillé et accompagné de

1. Acta visitationis a. i58i {Vatican, lat. 64i5, fol. 81). Peu avant 1 585, Fr. Accidas trafique de mss à Seminara : voyez les Vaticani i536-i537 qu'il en rapporte.

2. Cf. Acta visitationis a. 1734 (Archiv. Vatican., dossier Basiliani).

3. Scarfô, Poésie varie (Venise, 1738), p. 82. Je lis dans une lettre de Mu- ratori (ibid., p. 107) : « Conosco la persona e il merito grande del mai ab- bastanza laudato P. D. Gian-Grisostomo Scarfô... Ma sopratutto con piacere ho inteso la raccolta dalui fatta délie iscrizioni délia Calabria per lasperanza

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bonnes tables, est encore en service au studio de la Bibliothèque Vaticane1. Nous possédons aussi un inventaire sommaire des ma- nuscrits de Saint-Elie de Carbone, inventaire rédigé dans la seconde moitié du xvne siècle, avant le transfert à Rome de la librairie du couvent. Enfin il n'a tenu qu'à un accident que nous ne possédions pareil inventaire des manuscrits du Patir. Mont- faucon, qui était à Rome au moment Menniti installait sa col- lection (i 698-1 701), qui fréquenta chez Menniti et obtint d'étu- dier à loisir ses manuscrits grecs2, Montfaucon reçut de lui une copie d'un inventaire du Patir. J'ai sous les yeux le Plan de V ouvrage qui aura pour titre Bibliotheca bibliothecarum, et j'y Jis que Montfaucon fit copier toutes les pièces qui y devaient figurer et qu'il en fit dresser la table générale par un de ses confrères, dom Jean Le Maître, et, ajoute-t-il, « je fis relier le tout en deux volumes in-folio, en 1720 ». Il nous reste de ces deux volumes, sensiblement plus riches que la Bibliotheca bibliothecarum, seulement la table générale des i3î2 catalogues qu'ils contenaient : le 3 Ie est l'inventaire des manuscrits du Saint- Sauveur, le 33e celui de Saint-Basile de Urbe, le 34e celui de Grotta Ferrata ; le 32e était l'inventaire des « Manuscrits de Patyrion3 ». Des quatre inventaires, c'est celui des « Manu- scrits dé Patyrion » qui n'a pas été inséré dans la Bibliotheca bibliothecarum, et dont, par surcroît, la copie a disparu.

di poterie avère a tempo da inserirle nel mio Thésaurus novus veterum inscri- ptionum, il quale, se a Dio piacerà, sarà terminato entro il corrente anno. » Voy. en effet le Thésaurus de Muratori, p. 1817 et 1818, et cf. Mommsenn, C. I. L., t. X, p. lxii.

1. Le titre est : « Elenchus, et Catalogus Librorum groece mss. qui in Bibliotheca Collegii S. Basilii de Urbe reperiuntur transvecti e pluribus Calabriae, et Lucaniae Monasteriis prsesertim Carbonensi, et Pateriensi ordi- nisS. P. N. Basilii Magni, studio, et cura Rmi P. Magistri D. Pétri Menniti eiusdem ordinis Abbatis Generalis, circa annos Dûi 1697 et 1699. » Le nom de Scarfô n'y figure pas.

2. Dïarium italicum, p. 210 et suiv.

3 Parisinus lat. i3o68, fol. i. Cf. Parisinus suppl. gr. 418, fol. 245. Je lis dans ce dernier : « Catalogi manuscriptorum quos collegit ac non paucos manu sua descripsit D. Bernardus de Montfaucon... 3i. Catalogus mss. monasterii S. Salvatoris Messanensis missus a D. Etiennot, p. 428. 32. Manuscrits de Patyrion, p. 454- 33. Manuscrits des RR. PP. Basiliens de Messine [entendez Rome], p. 455. 34. Mss. Cryptae ferratae. scripsit Bern. de Montfaucon, p. 462- ».

46 CHAPITRE II.

Il est sûr que Menniti ne laissa au Patir aucun manuscrit. J'ai sous les yeux un Inventorie ciel monistero del Patirc dressé en ij5i, et j y vois que le chœur possède deux anastasimi, un pentecostarion , un menœum totius anni, tous livres in-folio, un pentecostarion petit format, un bréviaire grec, deux psautiers, un missel (avec un propre copié à la main contenant l'office de saint Nil et de saint Barthélémy) : c'est tout, et il n'y a que des volumes imprimés. Par ailleurs notre hwentario, qui énumère en détail toutes les pièces du mobilier conventuel et jusqu'aux chaudrons de la cuisine, ne mentionne ni archive, ni bibliothèque : tout ce que la communauté possédait de livres était au chœur1.

Quant à la collection même de Menniti, elle ne devait pas# demeurer longtemps à Saint-Basile de Urbe. Elle y était encore en 17485 au moment Bianchini publiait son magnifique Evan- geliarium quadruplex, pour lequel un basilien, dom Vitali, avait rédigé une description très remarquable des manuscrits bibli- ques de la collection de Saint-Basile'2. Mais en 1780 elle avait passé au Vatican : le détail des circonstances m'est inconnu, je crois comprendre que la collection fut achetée personnellement par le pape Pie VI et par lui donnée à la Bibliothèque Aposto- lique3.

Fondée ainsi au début du xne siècle, découverte et exploitée par les érudits romains du xvie, transférée à Saint-Basile de Urbe à la fin du xvne et au Vatican vers 1780, la librairie de Sainte- Marie du Patir, dont nous ne possédons cependant aucun des deux inventaires qui en ont été dressés, peut-elle être retrouvée et reconstituée, plus heureuse en cela que les autres librairies basiliennes des Calabres? C'est le problème bibliographique que nous avons maintenant à résoudre.

1. Acta d'tetœ generalls a. i^i (Archiv. Vatican., dossier Basiliani).

2. Bianchini, Evangeliarium quadruplex (Rome, 1748), t. I, p. DVI-DXXV.

3. PIVS VI | CODICES BASILIANOS | BIBLIOTHECLE VATICAN^ | DONO DEDIT ANNO MDCCXXC, dit une inscription peinte au-dessous da portrait du card. Zelada, dans la galerie nord de la Vaticane. Cf. parmi les inventaires du studio da la Vaticane l'Eupstripcov twv y.oSixôiv âXVrçvcxûiv -rcàXou tou xoivoêïou tou àyîou BaaiXeîou èv aarec àyopaaOévxtov uapàtâ) axpa> ocp^tepet H»j> exxw ètù S. TtotpS. 8s ZsXaôa tï|ç ày. sxxa- (3i6Xio6Y)xaptou (inachevé).

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II

Menniti met en notre main le fil qui va nous guider dans cette recherche. Il a pris soin en effet d'inscrire, en tête d'un certain nombre de volumes de la collection de Saint-Basile de Urbe, le nom de l'abbaye dont ils provenaient, et c'est ainsi que les mss Basiliani 81, 82, 98, io5, etc., portent à leur feuillet initial de garde la mention : « Ex Biblioth. Mon. S. M. de Patirio ». Premier critérium. On se rappelle aussi que, dès avant i56i, le cardinal Sirleto possédait un inventaire des manuscrits du Patir1, inventaire qui suppose un récolement : de ce récolement je trouve la trace sur plusieurs des manuscrits dont l'ex-libris ci-dessus nous assurait déjà qu'ils provenaient du Patir. Ainsi le ms. Basilian. 81 porte en tête de son fol. 1, écrite à l'encre, d'une main du xvie siècle, l'inscription : « Libro i4o ». En tête du fol. 1 du ms. Basilian. 98, la même main a écrit : « Libro 4 MM »• En tête du fol. 1 du ms. Basilian. io5, la même main a écrit : « Libro 24 » : mais ici, immédiatement à la suite, une main différente et un peu antérieure avait inscrit déjà le titre du vo- lume, c'est à savoir : « Sancto basilio homelia sop. la genesis ». En tête du fol. 1 du ms. Basilian. 82, la cote a disparu, mais on lit très distinctement le titre de première main : « |||||||||||||||||l|||||lario de sancli ». Ces restes du récolement du xvie siècle, nous les retrouvons sur nombre d'autres manuscrits, lesquels ne portent pas l'ex-libris ci-dessus indiqué de la main de Menniti. Deuxième critérium. Ces deux critériums m'ont permis de reconnaître un premier groupe de manuscrits dont la provenance rossanienne est très rigoureusement assurée. A ces manuscrits j'en ai joint quelques autres dont la provenance rossanienne était établie par la présence sur leurs marges ou leurs gardes de grafïites d'origine rossanienne. Tel est le Vaticanus 1648, sur un feuillet duquel on lit le grafïite : « Ego frater Nicodemus monacus ecclesiae Santa? Maria? de Patiro ». Troisième critérium. Enfin je

1 . Voy. p. 4°-

48 CHAPITRE II.

me suis cru autorisé h rattacher à la collection ainsi formée quelques manuscrits qui m'ont paru être de la même main que des volumes de ladite collection.

Ceci dit, j'énumère et je décris sommairement les manuscrits retrouvés par moi de la librairie du Patir.

Vaticanus 1 6 1 1 .

Nicétas de Serres, Catena in Lucam, xne siècle, parchemin, grand format (377 X 290 mil!.), deux colonnes pour le commen- taire, 32o fF. Manque : le premier quaternion et les derniers feuillets. Reliure Pie IX. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « Sine caractère », c'est-à-dire non coté1. En tête (fol. 1) du récolement fait au Patir au xvie : « Libro 33 santo nichita diacono Expositione sop. sancto luca evangelista ». A la fin du livre II (fol. 1 58), en marge, le copiste anonyme du manuscrit a mis la date du mois il commença de copier le livre II « pour l'école de Saint-Pierre [?]. » (Voy. aux Pièces justificatives la Souscription 1.) Fol. 248, en marge, gralfites d'une main latine du xve siècle.

V aticanus 1628.

Saint Jean Chrysostome, homélies diverses, xie siècle, par- chemin, grand format (4 10 X 288 mill.), deux colonnes, 225 fF. Intact. Reliure Urbain VIII. Entête (fol. 1) du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 9 de sancto Jôi chrisostomo sop. li laudi homilia. »

V aticanus i636.

Homiliaire, xie siècle, parchemin, grand format (346X260 mill.), deux colonnes, 243 ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A

1. Un catalogue des mss. de Grotta Ferrata fut rédigé en 1675 et nous l'avons encore (La Vaticane de Paul III à Paul V, p. go et n4)« Dans ce catalogue chaque ms. est coté par une lettre ou deux de l'alphabet grec. De les mss entrés peu après 1 et non portés au catalogue sont dits sine caractère.

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la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, avec la cote « XX ». En tête (fol. 4)» du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 4i. sermonario de santo andrea archiepo diCandia ». Ce ms. a été copié par Léon, prêtre, en mai 1064 (Ss. 2).

Vaticanus 1640.

Saint Jean Chrysostome, Homilise X X XU 1 inGenesim, xie siè- cle, parchemin, très grand format (427 X 285 mill.), deux colonnes, 209 ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « s. car. », c'est-à-dire non coté. En tête (fol. 2), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 10 de sanlo Ioâni bucca doro sermoni admonitorii de la quadragesima ».

Vaticanus 1642.

Nicétas de Serres, Catena in Lucam (liv. Ier), xic siècle, par- chemin, grand format (363 X277 mill.), deux colonnes, 295 ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « s. car. », c'est-à-dire non coté. En tète (fol. 1), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 34- La inter- pretatione sop. sancto luca, fatto da sâto nichita ». Fol. 1 53, 169, 274» graffites et notes marginales d'une main latine du xvu siècle.

V aticanus 1648.

Saint Jean Chrysostome, Expositio in I Cor., xe siècle, par- chemin, grand format (34oX225 mill.), deux colonnes, 3i5 ff. Manque : le premier quaternion. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvi° siècle à Grotta Ferrata, « sine car. », c'est-à-dire non coté. Fol. 3i5', d'une main du xve siècle, le graffite: «Ego frat. nicodimus m on a eu s ecclie ste marie de patiro. » Fol. i', 9'. 25, 34', 44) 45, 192, 211', 212', 247', 280, 287', diorthotemata d'une main grecque du xme siècle1.

1. Cette main, que nous retrouvons dans ]e Vaticanus 1994 ci-après, et qui est aisément reconnaissable à ses ligatures de même qu'à l'encre ver- dissante qu'elle emploie, cette main dis-je, serait à rapprocher de celle

4

5o

CHAPITRE II.

V aticanus 1649.

Théodorgt, Expositio in Paul., xiiu-xiiic siècle, parchemin grand format (325 X a5o mill.), deux colonnes, 137. ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvic siècle à Grotta Ferrata, « sin. caract. », c'est-à-dire non coté. En tête (fol. I), du réco- lement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 66 » .

V aticanus 1 654-

Saint Jean Chrysostome, Expositio inPhilipp. et Heb., xie siè- cle, parchemin, grand format (390X290 mill.), deux colonnes, 211 ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A la fiu du xvie siècle à Grotta Ferrata, « s. car. », c'est-à-dire non coté. En tête (fol. 5), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro tercio d. sancto Joâni crhisostomo [sic] sop. la epla de paulo ad philip- pensis [sic] ». Passim notes marginales à demi effacées d'une main grecque du xme siècle.

V aticanus i656.

Saint Jean Chrysostome, Expositio in Heb., xie-xne siècle, par- chemin, grand format (3oo X 245 mill.), deux colonnes, 182 ff. Intact. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « sine caract. », c'est-à-dire non coté. En tête (fol. 3), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro secûdo Sancto Jôi chrisostomo sop. le epistole de paulo ad hebreos ».

V aticanus I659.

Saint Jean Chrysostome, In II Cor Col. et I Thess., xe siècle, parchemin, grand format (3 20 X 2 35 mill.), deux colonnes, 448 ff. Manque : les premiers feuillets. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « s. car. », c'est-à-dire non coté.

qui a couvert de scholies certains feuillets du célèbre Faticamis 1 209 (fol. i2o5', 1206, 1239, etc.).

LA LIBRAIRIE DE SAINTE-MARIE. Si

Entête (fol. i), du récolement fait au Patir auxvic siècle : « Libro i4 de Sermoni de Sancto Jôi archiepo >».

Vaticanus 1680.

Saint Jean ChrysostoiME, Expositio in Math., xie siècle, parche- min, très grand format (400X200 mil].), deux colonnes, 4^9 ff. Manque: les premiers feuillets. Reliure Grégoire XV. A la fin du xvie siècle à Grotta Ferrata, « s. car. », c'est-à-dire noncoté. En tête (fol. 2), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 6 de sto ioan. grisostomo Homelia sop. li euangelii de sto matteo ».

Vaticanus 1970.

Euchologe, xiii' siècle, parchemin, petit format (161 X 116 mill.), à pleine page, 242 ff. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 9. En tête du fol. i9(olim 1), Menniti a écrit : « Ex libris Monasterii S. Maria? de Patirio j Rossanen ords. S. Basilii Magni »\ Ce ms. est celui dont parle Sirleto dans sa lettre (citée plus haut) au P. Jean de Saint-André, du 16 avril i582, ej il signale le texte de la liturgie de saint Marc \

V alicanus 1 97 1 .

Euthalius, Expositio in Act.,Cath. et Paul., xc-xic siècle, par- chemin, petit format (160X118 mill.), deux colonnes, 247 ff. Intact. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 10. En tête (fol. 1), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 69. ordinacioni secôdo Ullllllllllllllllllllllllllllllilll prologo e epistole ». Fol. 208', à la marge in- férieure, le nom (vraisemblablement du copiste) : NEIAOT MX. , Nil, moine.

1. Et au bas du même feuillet il ajoute : « In hoc libello continëtur litur- girc S. Pétri Apli. S. Marci Apli et evangelistœ, et S. Jacobi Apli custodiendus [sic] diligenter nam ex hoc libro exscripta fuit liturgia S. Marci et fuit transmissa cuidam canonico parisiensi [Jean de Saint-André] qui typis eam mandavit cum nimio honore huic bibliothecre ». Le reste rogné.

2. Cet important ms. a été depuis décrit et collationné par M. Swainson, The greek liturgies (Cambridge, 1884).

52

CHAPITRE 11.

Vaticanus 1990 (ff. 89-179')1.

Homilïaire, xie-xne siècle, parchemin, grand format (33o X^35 mill.), deux colonnes. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 29. Fol. i35' et 1 44% essais de plume d'une main du xvne siècle, [qui a inscrit son nom au fol. 1(32' : « Gio Chrisolillllllllll Verchio città di lossano ». Ce Jean Chry-

sostome Vercliio fut abbé du Patir dans les premières années du xvine siècle.

Vaticanus 1991 (ff. 43-124') 2.

Vies de saints, xue siècle, parchemin, grand format (320X240 mill.), deux colonnes. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 3o. En tête du premier feuillet (fol. 43), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Libro 147. legendario de sancto polieucto marti » .

Vaticanus idem (ff. i25-i5o').

Vies de saints, xme siècle, parchemin, même format, deux colonnes. Mutilé de part et d'autre. En tête du premier feuillet (fol. 125), du récolement fait au Patir au xvie siècle : « Legendario de sancti ».

Vaticanus 1992 (ff. 11 8-274')

Saint Grégoire de Nazianze, Orationes XVI, xiie siècle, par- chemin, moyen format (290 X 23o mill.). deux colonnes. Manque :

1. Trois mss, tous trois mutilés, reliés en un volume par les soins de Menniti. Il n'est pas impossible que le premier (fF. 1-88'), homiliaire xi* siècle, et le troisième (fF. 180-280'), homiliaire x" siècle, proviennent également du Patir.

2. Quatre mss, tous trois mutilés, reliés en un volume par les soins de Menniti. Il n'est pas impossible que le premier (fol. 1-42'), homiliaire xii* siècle, et le quatrième (fol. 151-167'), vies de saints xne siècle, pro- viennent également du Patir.

3. Deux mss, mutilés, reliés en un volume par les soins de Menniti. Je ne puis rien dire de la provenance du premier (fF. 1-117'), S. Grég. Naz. Orationes XVI, xii'-xiii'5 siècle.

LA LIBRAIRIE DE SAINTE-MARIE. 53

le premier quaternion, et la fin. Reliure Pie IX. Ancien Basi- lian. 3i. Ce ms. a été copié par Barthélémy, moine et prêtre, et achevé le 3 juin i io4 (Ss. 3) 1 : ce copiste est le même que celui du Vaticanus 2021 ci-après.

Vaticanus 1993 (ff. 1 - 1 3 1 ') 2.

Synaxaire, xii° siècle, parchemin, moyen format (282 X 235 mill.), deux colonnes. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 32. Je lis au fol. 27' : « Die pin1° jenar. i55o | In qslo jorno for. [=furono] amaczati | tre jovenj d. coranù [ = Corigliano] atorno lo | monrio et li amaczar. li albanisi. » Fol. 82' : « Die 2 aprile 1 568 | e morto fr. fabio ||||||t essa | nimo conduto allo moniste | rio et morto in rossano. » Fol. 28' : a a die p°. jenuari. 1070. |A ditto la pa missa fra Jo. bar10 | de la gla[?] gra. de la madona | santa de lo patir. » Fol. i3i', de la même main: « 1 5 j8- 1 5j9 ».

Vaticanus 1994-

Saint Grégoire de Nazunze, Orationes XVI, xie siècle, par- chemin, moyen format (225 X 283 mill.), deux colonnes, 225 ff. Manqup : le premier feuillet du premier quaternion, et la fin. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 33. Fol. 4', 5, 6, i5, 16, 21', courtes scholies marginales d'une main grecque du xnie siècle, la même que dans le V aticanus 1648 ci-dessus.

V aticanus 1995.

Ménologe (2-20 oct.), xie siècle, parchemin, grand format (280X205 mill.), deux colonnes, 268 ff. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 34. Ce ms. fait partie d'une suite que nous allons rencontrer ci-après [V ati- cani 2o3^, etc.).

1. Au-dessous de la souscription (fol. 219), Menniti a écrit : « Uiclo anno 1104 vivebat S. Bartholomœus Semeriensis, qui forsan hune librum scripsit ».

i. Deux mss, mutilés, reliés en un volume par les soins de Menniti. Le second (ff. i3'2-3o4 ), synaxaire xie-xn° siècle, n'offre aucun indice de pro- venance.

CHAPITRE II.

V aticanus 1997.

Vies de saints, xine siècle, parchemin, moyen format (200X200 mill.), à pleine page, 1780*. Intact. Reliure Pie IX. Ancien Basilian.36. En tête (fol. 1), du récolement fait au Patir au xvie siècle : «Libro 72 uita potrum ». Fol. 17, en graffite : u Io D. Gio. Batista Galanti di Corg00 [=Corigliano]. Hoggi 1. 10 di settebro i65i | nel venerabile mon10 del Patiro ». Fol. 63, de même : « Io D. Giouanni Ruffo délia città | di Rossano feci nouitio in questo monastero nel anno 1677. » Ce ms. a été copié par « Dosithée, prêtre, chartreux dans la montagne du monastère du Militino » qui était encore en 1 4^7, nous l'avons vu, un couvent du diocèse de Rossano (Ss. 4).

V aticanus 1998

Saint Basile, j4scetica,xif siècle, parchemin, moyen format (26.5 X 210 mill.), à pleine page, 194 ff. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. '5j, En tête (fol. 1), du récolement fait au Patir au xvie siècle. « Libro 82 Expo- sitiohllllllliliu » .

Vaticanus 1999 (ff. 1-119)1.

Saint Jean Chrysostome, Homiliœ in Genesim, xne siècle, par- chemin, moyen format (255 X i85 mill.), deux colonnes. Mutilé de part et d'autre. Reliure Pie IX. Ancien Basilian. 38. Ce ms. a été copié par le même copiste